Entrée à l’université – Une sélection qui ne dit pas son nom

Projet de loi. Faute d’investir dans de nouvelles places pour répondre à l’explosion démographique, le gouvernement donne la main aux universités pour choisir les candidats.

Le projet de loi intitulé « Orientation et réussite des étudiants » a été présenté hier en Conseil des ministres. « Notre objectif, c’est qu’à la rentrée prochaine, nous soyons en capacité d’accueillir tous les bacheliers à l’université » a assuré la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Pas si sûr. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas ce que dit la genèse du dossier ni le contenu du texte.

L’historique est dans l’énorme émotion créée dans l’opinion publique à la dernière affectation gérée par… tirage au sort. Le système en vigueur – APB pour admission post bac – est cloué au pilori. Pourtant, le problème est alors surtout dans le nombre de bacheliers en plus à ce printemps 2016 – 40 000 – et son absence d’anticipation. Faute de places suffisantes et sachant que la sélection est interdite puisque la loi prévoit le droit d’accès de tous les bacheliers à l’enseignement supérieur, l’administration a recours à cet outil du tirage au sort. Insatisfaisant, nul n’en disconvient. Mais, comme le fait remarquer Anthony Mascle, vice-président du syndicat étudiant de la FAGE lors d’un débat en commission à l’Assemblée nationale sur le sujet (lire ci-dessous) : « le problème n’était pas l’algorithme mais le manque de place dans une université censée être non sélective. Lever ce problème aurait réglé beaucoup de choses ».

Le premier syndicat enseignant dans le supérieur – le Snesup – ne dit pas autre chose quand son secrétaire général Hervé Christophol demande « un investissement massif dans l’enseignement supérieur » en lieu et place d’un « projet fou de sélection à l’université ». Mais ce n’est pas l’option choisie par le gouvernement, malgré le « plan étudiants » présenté en octobre qui n’annonce que la création de quelques places en université et encore « de manière ciblée » dans les filières très demandées qui assurent des débouchés professionnels ou dans des filières encore non existantes mais « demandées » par le marché de l’emploi ou 3000 places supplémentaires en BTS.

Comment résoudre alors la difficile équation à laquelle s’ajoute un fort taux d’échec en première année de licence générale (60%), l’illégalité de la sélection et l’hostilité aux formules de « pré-requis » ou d’ « attendus » ? Par le projet de loi qui instaure que l’inscription pourra être « subordonnée à l’acceptation du candidat des dispositifs d’accompagnement pédagogiques ou du parcours de formation personnalisé proposé par l’établissement pour favoriser sa réussite » comme le vulgarise la ministre. Concrètement, un élève pourra recevoir comme réponse à sa demande d’inscription un « oui si », si il accepte de suivre plus de travaux dirigés, plus de cours de méthodologie…

Le projet de loi acte dans la foulée un changement notable : dans les licences en tension, ce seront désormais les établissements, et non plus un algorithme, qui choisiront les étudiants prioritaires sur la base de leur motivation, de leurs aptitudes et de leur dossier. Le tout est bien sûr savamment enrobé dans un « l’élève aura toujours le dernier mot », ce qui est également un principe légal français, et le mot sélection n’est jamais employé.

Le texte met aussi l’accent sur l’orientation dès le lycée avec deux professeurs principaux pour chaque classe de Terminale et deux semaines d’orientation. Sans oublier la nouvelle plateforme qui vient remplacer l’APB honni, nommée Parcoursup, qui proposera plus d’information sur les formations proposées et notamment sur les connaissances et aptitudes nécessaires pour y réussir. Elle ouvrira le 15 janvier et les lycéens y inscriront dix voeux maximum, sans hiérarchie. Ils recevront les réponses au fil de l’eau, à partir de mai.

Photo de garde : AFP
Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 23 novembre 2017

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