Crise agricole et incompétence européenne

Tandis que les prix agricoles restent trop bas pour couvrir les coûts de production dans de nombreux secteurs qui vont les céréales à l’élevage, le projet de réforme de la Politique agricole commune proposé par la Commission  soulève la critique unanime des syndicats paysans en France. A la fois libérale et incompétente, la technocratie bruxelloise ne fait l’objet d’aucune critique de la part d’Emmanuel Macron et du gouvernement dirigé par Edouard  Philippe.

Hier, 30 novembre, peu après la mise en ligne de notre article intitulé « Le libéralisme détruit l’agriculture, continuons, dit-on à Bruxelles», l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publiait son étude mensuelle sur les prix agricoles à la production. Notre article évoquait la crise laitière induite par la sortie des quotas en avril 2015 et les premières annonces de la Commission européenne visant à libéraliser encore plus la Politique agricole commune à partir de 2021, tout en réduisant d’au moins 15%  le budget annuel consacré à l’agriculture.

La note de l’INSEE nous dit que les prix agricoles de septembre 2017 étaient supérieurs de 0,3% à ceux de septembre 2016. Mais, globalement, les prix agricoles de l’année 2016 ont été anormalement bas. Les variations de prix sur un an, sur trois mois et sur un mois, sont souvent sensibles. Ainsi, hormis les fruits et légumes, les prix de tous les végétaux sont en baisse moyenne de 3,4% entre août et octobre 2017 inclus. Ceux d’octobre 2017 sont inférieurs  de 4,2% à ceux d’octobre 2016. Sur un an, le prix du blé tendre est en baisse de 3,4%, celui du maïs de 8,3%, celui des oléagineux de 9%, celui des pommes de terre de 30,5%. Si les vins d’appellation sont en hausse de 4,7%, les vins sans indication géographique sont en baisse de 6,2%.

Le prix du lait avait baissé de plus de 20% en deux ans

Du côté des productions animales, l’INSEE fait état d’une hausse globale des prix payés aux paysans de 8,1%. Mais il faut regarder ces chiffres en se souvenant que le prix du lait avait baissé de plus de 20%  en deux ans, entre l’automne 2014 et l’automne 2016, ce qui avait conduit aussi à faire baisser le prix de la viande bovine, quand des éleveurs ont envoyé des vaches laitières à l’abattoir pour se faire un peu de trésorerie. Ainsi, le prix du lait de vache au départ de la ferme a augmenté de 14,3% sur un an, sans retrouver celui d’avant la crise de 2015 et 2016. Le prix de la viande bovine est en hausse de 8,6% sur un an du fait d’une offre moins abondante au regard de la demande. Mais le prix des porcs a baissé de 11% sur un an et de 10,5% entre la fin du mois de juillet et la fin du mois d’octobre. Il a suffit pour cela que la Chine achète un peu moins de pièces issues des cochons européens. Les prix des agneaux sont également en basse de 7% ces trois derniers mois et ceux des volailles de chair sont stables.

Seuls les œufs sont en forte hausse de 62,9% sur un an et même 74,3% sur trois mois. Mais cela est imputable au fait que l’on a abattu des poules pondeuses dans plusieurs pays européens, suite au traitement frauduleux des poules en cages par cette substance interdite qu’est le Fipronil afin de les débarrasser de leurs poux. Les élevages spécialisés de poules pondeuses concernent moins de 1% des paysans en France et cette hausse des prix n’est que conjoncturelle. En revanche, le prix de l’énergie a augmenté de 6,8% ces trois derniers mois et celui des engrais de 3,6% pour la même période tandis qu’un tracteur neuf coûte 4,1% de plus en octobre 2017 qu’en octobre 2016. Les prix de pneus vont également augmenter ainsi que ceux des bâtiments d’élevage du fait de la hausse du coût de l’acier, de l’aluminium et du cuivre et probablement du pétrole comme c’est le cas depuis des mois.

Une agriculture terriblement fragilisée en trois ans

Ces chiffres montent à quel point l’agriculture a été terriblement fragilisée depuis trois ans en Europe tandis que la Commission préconise une « double peine » pour le monde paysan pour les prochaines années. La négociation pour parvenir à un traité de libre échange avec les pays du Mercosur a repris cette semaine et elle a lieu à Bruxelles tandis qu’étaient connues les premières « réflexions » de la Commission sur la prochaine réforme de la PAC devant s’appliquer de 2021 à 2027.

Nous avons fait état hier des réactions de la FNSEA, des Jeunes Agriculteurs et de la Coordination rurale concernant la future réforme de la PAC. Très critique vis-à-vis de ce projet, la Confédération paysanne estime qu’il  « comporte des risques importants de distorsions de concurrence environnementales et sociales entre les Etats (…) Nous ne voulons pas d’une fuite en avant libérale, qui pousse les paysans à investir pour assouvir des fantasmes exportateurs. Nous nous opposons également au mirage assurantiel, inefficace pour garantir un revenu aux pays », poursuit ce syndicat pour qui l’agriculture « doit être la source d’une alimentation de qualité… ».

La direction de Coop de France, qui représente 2 600 coopératives agricole « exprime son inquiétude quant au risque de renationalisation de la PAC » et indique qu’une telle réforme «générera de multiples distorsions de concurrence intracommunautaires, alors qu’elle constitue aujourd’hui la seule politique commun européenne intégrée », si les Etats membres de l’Union suivent le projet de la Commission.

De quelque côté que l’on se tourne, on ne trouve pas une seule voix syndicale pour approuver ce que propose la Commission en France. Il reste aussi à savoir ce qu’en pense Stéphane Travert, le très discret ministre de l’Agriculture.

Photo de garde : AFP – Kenzo Tribouillard
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité le 1er décembre 2017

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