Edito de Patrick Le Hyaric – Commun, communes !

L’éditorial de Patrcik Le Hyaric, directeur de l’Humanité. Le maire, ses adjoints et conseillers municipaux sont les lucioles de la démocratie, les serviteurs dévoués du bien commun. Sans cesse aux côtés de leur population, ils travaillent à faire vivre la République sur chaque parcelle du territoire à partir d’une organisation héritée de 1789 visant à mettre chaque recoin du pays sur un pied d’égalité.

Or, sous l’effet des violences du néo-libéralisme, une nouvelle géographie est apparue dans laquelle se mêlent, à l’intérieur des États-nations, déserts ruraux et métropoles suractives, elles-mêmes théâtres de béantes fractures sociales entre centres et périphéries, lieux mis en lumière et lieux mis au ban de la société. C’est dire s’il faudrait s’appuyer sur le dévouement des élus locaux avec leurs administrations municipales, leur ingéniosité et leur sens de l’intérêt général pour un nouveau développement égalitaire et durable des territoires, renforcer l’éducation et l’audace culturelle et sportive, impulser des projets industriels, agricoles ou artisanaux. Des expérimentations sont d’ailleurs en cours dans une multitude d’endroits pour aider des projets coopératifs, sociaux et écologiques.
Dire cela ne signifie nullement que les politiques menées par toutes les municipalités seraient conformes à cette description. Même s’ils s’estompent dans les villages, on retrouve dans les villes les clivages entre des choix démocratiquement effectués avec les populations dans le sens d’un progrès pour le plus grand nombre et ceux qui reproduisent les orientations nationales dominées par le libéralisme, l’individualisme et l’égoïsme.
C’est précisément pour tenter d’asservir la première catégorie de communes que le pouvoir macroniste a décidé d’affaiblir cette unité démocratique de base en mettant en avant de sordides calculs comptables. Pour respecter les injonctions bruxelloises d’abaisser la dette et les déficits, il décide de se servir dans les caisses des mairies. Après la ponction de 11 milliards d’euros du gouvernement précédent, voici qu’il veut à nouveau prendre 13 milliards. Ce faisant, il espère contraindre les élus à réduire les dépenses de fonctionnement et les investissements ou à une fuite en avant insupportable d’augmentation des taxes diverses et impôts locaux. Les collectivités ont déjà, à elles seules, réalisé 85% des coupes budgétaires. Cet effort colossal donne un avant-goût très sous-estimé de ce qu’il adviendrait si le pouvoir parvenait à ses fins. De nombreux maires ont été contraints de sacrifier ici un conservatoire, là une maison des associations ou un dispensaire de santé ou de reporter la réfection d’une rue ou du stade. Sans parler de la désertification des centres-villes au profit de zones commerciales aussi grises que nuisibles aux dynamiques communales.
La suppression annoncée dans trois ans de la taxe d’habitation pour 80% des foyers, avant sa généralisation, vient parachever la mise sous tutelle des collectivités. Aucun maire, quelle que soit sa couleur politique, ne croit à sa compensation par l’Etat. Tous savent qu’ils devront s’imposer une super-austérité et qu’au final leurs administrés seront les grands perdants !  Après la mise sous tutelle de l’État par une Union européenne régie par les critères maastrichtiens, le droit constitutionnel de libre administration des communes serait attaqué dans ses bases. Le poids de la dette et des déficits creusés à dessein par les pouvoirs successifs serait alors opportunément brandi pour réduire encore davantage les dotations aux communes. La boucle d’une austérité sans fin serait dès lors bouclée.
Les communes sont un maillage essentiel de la France, dans le temps long de l’édification de la République. Fer de lance de la démocratie, elles ont été et continuent d’offrir la possibilité de faire vivre des lieux d’innovation, de traductions concrètes des politiques publiques au service de l’intérêt général. L‘attachement à la commune n’est pas celui à un archaïsme. C’est fondamentalement l’attachement à l’espoir d’une démocratie réelle, à un pouvoir populaire de proximité, à des innovations en matière de service public, à une écoute des besoins humains exprimés au plus près des territoires.
La combinaison de la fin des emplois aidés, le rationnement du logement social et la mise en cause des offices HLM incités à la vente, la réduction des moyens des agences de l’eau dessinent, aux côtés des contre-réformes du droit du travail, le visage méconnaissable d’une France toujours plus soumise aux injonctions des puissances industrielles et financières. Le « pacte girondin » promis par M. Macron n’est que le faux nez d’une concurrence accrue entre territoires mis au pain sec et contraints de solliciter partout les sirènes du marché. Comme toujours chez les libéraux, les effets de manche contre ce qu’ils appellent « le millefeuille territorial » servent un projet centralisateur, autoritaire et technocratique des politiques publiques.
Par delà leurs diversités, les maires de France réunis en congrès ont montré l’opposition des élus locaux. Ils ont le soutien d’une grande partie de nos concitoyens. C’est la démocratie, le service public local, l’emploi que le pouvoir assassine. Avec les élus et les personnels communaux , les citoyens ont intérêt à se faire entendre.

Patrick Le Hyaric
Article tiré de l’Humanité  le 2 décembre 2017

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