Cinéma – « Tout mais pas ça ! » d’Edoardo Falcone

Italie : 2015
Titre original : Se Dio Vuole
Réalisation :   Edoardo Falcone
Scénario : Edoardo Falcone, Marco Martani 
Acteurs : Marco Giallini, Alessandro Gassman, Laura Morante 
Distribution : Saje Distribution
Durée : 1h27
Genre : comédie
Date de sortie : 29 novembre 2017

3/5

C’est avec Tout mais pas ça ! qu’Edoardo Falcone, jusqu’alors scénariste, a fait ses premiers pas dans la réalisation. C’était il y a près de 3 ans, le film étant sorti en avril 2015 en Italie, où il a d’ailleurs rencontré un grand succès. Depuis, Edoardo Falcone a réalisé un deuxième long métrage, Questione di Karma, avec Elio Germano et Fabio De Luigi.

Synopsis : Tommaso, la cinquantaine, est un chirurgien reconnu. Avec son épouse Carla, ils ont élevé leurs enfants dans un esprit de laïcité. Or voilà qu’Andrea, son fils, annonce son intention de devenir prêtre. Tommaso est bien décidé à le « libérer » de son influence, coûte que coûte…

Un homme imbuvable

Difficile de faire plus désagréable que Tommaso : arrogant, sur de lui, ce chirurgien du cœur jouit certes d’une grande réputation dans l’exercice de son métier, mais il ne le sait que trop. Sans arrêt, il se montre blessant avec son entourage de travail, que ce soit le pauvre interne qui travaille avec lui ou une malheureuse infirmière qu’il trouve trop grosse et qui est devenue son souffre douleur. Les patients et leurs familles ? Il ne montre aucune empathie envers eux. Quant à sa famille, à part son fils Andrea qui poursuit de brillantes études de médecine, elle est loin de trouver grâce à ses yeux. Aucune tendresse envers sa femme Carla, si brillante et passionnée quand ils se sont connus, complètement éteinte après 30 ans de mariage, au point qu’elle en est venue à boire en cachette et à se consoler en « adoptant » de nombreux enfants du tiers-monde. Sa fille Bianca ? C’est vrai qu’elle se comporte souvent comme une parfaite idiote mais le comportement de son père envers elle y est probablement pour beaucoup. Quant à Gianni, son gendre, Tommaso a pour lui le plus profond mépris, au point de pouvoir lui dire en face qu’il n’aura pas beaucoup à se forcer pour jouer le rôle d’un frère attardé mental.

Concernant Andrea, le ciel est au beau fixe pour Tommaso. Lorsqu’il pense avoir compris qu’Andrea est gay, il organise sans état d’âme la réunion de famille qui devrait déboucher sur le coming-out de son fils, affirmant haut et fort que « l’important, c’est d’aimer ». Le pense-t-il vraiment ou est-il prêt à tout accepter de la part d’Andrea ? Eh bien, pas vraiment, car lorsque ce dernier avoue que c’est Jésus qu’il aime et qu’il veut devenir prêtre, Tommaso, dont on ne saura jamais s’il est agnostique ou athée, ne pense qu’à une chose : tout faire pour empêcher son fils de se consacrer à un métier qui, pour lui, n’a plus sa place dans le monde d’aujourd’hui et qu’il compare à affuteur de couteaux ou joueur de musette.

La chèvre et le chou

Après un début sur les chapeaux de roue, enlevé, drôle, le reste du film va surtout tourner autour de ce qui va se passer entre Tommaso et Don Pietro, le prêtre atypique qui est à l’origine de la vocation d’Andrea. Même si le film continue de réserver régulièrement des scènes et des répliques du même tonneau que le début du film, surtout lorsqu’il retourne dans le cadre familial, il y a aussi pas mal de moments beaucoup plus convenus, de scènes manquant de souffle et d’énergie. On a même très  peur à un moment : si on ne sait pas que Laura Morante, l’interprête du rôle de Carla, avait fait jurer au réalisateur que le film qu’elle allait tourner n’était pas un film de promotion pour l’Eglise Catholique, on peut vraiment se demander si Tommaso ne va pas finir par être touché par la grâce divine ! Heureusement, une fin habile permet de ménager la chèvre et le chou : les catholiques ne risquent pas d’être froissés, les mécréants non plus !

 

Un trio solide

Dans la très bonne distribution de Tout mais pas ça ! on retrouve 2 noms très connus dans notre pays : Gassman et Morante. En effet, l’interprète du rôle de Don Pietro n’est autre qu’Alessandro Gassman, le fils de l’immense Vittorio et de l’actrice française Juliette Mayniel. Quant à Laura Morante, Carla dans le film, c’est toujours avec un immense plaisir qu’on la retrouve, elle qui réussit à réunir toutes les qualités dont une comédienne peut rêver : la qualité du jeu, la classe, la beauté. Pour compléter le trio et interpréter Tommaso, Marco Giallini, moins connu dans notre pays, s’avère en tout point excellent dans le rôle d’un homme arrogant et égoïste dont les certitudes vont se mettre à vaciller.

Conclusion

Pour son premier film en tant que réalisateur, Edoardo Falcone nous laisse sur une impression mi-figue, mi-raisin. En effet, Tout mais pas ça ! nous gratifie de moments et de répliques vraiment très drôles, mais c’est au milieu de scènes beaucoup moins réussies : moins drôles, plus convenues, parfois presque ennuyeuses. On a même peur à un moment que la fin du film s’enlise dans un prêchi-prêcha très décevant. Heureusement, les qualités de scénariste du réalisateur lui permette habilement de conclure d’une façon qui ne fâchera ni les mécréants purs et durs, ni les catholiques les plus fervents. En résumé, Edoardo Falcone n’est pas encore au niveau d’un Dino Risi, mais Tout mais pas ça ! est une comédie qu’on peut qualifier d’honorable.

Jean-Jacques Corrio

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