Discriminées, battues, violées mais debout

Pour la journée internationale contre les violences faites aux femmes, pas moins de trois manifestations ont lieu samedi. Malgré une récente « libération » de la parole, la condition féminine a encore beaucoup à gagner.

Des femmes qui meurent assassinées par leur conjoint (123 en France en 2016), des femmes et des mineures violées (230 chaque jour), des salariées harcelées dans une indifférence quasi générale. Si le « buzz » provoqué par les #balancetonporc ou #moiaussi ont permis à certaines de s’exprimer, l’égalité homme-femme est encore loin d’être atteinte, en France comme dans le monde.

A l’appel d’associations, de collectif féministes, d’organisations syndicales elles (et ils) descendront de nouveau dans la rue ce samedi 25 novembre pour dénoncer les violences faites aux femmes, aux côtés des Kurdes à 14h, avec des actions sous l’Ombrière à 15h, après un premier rassemblement dès 9h, porte d’Aix, devant le siège du Conseil régional. Un choix qui n’est pas anodin.

Il s’agit de dénoncer le décalage entre la bonne parole et les actes. Car si la Ville de Marseille et la Région Paca organisent une matinée d’information et de sensibilisation sur le sujet, les coupes budgétaires privent les associations de moyens alors qu’elles sont en première ligne. « Cette année nous ne savons pas encore si en tant que MRAP nous serons financés, quant à la marche mondiale des femmes, nous ne touchons rien », témoigne René Clergue au nom de la marche mondiale. « Sans moyens, c’est comme si on criait dans le vide » renchérit Alexandra Caridi pour Amnesty International.

L’effet réseaux sociaux a bien provoqué un afflux d’appels au 3919, le numéro d’écoute national pour dénoncer les violences mais toujours faute de moyens, « nous n’avons pas pu tous les traiter » déplore Romy Seasseau de SOS Femmes 13.

Sexisme sémantique

Les militantes féministes dénoncent le double discours du gouvernement. « C’est un pas en avant, un pas en arrière, résume Mariam Komé juriste au MRAP13. Une loi sur le harcèlement de rue d’un côté, les ordonnances sur la loi travail avec la suppression des comités hygiène et sécurité, « outil qui permet de lutter contre les violences au travail » ou la suppression des contrats aidés, de l’autre.

Plus largement, les associations poursuivent leur lutte contre des préjugés « qui vivent depuis des millénaires » dans un système patriarcal. Elles insistent sur l’éducation des garçons et des filles pour bâtir un respect mutuel, reviennent sur les combats gagnés pour « changer les mentalités » mais aussi tout le chemin qu’il reste à parcourir.

Daniela Levy, présidente du collectif 13 Droits des femmes, retrouve cette propension « naturelle » à mettre en doute la parole des femmes jusque dans la sémantique : « on dit « elle s’est fait violer » or c’est « il l’a violée ». De même avec l’expression « son violeur », qui lie coupable et victime. Mais est-ce que je vais dire « mon cambrioleur » si je suis victime d’un vol ? » Implacable.

Mireille Roubaud
Article tiré de la Marseillaise  le 24 novembre 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s