La COP23, l’OMC et les contradictions européennes

Du 10 au 13 décembre prochain, soit trois semaines après la Cop 23 qui s’est tenue à Bonn sans déboucher sur le moindre plan de lutte contre le réchauffement climatique, la capitale argentine Buenos Aires hébergera la traditionnelle conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Avant cette date, l’Europe veut faire de nouvelles offres aux pays du Mercosur pour hâter la mise en place d’un nouvel accord de libre échange. Voilà qui ne va pas freiner le réchauffement climatique.

En dépit des effets pervers induits par la multiplication des échanges commerciaux sur l’état de la planète, la stratégie commune des dirigeants de l’OMC et des pays des capitalistes développés consiste à introduire toujours plus de concurrence entre les économies des164 pays membres de l’OMC. Pour cela, on continue de préconiser la vielle théorie des avantages comparatifs conceptualisé au début du XIXème par le spéculateur britannique David Ricardo. L’application de cette théorie au XXIème est fondée sur le dumping social et environnemental. Elle pousse les pays développés à détruire leurs usines pour transférer la fabrication des voitures et des équipements comme les pneus et diverses autres pièces dans les pays à bas coût de main d’œuvre. Il ne s’agit là que d’accroitre les profits dès lors que des économies peuvent être faites en exploitant dans les pays pauvres une main d’œuvre payée trois à dix fois plus mal que dans les pays développés.

Au-delà de la casse industrielle, cette politique est fortement émettrice de gaz à effet de serre (GES) alors que l’on ne cesse de dire – comme à Bonn la semaine dernière – qu’il faut diviser par trois ou quatre ces émissions. En France, le plus récent exemple de ce double gaspillage, vecteur de CO2, est le transfert des lave-linge de Whirlpool d’Amiens en Pologne. Pour une seule raison: les salaires sont trois fois plus bas en Pologne qu’en Picardie. Les  profits que la firme américaine pourra transférer aux Bermudes pour ne pas payer d’impôts seront donc plus élevés. Emmanuel Macron n’a rien trouvé à redire sur cette délocalisation dans la mesure où une entreprise fabricant des boîtes aux lettres promettait de réindustrialiser le site.

Macron « tacitement » complice du seuil de l’irréversible

Mais outre le gaspillage induit, le bilan carbone des sèche-linge fabriqués en Pologne sera beaucoup plus élevé qu’en France dans la mesure où l’électricité de ce pays provient de la combustion du charbon à hauteur de 80%  tandis que les deux tiers des sèche-linge seront réexpédiés en France et dans d’autres pays d’Europe de l’Ouest par la route sur des camions. Emmanuel Macron n’a rien trouvé à redire de cela. Pourtant, le 15 novembre, il s’est rendu à la Cop 23 de Bonn pour «tirer la sonnette d’alarme », nous a-t-on dit, sur le danger du réchauffement climatique. « Le seuil de l’irréversible a été franchi. Nous sommes au dessus de 3°C. Si nous continuons comme aujourd’hui, cela veut dire que nous acceptions tacitement que les peuples représentés ici disparaissent », a-t-il déclaré.

Le mot « tacitement » convient tout à fait pour qualifier l’attitude du président de la République. Il a « tacitement » accepté l’entrée en vigueur de l’accord de libre échange négocié par la Commission européenne avec le Canada. Cette dernière avait un mandat de tous les Etats membres de l’Union dont la France. Entre autres choses, cet accord permettra au Canada d’exporter en Europe et en France de la viande bovine, de la viande porcine et même du blé dont elle n’a pas besoin. Ce qui fera chuter les cours chez nous en ruinant toujours plus de paysans. A ce propos, il faut savoir que la semaine dernière, la tonne de blé ne se vendait que 155 € rendue au port de Rouen pour l’exportation, soit moins que 2015 et 2016 à la même époque, alors qu’il s’agissait de deux années de prix trop bas. Le prix du kilo de carcasse de porc est tombé à 1,18€  au marché de référence à Plérin, soit 30 centimes de moins qu’au printemps dernier. Les prix des bovins de boucherie sont aussi plus bas en 2017 qu’ils n’étaient en 2015 et le prix des broutards, ces bovins vendus pour être engraissés ailleurs, est en baisse constante depuis le mois de juin.

A la conférence de ministérielle de l’OMC on tentera de hâter le bouclage de l’accord de libre échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Or ces pays veulent obtenir des tarifs douaniers réduits, voire nuls, pour vendre toujours plus de sucre de canne, d’éthanol extrait de la canne, de soja, de maïs, de viandes bovine, porcine et de volailles aux pays de l’Union européenne dont la France. Comme la croissance de toutes ces productions sur le continent sud américain pousse en permanence à réduire la superficie de la forêt amazonienne et à retourner la pampa argentine, cette libéralisation du commerce agit de plus en plus comme un vecteur du réchauffement climatique. Le documentaire diffusé hier soir sur Arte sur la volonté de l’Europe de vendre de la poudre de lait à la terre entière en important plus de soja pour nourrir les vaches relève ainsi de l’irresponsabilité pour ne pas dire de la folie.

« Si nous continuons comme aujourd’hui, cela veut dire que nous acceptions tacitement que des peuples représenté ici disparaissent », pourrait redire Emmanuel Macron, à ce propos. Sauf qu’il ne le dit pas. A la théorie des « avantages comparatifs » de Ricardo, Macron ajoute toujours celle de la « destruction créatrice » de Joseph Schumpeter et plaide pour la disruption permanente au nom de la course à l’innovation qui n’arrête jamais de gaspiller du capital productif, parfois détruit à peine investi.

Vers une nouvelle offre européenne pour des importations de viandes

Mais revenons à nos bovins. Selon la Fédération nationale bovine de la FNSEA, la Commission européenne, avec l’accord de la France, devrait entre le 20 et le 25 novembre « formuler une nouvelle offre au Mercosur contenant une proposition démesurée d’accès au marché européen pour les viandes bovines sud américaines. Les rumeurs émanant de Bruxelles font état d’un contingent beaucoup plus important que celui déjà octroyé au Canada (65 000 tonnes par an), dans le  cadre du CETA ». Ajoutons qu’il s’agit dans ces cas là de morceaux nobles et sans os, lesquels  entrent en concurrence directe  avec ceux des bovins de races à viande comme la charolaise, la limousine et quelques autres.

Ainsi donc, les Cop consacrées au climat se succèdent au rythme d’une par an, sans que l’on constate la moindre avancée dans la lutte contre le réchauffement depuis Kyoto en 1997. Ca va beaucoup plus vite pour la conclusion tous azimuts des accords commerciaux entre l’Europe et le reste du monde. Mais ça nous donne plus de chômage et de misère de côté, plus de gaz à effet de serre et de désastres climatiques de l’autre comme on a pu la voir durant cette année 2017.

Photo de garde : AFP
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 22 novembre 2017

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