Mario Centeno, un homme de gauche à la tête de l’Eurogroupe

Le Portugais, membre d’un gouvernement réunissant les socialistes et la gauche radicale, a été élu à la présidence de l’institution qui pilote la zone euro, pourtant réputée comme un temple de l’orthodoxie budgétaire.

Tout un symbole. Les dix-neuf ministres des Finances de la zone euro, réunis au sein de l’Eurogroupe, ont élu à leur tête, ce lundi, Mario Centeno, leur collègue portugais, pour succéder au socialiste néerlandais Jeroen Dijsselbloem, qui a perdu son poste de ministre des Finances en octobre. Pourquoi un symbole ? Car Centeno fait partie, depuis 2015, d’un gouvernement qui s’appuie sur une alliance inédite entre socialistes et gauche radicale qui n’a pas hésité à tourner le dos, sans déséquilibrer les comptes publics, à une austérité qui frappait d’abord les plus fragiles. Avec le Premier ministre, Antonio Costa, Centeno n’a pas hésité à affronter la Commission et l’Eurogroupe en adoptant un budget qui s’éloignait de leurs recommandations en creusant temporairement le déficit pour mieux relancer l’économie avant de reprendre l’assainissement budgétaire.

Une politique couronnée de succès pour un pays qui a été placé sous tutelle de la zone euro entre 2011 et 2014 : le chômage est à son niveau de 2009, la croissance est au plus haut depuis 2000 et le déficit au plus bas depuis quarante-trois ans… Cela a valu à Mario Centero d’être qualifié de «Cristiano Ronaldo de l’Ecofin» par Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances. Un compliment qui vaut son pesant d’austérité…

Une affaire vite pliée

Les jeux étaient, en réalité, faits depuis quelques jours, même si le vote a eu lieu à bulletins secrets, ce qui aurait pu réserver des surprises. Car les autres candidats, soit ne faisaient pas le poids, ce qui était le cas du social-démocrate slovaque, Peter Kazimir – son inflexibilité au moment de la crise grecque étant restée en travers de la gorge de beaucoup de pays –, soit n’avaient pas la bonne couleur politique. De fait, le poste devait revenir à un socialiste pour préserver l’équilibre entre la droite (qui détient actuellement la présidence du Parlement européen, de la Commission et du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement) et la gauche (celle-ci ne détenant que le poste de ministre des Affaires étrangères de l’Union avec Federica Mogherini). Dès lors, le libéral luxembourgeois Pierre Gramegna n’avait aucune chance, pas plus que la Lettonne Dana Reizniece-Ozola dont le parti écologiste de droite est allié à un parti populiste…

Si les ministres n’avaient pas respecté cet accord de répartition des postes, cela aurait ouvert une crise avec la gauche au pire moment, puisque les dix-neuf doivent non seulement accompagner la sortie de la Grèce de son troisième (et dernier ?) programme d’aide, achever l’union bancaire, et surtout lancer l’approfondissement de la zone euro comme le demande Emmanuel Macron. Même s’il n’est pas encarté au PS portugais, Centero appartient à un gouvernement socialiste. L’affaire a été vite pliée : il l’a emporté au second tour face au libéral luxembourgeois.

Capable de rassurer les faucons de la zone euro

Certes, le président de l’Eurogroupe, élu pour deux ans et demi renouvelables une fois, n’est pas décisionnaire, la partie se jouant pour l’essentiel entre Paris et Berlin. Mais son entregent sera nécessaire pour emporter l’adhésion de ses collègues. Or Centero a montré qu’il était capable de rassurer les faucons de la zone euro en évitant leur foudre lorsqu’il a négocié le virage budgétaire de son pays en 2015. La France, qui lui a apporté son soutien, ne peut qu’être satisfaite : il est lui aussi partisan d’une zone euro plus solidaire financièrement et plus démocratique. Le probable retour de la grande coalition en Allemagne avec des sociaux-démocrates du SPD qui ont fait de l’approfondissement de la zone euro l’une de leurs priorités, les temps sont manifestement en train de changer en Europe. Le groupe socialiste du Parlement européen a d’ailleurs salué l’élection d’un homme qui «aura montré que l’on peut sortir d’un programme de la Troïka sans se renier» et le Premier ministre grec, Aléxis Tsípras, a jugé cette candidature «pleine d’espoir».

Photo de garde : AFP – Emmanuel Dunand
Jean Quatremer 
Article tiré de Libération  le 4 décembre 2017

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