Climat – Une première victoire en justice, qui va plus loin que le simple symbole

La cour d’appel de Hamm, en Allemagne, a franchi un pas inédit en acceptant, jeudi 30 novembre, d’examiner la demande d’un paysan péruvien qui veut obliger l’énergéticien RWE à réparer les effets du changement climatique dans les Andes.

Vers une justice climatique mondiale ? Grande question, toujours irrésolue entre un Nord pollueur et le Sud, première victime du réchauffement climatique. Un premier pas vient néanmoins d’être franchi. Jeudi, la justice allemande a accepté d’examiner la requête de Saul Luciano Lliuya, paysan péruvien, qui tente de contraindre le géant allemand de l’énergie RWE à réparer les effets du changement climatique dans les Andes. Pour rappel, le groupe est considéré comme l’un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre de la planète. En 2014, RWE, du fait des émissions de CO2 de ses unités de production,  était même classé à la première place des plus gros pollueurs européens. Depuis 2015, Saul Luciano Lliuya, paysan et guide haute montagne, se bat donc pour que l’énergéticien allemand, qui n’est pourtant pas présent au Pérou, soit tenu responsable de la fonte spectaculaire des glaciers andins, laquelle provoque la formation de lacs menaçant d’engloutir les habitations de Huaraz, localité où il habite. Jusque là, la justice allemande avait rejeté sa demande, confirmant les positions de RWE qui avance comme défense qu’il n’est « pas possible d’imputer juridiquement à un émetteur particulier des conséquences spécifiques d’un changement climatique ».

Cette fois-ci, la cour d’appel de Hamm, en a décidé autrement. Les magistrats ont en effet ordonné une série d’expertises pour établir le lien entre les rejets polluants de RWE et les dommages constatés au quotidien. En faisant entrer la procédure dans cette nouvelle  phase, la justice remet donc au cœur du débat  la « justice climatique mondiale », tant de fois demandée et jusqu’à présent occultée.

David aura-t-il la peau de Goliath ?

Pour Saul Luciano Lliuya, c’est une première victoire. Rentré au Pérou après une audience qui s’est déroulée le 13 novembre en Allemagne, il a estimé que «les entreprises qui contribuent le plus fortement au réchauffement climatique doivent dorénavant assumer leurs responsabilités ». Même son de cloche du côté de son avocate Roda Verheyen : « Le simple fait d’entamer les débats sur le fond, dans cette affaire, écrit une page d’histoire du droit ».

Mais cette victoire aura un coût et prendra du temps. En effet, la justice d’outre Rhin n’a fixé aucune échéance quant à la décision finale. De plus, il reviendra au fermier d’avancer les 20 000 euros nécessaires pour entamer les expertises. De son côté Saul Luciano Lliuya, réclame en guise de réparation, le financement par RWE d’une partie des travaux de sécurisation contre les risques d’inondation de la communauté de Huaraz. Il veut aussi le remboursement des 6 300 euros de travaux effectués pour protéger sa maison contre la montée des eaux. David aura-t-il la peau de Goliath ? Un début de réponse : RWE a vu son titre baisser, jeudi, en début de séance à la Bourse de Franckfort.

Éric Serres
Article tiré de l’Humanité  le 30 novembre 2017

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