La droite « de retour »… et sans marges de manœuvre ?

Laurent Wauquiez, devenu le nouveau chef du parti Les Républicains avec 74,6% des voix, promet qu’il va « tout renouveler ». Mais s’il se félicite de la disparition « du vieux monde », il renouvèle peu le discours de la droite, faisant surtout vibrer la corde sécuritaire et identitaire. C’est la seule option pour se distinguer d’Emmanuel Macron qui laisse peu d’espace à la vieille droite.

« C’est le début d’une nouvelle ère pour la droite», a clamé Laurent Wauquiez, dimanche soir. Pour sacrer sa victoire à la présidence des Républicains, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes avait choisi le « tripot Régnier », la même salle qui avait été réservée par Alain Juppé au soir du premier tour des primaires de la droite. C’était il y a un an. Le droite libérale et européenne prônée par le maire de Bordeaux est aujourd’hui au pouvoir, incarnée par la figure du Premier ministre Edouard Philippe. Cela n’empêche nullement le héraut de la « droite de valeurs » de scander aujourd’hui à la tribune que la « droite est de retour ».

Le storytelling d’un come back d’une droite « vraiment de droite » est sur toutes les lèvres. « 100 000 votants, cela montre que le parti est bien vivant, qu’on est leader de l’opposition », se réjouit Stéphane Tiki, ex-président des Jeunes populaires et fondateur de Génération Sarkozy. « Laurent Wauquiez devient aujourd’hui le chef de l’opposition, dit aussi le député de l’Yonne Guillaume Larrivé. Son élection lui donne une légitimité institutionnelle. Il y a enfin un leader pour animer l’opposition, le puissant réseau d’élus locaux et la centaine de députés LR à l’Assemblée nationale, où nous sommes le premier parti d’opposition.»

Macron manquerait de fermeté « face à l’intégrisme islamique »

« Le vieux paysage politique s’est effondré. Et bien, tant mieux. Tant mieux parce que nous allons tout réinventer », a promis Laurent Wauquiez, âgé de 42 ans, soit un an de plus qu’Emmanuel Macron. Si le nouveau chef des Républicains promet de « tout reconstruire », de « tout renouveler », de « tirer les leçons de nos échecs » et de faire monter de « nouveaux visages », il lui est apparu difficile de renouveler le discours. Dans cette courte prise de parole, d’à peine 4 minutes 20, les seules remarques de fond se résumèrent à une attaque visant le Président de la république, « passif sur les questions de la délinquance », « complaisant sur le communautarisme », et qui manquerait de fermeté « face à l’intégrisme islamique ».

Cela trahit toutes les difficultés des Républicains à se distinguer du nouveau pouvoir. Insister sur le besoin d’autorité et l’importance « d’un régalien fort », pour reprendre les termes de Virginie Calmels, serait une bonne manière de siphonner l’électorat du FN, tout en clivant avec Emmanuel Macron. Ce pourrait être le seul, à en croire le politologue Jérôme Sainte-Marie, cité par l’Opinion. Pour lui, la droite court le risque d’être non seulement battue par La République en marche, mais même de se voir « remplacée » par ce mouvement. Car, explique-t-il, le pouvoir macronien ne se borne plus à mener les réformes que la droite n’a jamais osé assumer jusqu’au bout ( « réforme » du code du travail, suppression de l’ISF), il préempte aussi les marottes de droite sur l’éducation, avec tout le discours de Jean-Michel Blanquer contre le « pédagogisme » et le rétablissement d’une vision  « autoritaire » de l’école. Même chose sur l’immigration. Lorsqu’Emmanuel Macron lance à une marocaine sans papier : « il faut retourner dans son pays », il coupe l’herbe sous le pied d’un discours anti-immigrés sur lequel surfe habituellement la droite. Et que dire de la volonté  du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, de ne mettre uniquement à l’abri les SDF qui possèdent une carte d’identité française…

Que reste-t-il donc à la « droite des valeurs » ? Madeleine de Jessey, figure de proue de Sens Commun, a son avis sur la question. « L’exigence de l’unité ne peut se substituer à la nécessité d’avoir un programme clair et cohérent. Il faut affirmer, selon elle, tous les points qui permettent de se différencier d’Emmanuel Macron. » A savoir la promotion d’une « Europe des nations », la défense de « la France périphérique, et des classes moyennes et populaires vivant dans les zones périurbaines et rurales » et conserver une « ligne conservatrice » sur toutes les questions de société. « La politique d’Emmanuel Macron ne se préoccupe que d’une cible, les gagnants de la mondialisation et ceux qui vivent dans les métropoles cosmopolites. »

Les jeunes militants saluent l’arrivée d’un chef qui n’a « pas de tabous »

Même discours chez les militants les plus jeunes. Aurane Reihanian, responsable des Jeunes avec Wauquiez, salue l’arrivée d’un chef qui n’a « pas de tabous sur les questions sécuritaires et identitaires.» Puis il ajoute : «  il sait aussi parler d’ascenseur social » et incarner la « droite sociale », insiste ce responsable des Jeunes avec Wauquiez qui ne manque pas une occasion de rappeler que sa mère est employée. Cliver semble la priorité absolue pour ce conseiller de Laurent Wauquiez à la région Auvergne-Rhône-Alpe, ancien protégé de Charles Beigbeder. Il n’hésite pas, par exemple, à affirmer que « Marine Le Pen a un discours de gauche » pour convaincre ceux qui seraient tentés par le FN.

Il n’est pas le seul. Guillaume Peltier, leader de la « Droite forte » ne cesse de marteler que son parti doit « regarder en bas, ceux qui souffrent et sont en détresse » et s’adresser à la « France des territoires », la « France populaire », celle des « oubliés » et des « classes moyennes ». « Ils ont été trop longtemps oublié par la droite », explique cet ancien du FN et du MNR, adoubé par Nicolas Sarkozy. « Contrairement à Emmanuel Macron, nous ne vouons pas un culte aux nouveaux veaux d’or de la religion du libre-échange, qui écrase nos paysans, nos ouvriers et nos savoir-faire », avait-il déclaré lors d’un meeting de soutien à Laurent Wauquiez, chez lui, dans le Loir-et-Cher. Une fête champêtre pendant laquelle Laurent Wauquiez a annoncé que Guillaume Peltier jouerait un rôle important dans la future organisation du parti. La nomination de son équipe rapprochée permettra d’en savoir plus sur les rapports de force entre cette ligne « conservatrice et populaire » et celle plus libérale défendue par Virginie Calmels.

Photo AFP/Philippe Desmazes
Pierre Duquesne
Article tiré de l’Humanité . le 11 décembre 2017

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