J.Luc Mélenchon – «Il ne faut pas compter sur les fantômes de l’ancienne gauche»

Jean-Luc Mélenchon, après un petit coup de blues et une rentrée ratée, assure rester mobilisé. Interview.

Six mois après l’élection d’Emmanuel Macron, et à la veille de la deuxième convention de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon prépare les élections européennes, déterminé à se battre sur tous les fronts.

La rentrée a été difficile. Les réformes que vous combattiez ont été votées, la mobilisation dans la rue n’a pas été massive. Votre analyse politique était-elle donc erronée ?
Jean-Luc Mélenchon. 
Non. La politique de Macron est antisociale. Mais oui, la mobilisation n’a pas été ce qu’elle aurait dû être. C’est un paradoxe. Car le pays rejette les politiques libérales. Et tous les signaux indiquent qu’il y a un potentiel de combat extrêmement important. En tout cas, à la France insoumise, au Parlement comme dans le mouvement, on aura tout fait pour motiver et organiser la mobilisation.

La faute à qui alors ?
A la division syndicale à laquelle s’est ajoutée une division entre le syndical et le politique. Nous avons prouvé qu’on ne cherchait pas à alimenter cette division lorsque, le 23 septembre, j’ai dit aux syndicats de prendre le leadership de la lutte et que la France insoumise appuierait. Que s’est-il passé ? Rien. Cette double division a totalement démoralisé la capacité de résistance. Elle peine à trouver comment s’exprimer efficacement. C’est là le verrou que nous devons lever.

Au plan politique, vous êtes plutôt seul. Etes-vous prêt à vous rapprocher d’autres mouvements ?
Avec qui ? J’ai déjà dit que nous étions prêts à discuter, même avec les socialistes ! A une condition, qu’ils soient dans l’opposition à Emmanuel Macron. Le problème numéro un, c’est le Parti socialiste. A qui dois-je m’adresser ? Au groupe PS à l’Assemblée ? Cinq de ses membres ont voté pour la confiance au gouvernement. Les autres peuvent à tout moment y faire leur entrée. Et au Sénat ? Le président du groupe PS dit qu’il n’est pas dans l’opposition. Le PCF ? A l’Assemblée, on travaille main dans la main. Mais partout ailleurs, la direction du PCF multiplie les traquenards. Les Verts ? Ils ont disparu. Le peuple doit donc apprendre à se fédérer sans compter sur les fantômes de l’ancienne gauche.

Et avec Benoît Hamon ?
On réduit la fracture. Nous déjeunons, nous échangeons des analyses. Pour le moment, cela reste à un niveau individuel. Mais nous étions déjà ensemble le 23 septembre dans la rue, coude-à-coude, contre les ordonnances. Attendons que Benoît Hamon mette sur pied son mouvement. Mais cela avance.

Quels vont être vos terrains de mobilisation contre la politique d’Emmanuel Macron ?
On va se mobiliser sur à peu près tout. Car M. Macron a une cohérence politique. C’est du Blair et du Merkel en une seule personne. C’est le président des riches. Il nous faut maintenir allumé le fanal de la résistance. Car sinon qui va le faire ? L’ancienne gauche a disparu du terrain. Il faut tout recommencer de zéro. Il faut redonner aux gens le goût de l’auto-organisation, les aider à se mobiliser. Il faut convaincre qu’on peut appliquer un autre programme. L’heure du choix sonnera. Par exemple, aux élections européennes. Ce sera un référendum contre l’Europe de Macron et Merkel. Deux visions s’affronteront sur le fond.

Certains soulignent la personnalisation du pouvoir à la tête de la France insoumise. Est-ce que la convention de ce week-end se penchera sur la question ?
Pourquoi faire ? De nombreux autres visages ont émergé dans les médias et dans l’opinion. Elire un chef ? Pour l’instant, on n’en a pas le besoin. D’ailleurs, il n’y a aucun enjeu de pouvoir, toutes les structures sont ouvertes tout le temps ! Il suffit de s’inscrire et vous y êtes. Nous devons rester en évolution, ne rien figer. Nous avons réglé toutes les questions qui pourrissent les autres formations politiques : le leadership, le programme et la stratégie sont clairs. Personne ne discute l’équipe opérationnelle qui anime le mouvement. Nous voulons nous consacrer à l’essentiel : agir.

La convention va-t-elle permettre de résoudre des divergences sur la ligne politique ?
Nous sommes un mouvement, pas un parti. Il n’y a pas de doctrine commune. Heureusement, il y a des façons différentes de penser. Ça ne gêne pas. Car il y a un programme qui a fixé une ligne politique, c’est celle-là qui s’applique. La réactualisation du programme viendra le moment venu.

Daniele Obono, députée LFI, a tenu des propos jugés ambigus alors qu’elle était interrogée sur le cas d’un chauffeur de la RATP qui refuserait de prendre le volant à la suite d’une conductrice. Elle a qualifié de « camarade » la porte-parole du Parti des Indigènes de la République, suspecté de racisme. Ce n’est pas un problème pour LFI ?
Danièle Obono est une amie combattante. Elle est parfaitement claire, dans ses positions politiques et sur la laïcité. Quant au Parti des Indigènes de la République, elle l’a dit et répété : elle n’a rien à voir avec eux. J’exècre cette façon raciste et machiste de la montrer du doigt. Quant à la polémique sur le chauffeur de bus, Danièle Obono, féministe, a qualifié ce comportement de sexiste. Elle sait qu’il résulte d’une vision religieuse. Elle a donc fait la réponse que je juge la plus intelligente : nommer les choses sans stigmatiser tous les adeptes d’une religion en particulier. Car toutes les religions sont sexistes.

Quelle est votre position sur la polémique entre « Charlie Hebdo » et Mediapart ?
Le droit de caricaturer doit rester totalement libre ! « Charlie » m’en a fait goûter ! Mais je ne crois pas une seconde que Plenel ait couvert un présumé violeur, en l’occurrence Tariq Ramadan. Cette polémique absurde prend une violence tout à fait odieuse. A la France insoumise, le mot d’ordre est : pas de religion en politique ! Nous ne combattons pas l’islam mais l’islam politique. On combat le cléricalisme, pas le christianisme. Et on combat tous les communautarismes. La seule communauté que reconnaît un républicain, c’est la République.

Vous avez partagé en 2013 une conception « laïcarde » avec Manuel Valls. Il a déclaré qu’il y avait un problème avec l’islam. Comment entendez-vous cela ?
Ecoeurant et très politicien. Il essaie d’hystériser l’élection partielle dans la 1re circonscription de l’Essonne au cas où elle serait annulée. Je pense qu’il est entré dans une logique dangereuse pour le pays. Maintenant, il pousse à la guerre contre une religion. C’est une position d’extrême droite.

Photo LP/Olivier Lejeune
Propos recueillis par Jannick Alimi et Quentin Laurent
Article tiré du Parisien  le 24 novembre 2017

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