J.Luc Mélenchon – Le lendemain de l’émission

Ici je vais surtout raconter d’un seul tenant ce qui me vient au clavier s’agissant de « L’Émission politique », la séquence phare de la politique sur France 2 et du « service public » de l’audiovisuel en général. Mais on le publiera en chapitres dans le bandeau roulant de ce blog nommé « À chaud ». De cette façon, ceux qui le voudront pourront les diffuser plus facilement. C’est l’unique moyen dont nous disposons pour achever de transformer en une déroute morale dans le grand public ce traquenard une nouvelle fois organisé contre moi par France 2. Certes beaucoup a déjà été fait sur les réseaux sociaux et parfois des professionnels des médias se sont joints aux protestations d’indignation des internautes. Diffusez tant que vous pouvez, par tous les canaux qui vous paraîtront appropriés.

Il faut bien voir que tant de bassesses, de mensonges et de tromperies, si elles me sont en effet destinées pour m’humilier ou me dévaloriser, sont aussi autant de camouflets infligés au public. Car, au bout du compte c’est lui qui est le dindon de la farce. lui qui est jugé assez vil et stupide pour que n’importe quelle tromperie soit permise à son encontre. Toute la morgue médiatique est dans ce mépris du public tout absorbés que sont les médiacrates à leurs règlements de comptes politiques avec moi. Ce que nous avons vu ce soir-là, ce n’est plus du journalisme, ce n’est plus une émission du service public, c’est juste un règlement de compte entre une équipe de gens prête à toutes les mystifications pour frapper le principal opposant politique à ses employeurs. Une manœuvre politicienne sous déguisement journalistique. Tout y passa : fausses identités des invités, mensonges sciemment proférés par le pseudo-économiste de la chaîne, suivi d’un after à vomir. Tous les coups semblent permis contre moi.

Pourtant, mon premier sentiment n’est pas la colère mais la déception. Cela peut paraître incroyable, mais j’ai cru Léa Salamé de bonne foi quand elle m’a invité. Je l’ai cru quand elle m’a dit « on n’est pas en période électorale, je vous laisserai parler ». J’ai cru à un super débat sur les deux doctrines économiques en présence et ainsi de suite. Je ne me suis pas préoccupé de ses liens familiaux et communautaires politiques. Quand elle m’a pris à parti sur mon patrimoine de riche, moi le fils d’un postier et d’une institutrice, j’aurais pu lui en jeter de bien bonnes à la figure en matière de patrimoine et de famille. Depuis, ma naïveté fait rire mes amis mieux informés et plus vigilants que moi sur tout cela. Quoiqu’il en soit, elle m’a abusé et sciemment endormi. J’ai donc du affronter deux heures de pièges à deux balles, de mensonges et d’abus de pouvoir médiatique, au lieu de la belle soirée de réflexion politique à laquelle j’avais naïvement cru. Léa Salamé est juste une personne sans foi ni loi. Pourquoi ai-je oublié comment j’avais été traité déjà sur ce plateau par elle et Lenglet ? Maudite soit ma manie de croire sur parole les gens que je crois être de bonne foi. Pour finir la séquence finale PS/UMP avec Saint-Cricq et son comparse a été une plongée en apnée dans l’égoût de la politicaille psycho-minaudante dont cette dame est la figure de proue. Ca m’apprendra à accepter les invitations de n’importe qui.

Comment se prépare le traquenard sur France 2

saint-cricq

Capture d’écran

J’ai donc accepté de faire « L’Emission politique ». J’avais un avantage cette fois ci. Je disposais de ma date de passage de longue main. C’est-à-dire depuis avant l’émission avec Edouard Philippe. Je ne sais pas si c’est vraiment un atout dans la mesure où cela rallonge la tension et le stress que provoque l’incertitude organisée autour de cette émission. Mais autrefois c’était pire. Le délai était infiniment plus court. Du temps où Saint-Cricq et Pujadas gouvernaient cette émission, il y régnait un noir chaos. Tout était aléatoire. Il est arrivé que je sois invité deux jours avant. Jusqu’à la veille, et parfois le jour même, l’incertitude régnait sur l’identité des invités, les thèmes et ainsi de suite. On marchandait tout. Bien sûr, nous étions capables de repérer ce que cette ambiance devait aux esprits brouillons et dilettantes qui « dirigeaient » la manœuvre.

Madame Saint-Cricq n’étant pas le moindre problème du fait qu’elle ne comprend pas la moitié des sujets dont on discute et qu’elle gouverne avec cette hargne caractérielle qui est la signature des faibles, une équipe de gens tétanisés par ses foucades et humeurs. Mais nous étions aussi capables de repérer les ficelles, c’est-à-dire ce qui tenait à une méthode d’épuisement nerveux préalable.

Depuis, le fond de la méthode reste le même. Mais au lieu d’être caché dans le décor pompeux du rite de la grande « émission », il est affiché et en partie assumé. Il connait son paroxysme et sa signature avec le piège de « l’invité surprise ». Il se double depuis d’un exercice de supercherie nommé « rencontre avec les Français » où des guignols viennent jouer un rôle sous fausse identité. Entre temps a été ajouté une séquence « en immersion » qui est à son tour devenue un guet-apens.  En toutes circonstances, il s’agit avant tout de prendre « par surprise » l’invité, de l’empêcher d’avoir les moyens de répliquer, de le ridiculiser si possible et sinon de le rabattre.

Mais d’après moi, il y a aussi et peut-être surtout la peur des « journalistes » de se faire prendre en état d’ignorance. Car ce sont rarement des aigles que nous rencontrons dans ces conditions sur ces plateaux. La peur de se faire prendre en défaut, l’obligation de plaire aux maîtres du moment et les liens personnels forment le pire des coktails pour donner un moment de déchéance comme celui que j’ai du subir ce soir là.

De pauvres paysans au glyphosate

paysans glyphosate canette

Capture d’écran

Mes lecteurs doivent savoir qu’il n’y a pas que « l’invité-surprise » qui soit « surprise » dans l’émission politique de France 2. Presque tout est inconnu avant l’heure. Par exemple, on m’annonce que le reportage en « immersion » est avec un « agriculteur favorable au glyphosate ». Mais je ne sais ni ce qu’il cultive, ni comment il s’appelle, ni où il vit. Je le découvre au dernier moment. Cette fois-ci, je découvre aussi en arrivant sur place qu’en fait ce n’est pas un agriculteur « favorable au glyphosate » que je rencontre, mais cinq en même temps, tous favorables au glyphosate. Impossible de savoir qui ils sont vraiment. Impossible de connaître la taille de leurs exploitation. Même incognito pour leurs responsabilités syndicales, à la coopérative, au Crédit agricole ou dans les commissions nationales agricoles et ainsi de suite. Sur place je découvre cependant qu’ils sont tous aussi membres du même syndicat. J’apprendrai ensuite que l’invitant lui-même est trésorier national de la branche « jeune » de la FNSEA. Je donne ici un lien pour que chacun comprenne mieux ce qui unit ce syndicat et la vente des glyphosates.

Pourtant, j’ai cru à leur bonne foi. Je n’ai pas cru qu’ils me jouaient une comédie. J’ai eu la puce à l’oreille en comprenant que ceux-là, soit-disant désespérés par l’image de leur profession et son avenir, sont les vainqueurs peu tendres de la phase précédente de concentration des terres et de la culture des subventions de la PAC. Sur place j’ai pu observer pourtant que toute une mise en scène avait été préparée en secret : une boite de coca, des jerricans ressortis du fond des greniers et ainsi de suite. Le coup de la canette de coca, je l’avais lu dans un argumentaire de la FNSEA. J’ai compris alors la comédie : ils se sont vus, ils ont préparé la séquence dont j’ignorais tout en arrivant.

Cette caricature de situation truquée est en fait le schéma de base de toute l’émission. Sur le plan humain, c’est évidemment très mortifiant de se faire duper comme ça par des gens qu’on trouve sympa de prime abord. Je me le tiens pour dit, à l’avenir, quand il s’agira de « paysans » de la FNSEA. Je saurai qu’ils jouent la comédie. Et que le glyphosate n’est vraiment pas leur problème. Mais l’argent du glyphosate c’est autre chose !

Lenglet justifie les fraudeurs du fisc

lenglet

Capture d’écran

Lenglet est certainement le personnage le plus vintage de « L’Émission politique ». Et aussi celui dont les méthodes sont les plus discutables. Une fois précédente, il m’avait jeté à la figure une accusation de corruption à propos du président de la Bolivie. Il le faisait sur la base d’un ragot que même la presse de la pire droite bolivienne avait abandonné. Protestations de l’ambassade. Les excuses qu’il dut présenter ne furent jamais dites à l’antenne. Lui-même fit « une mise au point » écrite. Une personne ordinaire présente des excuses quand elle s’est trompée. Surtout quand elle a injurié publiquement un chef d’État. Un journaliste de France 2 se contente d’une « mise au point ». Quand il s’agit de la Bolivie. Une autre fois il avait présenté le tableau des « points communs » entre mon programme et celui du FN. On connait donc le genre du personnage.

La veille au journal de vingt heures, il avait déjà fait son numéro de droite. Il faisait mine de découvrir, à la suite du Sénat, l’erreur qu’a fait le gouvernement avec la flat-tax à 30 % sur les revenus du capital. En effet elle risque de coûter bien des milliards imprévus. Il avait conclu en pirouette, non sur le sujet, mais contre la « France Insoumise » : « comme quoi ceux qui dénonçaient le président des riches ont aboyé sous le mauvais arbre ». Incompréhensible pour le grand public, cette saillie était en fait une protection. Lenglet craignait la colère du gouvernement d’un côté et de l’autre la raillerie de ses collègues. Car c’est en octobre que le journal « Le Monde » a révélé l’info et le « service public » s’était bien gardé d’en parler. C’est donc deux mois plus tard que l’info arrive sur la chaîne d’info du service public parce que le Sénat en a fait un sujet du débat sur le budget de 2018. Est-ce parce que nous n’en avions pas parlé sous « le bon arbre » ? Le contraire ! Ce fut l’argument récurrent d’Éric Coquerel,  député insoumis de la Seine-Saint-Denis, dans la discussion sur le projet de loi de finance ! Mais pour Lenglet, nous sommes des animaux. Nous « aboyons » !  Tel est le personnage.

Ce soir-là, ce furent deux mensonges proférés en toute connaissance de cause. Ils purent rester impunis grâce au secret dont il s’entoure pour se protéger d’une trop grande capacité de réplique. Le secret de Lenglet sur ce qu’il compte traiter n’existe que pour permettre le mensonge sans réplique. Et bien sûr pour empêcher que son incompétence soit démasquée.

En effet, la séquence Lenglet est toujours annoncée à l’invité de façon vague et floue. Toute demande de précision se heurte à un mur de prétextes pour ne pas en dire davantage. Par exemple, cette fois-là, on m’annonça que « la discussion » porterait « surtout sur le contre-budget » que nous avons présenté il y a un mois. 50 pages de chiffres et de tableaux, dix missions de l’État. Un vrai oral de l’ENA. Qu’est ce que ça coûterait de dire « on va parler de l’impôt » ou bien de la dette ou ce que l’on voudra pour avoir le temps de bien préparer et d’avoir un vrai échange ?

Du coup, je fus pris de cours. « 120 milliards d’impôts supplémentaires » claironne Lenglet en arrivant. Je me dis : « mais non ! Ce n’est pas le chiffre ». J’hésite. Trop tard, il a enchaîné sur autre chose. Le mensonge est passé. Car ce n’est pas 120 milliards d’impôts supplémentaires que notre contre budget réclame. Pire : pour que ça fasse 120 milliards il a fallu qu’il y ajoute les 40 milliards de récupération de fraude fiscale que prévoit notre plan. D’ailleurs à la fin, dans la salle où est offert un pot aux invités de l’émission on le lui a dit. Et quelle fut sa réponse ? « Eh bien oui, c’est bien un prélèvement supplémentaire ». Récupérer l’argent de la fraude c’est un prélèvement de plus pour François Lenglet ! Incroyable. Et peut-être révélateur, non ?  En tous cas il a sciemment menti.

Le deuxième mensonge est du même acabit. Il me montre une petite voiture. Et prend son air navré pour expliquer que l’acheteur de ce véhicule de luxe ira l’acheter en Belgique plutôt qu’en France où la TVA lui coûterait trop cher. Il a préparé son coup, cherché une petite voiture. Il a donc eu le temps de savoir que la TVA ne se paie pas dans le pays d’achat mais dans celui ou le véhicule est utilisé. Il ment donc sciemment. Il joue une comédie. Elle n’est possible que parce que je ne sais pas de quoi on va parler, de quel domaine il sera question. Comment puis-je savoir spontanément le régime de la TVA des automobiles achetée à l’étranger ? Je n’ai jamais acheté une voiture de ma vie puisque je ne conduis pas. Lenglet le sait. Mais il ne peut protéger ses airs de « je sais tout » prétentieux qu’avec de tels procédés. Reste aussi la possibilité assez probable qu’il n’ait rien préparé lui-même et qu’il se soit contenté de répéter sans vérifier ce qu’il a lu dans les fiches que lui ont donnés les préparateurs de l’émission. Tout alors serait une comédie, y compris le moment où François Lenglet ne ferait que jouer son propre rôle dans une partition écrite par d’autres. Je suis prêt a parier que c’est le cas.

Jean-Luc Mélenchon
Article tiré de son blog  le 4 décembre 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s