A Paris, le manifeste anti-Trump de Barack Obama

L’ex-président américain était invité par le réseau des Napoléons. Sans jamais le nommer, il a pris le contre-pied de son successeur sur de nombreux sujets, à commencer par le changement climatique. 

Samedi, 16 heures, devant les grilles de la Maison de la Radio, dans le XVIe arrondissement de Paris. Le 44e président des Etats-Unis doit s’exprimer ici, dans environ deux heures. «Ça vous fait quoi de voir Barack Obama en vrai ?», demande une journaliste de télé à l’un des invités. Question révélatrice : plus de dix mois après son départ de la Maison Blanche, l’ancien sénateur de l’Illinois fascine toujours autant. Notamment en France, où sa cote de popularité ne s’est jamais démentie. Le Tout-Paris avait d’ailleurs fait le déplacement pour l’écouter : grands patrons, entrepreneurs, stars des médias et un casting politique très féminin – Anne Hidalgo, Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem, Fleur Pellerin ou encore la ministre des Sports, Laura Flessel.

Autant l’avouer tout de suite : attendu comme un demi-dieu par les centaines d’invités triés sur le volet, Obama n’a pas vraiment cassé la baraque. Un discours plutôt convenu d’une petite demi-heure pour débuter : sur prompteur, plein de conviction, d’humanisme et d’intellect certes, mais sans surprises ni envolées lyriques. Puis, pendant quarante minutes environ, un questions/réponses avec Stéphane Richard, le PDG d’Orange et parrain des Napoléons, le réseau d’acteurs de l’industrie de la communication à l’origine de l’événement.

«Peur»

Monté sur scène peu après 18 heures, Barack Obama s’est d’abord fendu d’un «Merci beaucoup» avec l’accent, avant le rappel d’usage des liens historiques entre la France et les Etats-Unis – «notre plus vieil allié» ; «nous sommes mutuellement redevables pour notre liberté». La suite fut une intervention très (géo)politique, Barack Obama évoquant notamment les nombreux défis qui génèrent de la «peur» (le thème de la conférence) chez les citoyens : inégalités galopantes, changement climatique, terrorisme, migrations massives. En réponse à ces inquiétudes, il a décliné trois enjeux majeurs sur lesquels, selon lui, le monde doit se focaliser : développer une économie qui profite à tous, lutter contre le changement climatique et combattre le terrorisme, via une meilleure coopération internationale.

Sans jamais prononcer le nom de son successeur, Barack Obama a toutefois parsemé son discours d’allusions plus ou moins marquées à Donald Trump. Appel à «rejeter le nationalisme et le discours du « nous contre eux »», dont l’actuel président a fait son fonds de commerce. Appel aussi à des politiques plus égalitaires et à la «modernisation du filet de protection sociale», à l’heure où Trump et les républicains veulent adopter une réforme fiscale qui bénéficiera avant tout aux plus riches et réduira les dépenses de santé.

«Droit au désastre»

De l’affaire russe, qui a de nouveau ébranlé Washington vendredi avec l’inculpation de Michael Flynn, Barack Obama n’a pas dit un mot. En tout cas pas directement. Car l’ancien président s’est montré particulièrement incisif sur la question de la propagande en ligne et de la dangereuse prolifération des «fake news». «Si nous ne disposons plus d’un socle commun de faits basés sur la raison, la logique et la science, cela peut nous mener droit au désastre», a dit Obama, appelant notamment à «cultiver le journalisme indépendant». Une double pique lancée à Donald Trump, adepte des théories du complot, menteur invétéré et féroce contempteur des médias.

Enfin, Obama a glissé un autre tacle à son successeur, le plus appuyé et le plus explicite, sur la lutte contre le changement climatique. «Je vous accorde qu’il y a désormais une absence de représentation de notre part sur ce sujet», a-t-il lancé, en référence à la décision de Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris. Malgré cette reculade, l’ancien président a brandi l’espoir, «hope», son leitmotiv, et salué les «progrès» réalisés, y compris aux Etats-Unis, grâce aux efforts menés localement par les Etats et les villes.

Tête-à-tête

Plus tôt dans la journée, Barack Obama avait rencontré séparément Emmanuel Macron, François Hollande et Anne Hidalgo. «Il a compris lui aussi que le changement climatique, c’est ce qui doit aujourd’hui remettre en perspective nos politiques et nos alliances, planétaires et locales. C’est très réconfortant de voir que quelqu’un fort de son expérience, la met au profit d’un monde qui doit aller mieux», a dit à Libération la maire de Paris, venue écouter l’ancien président à la Maison de la Radio.

Conquise, «immensément chanceuse d’avoir pu discuter» avec l’un des hommes les plus influents de la planète, Anne Hidalgo confie lui avoir glissé lors de leur tête-à-tête quelques mots sur Donald Trump : «Je lui ai dit : « Vous êtes notre président. » Tant pis si je ne suis pas diplomatiquement correcte avec Donald Trump, mais franchement pour moi Barack Obama est davantage mon président américain. Je lui ai dit combien il nous manquait.» Et la maire de Paris de conclure, mi-optimiste, mi-fataliste : «Un mandat aux Etats-Unis, ça ne dure que quatre ans. Ce n’est pas si long».

Photo de garde : AFP – Martin Bureau
Frédéric Autran
Article tiré de Libération  le 3 décembre 2017

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