A l’abri pour la nuit mais avec la crainte des lendemains

Des jeunes hébergés par les bénévoles du Collectif migrants témoignent de leurs parcours et de leurs espoirs. Reportage .Un brin de répit après la terreur et la violence mais avec encore beaucoup d’incertitudes et de crainte pour l’avenir.

Mercredi 17h45, devant les locaux de l’association France Terre d’Asile, à Toulon. C’est le point de rendez-vous autour duquel les jeunes se rassemblent tous les soirs pour attendre les bénévoles du Collectif migrants.

L’approche est difficile, le groupe se méfie. Beaucoup prétendent ne pas parler français. La nuit commence à tomber et ils n’ont visiblement pas envie de se confier au premier venu. En insistant, les barrières tombent – du moins avec l’un d’entre eux. « Mon parcours est beaucoup moins intéressant que le leur. Parce que moi, je suis entré par l’Espagne », explique Ismaël. « Mais ne vous inquiétez pas, ils vont vous parler, et ils ont des choses à dire. Il faut juste organiser une rencontre… »

Aucune urgence, en effet. Nous devons passer un moment ensemble entourés des personnes auxquelles aux Mimosas, à Hyères : le centre de vacances du comité d’entreprise d’EDF qu’une convention permet au collectif d’utiliser cet hiver pour mettre les jeunes à l’abri. C’est ce que confirme Sophie Fontanel, la bénévole disponible ce soir-là pour acheminer et veiller sur une quinzaine de jeunes gens. Elle est seule.

Et explique qu’elle vient de recevoir un message du père Jean-Mathieu lui annonçant qu’il ne pourra l’accompagner ce soir : « Le Conseil départemental vient de lui envoyer six mineurs qu’il va faire dormir cette nuit dans son salon… » Elle distribue donc les cartes de bus. Tout le monde ne peut monter dans sa petite berline.

Sur place l’ambiance se réchauffe un peu. Après une journée d’errance, il faut les convaincre de répéter une énième fois leur histoire, avant de passer à table et profiter du confort des locaux.

Amadou, 19 ans, se lance. Il vient de Guinée-Conakry. « La famille ? Il sont tous morts. Et c’est pour ne pas subir le même sort qu’eux que je suis parti en septembre 2016 », commence-t-il – très mauvaise question, ça arrive. Il énumère les pays traversés : le Mali, le Burkina, le Niger et la tant redoutée Libye : « J’ai eu de la chance, je n’y suis resté que trois mois ! » Trois mois très difficiles mais il ne veut pas s’étaler. Pareil pour sa traversée d’ailleurs qui l’amène, lui et ses compagnons d’infortune, à fouler le sol de l’Europe en Italie.

Ses rêves ? Obtenir des papiers et retourner à l’école pour suivre une formation en marketing. Il veut devenir businessman, confie-t-il timidement, mais avec les yeux qui pétillent.

Mais les rêves de gamin n’empêche pas la lucidité : « Sans les bénévoles du collectif, nous serions à la rue six nuits sur sept, puisque nous appelons tous les jours le 115 et qu’on ne peut nous prendre qu’une fois par semaine. »

« Depuis que je suis tout petit la France est mon pays de rêve ! »

Issouf, 18 ans, vient de Côte d’Ivoire. « Je suis resté dix mois en Libye. Là-bas, ils viennent dans les camps, ils te prennent de force et te vendent… »

Il raconte les sévices subis : « Ils ont mis le courant dans moi et m’ont brûlé les pieds. Ils voulaient que je pleure et que mes parents entendent mes cris au téléphone… »

L’objectif est d’obtenir le paiement d’une rançon de 500 000 CFA (environ 780 euros). « Mais quand vous payez un coup, ils vous en redemandent encore ! » Et puis c’est les travaux forcés : « Ils vous donnent rien que des coups », lance-t-il en montrant une épaisse cicatrice sur son poignet gauche.

« Et ce sont les mêmes qui vont ensuite vous prendre l’argent pour vous lancer sur l’eau… »

Il explique ensuite son arrivée en Italie et son désir de rejoindre au plus tôt la France : « Parce que je m’exprime bien en français et que depuis que je suis tout petit la France est mon pays de rêve ! »

Ce qu’il attend lui aussi c’est d’obtenir des papiers et de pouvoir travailler. « Ce que je voudrais c’est faire mon métier. Je suis électricien-auto mais j’ai appris comme ça. Je voudrais avoir le diplôme… »

Ce soir au menu, il y a de la soupe préparée par une bénévole. Du riz aussi, et de la salade de fruits.

Les visages se détendent et chacun semble savourer l’instant. C’est que dehors la température est descendue de quelques degrés et que samedi il faudra recommencer à marcher en ville pour se réchauffer. Pour, peut-être, le soir venu, retrouver la chaleur et l’humanité des bénévoles du Collectif migrants.

Photo de garde : Thierry Turpin
Thierry Turpin
Article tiré de la Marseillaise  le 27 novembre 2017

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