En 2008, les enjeux climatiques ne comptaient pas pour Emmanuel Macron

Deux informations méritent un traitement particulier en ce 12 décembre 2017, date choisie par le chef de l’Etat pour organiser un mini sommet sur le climat. La première nous renvoie à l’année 2008. Cette année là Emmanuel Macron fut chargé de rédiger le rapport de la Commission Attali demandé par le président Sarkozy. Il préconisait une accélération de l’ouverture des grandes surfaces en France. Cette politique a tué les commerces des centres-villes au point que Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, annoncera jeudi un plan de revitalisation des villes moyennes.

En 2007, à peine élu président de la République, Nicolas Sarkozy répondit à une demande de plus de concurrence dans le commerce formulée par Michel-Edouard Leclerc en mettant en place la Commission Attali, composée de grands patrons et d’économistes libéraux. Emmanuel Macron en fut le rapporteur final. Les préconisations de son rapport furent utilisées par le gouvernement de François Fillon pour faire voter la Loi de modernisation économique (LME) entrée en vigueur en 2009. Relire ce rapport aujourd’hui permet de comprendre à quel point l’actuel président de la République était alors indifférent aux enjeux climatiques.

Dans ce rapport, Emmanuel Macron préconisait de transformer toujours plus de terres agricoles en terrains à bâtir. «  Le foncier ne manque pas en France où la densité de population est l’une des plus faible d’Europe. Mais il faut inciter les communes à l’utiliser et à le rendre constructible, en permettant à l’Etat de reprendre la main, en cas de nécessité. Il est aussi nécessaire de mettre en place des mécanismes privés incitatifs», ajoutait-il en page 132 de ce rapport.

En page 145 et 146, il plaidait pour une accélération de l’ouverture anarchique de grandes surfaces commerciales en ces termes : «  les lois Galland et Royer-Raffarin ont eu pour effet de rendre plus coûteuse l’implantation de  nouvelles entreprises de distribution et ont considérablement réduit la concurrence entre les enseignes existantes (…) 379 grandes surfaces ouvraient en moyenne chaque année entre 1986 et 1994, alors que ce nombre est tombé  à 162 entre 1995 et 2003. Cette réglementation a particulièrement entravé le développement des grandes surfaces de type maxi-discount, au moment même où ce format commençait à séduire les consommateurs».

Macron ne fut pas un visionnaire quand il rédigea ce rapport

Emmanuel Macron écrivait cela voilà moins de dix ans. Entre temps sont apparus les magasins appelés « drive » où la commande passée sur internet est préparée pour le client qui passe la prendre en voiture à l’entrée du magasin.  Mais, la politique de l’offre allant de plus en plus vite, le « drive »  est désormais concurrencé par les livraisons à domicile. On a donc ouvert d’autres magasins pour préparer les commandes. Du coup, les grandes enseignes de type maxi-discount, dont Macron souhaitait le développement voilà dix ans, perdent aujourd’hui des clients et voient leur chiffre d’affaires diminuer.

Macron ne fut donc pas un visionnaire quand il rédigea ce rapport. Outre la consommation inconsidérée de terres agricoles pour créer des surfaces de ventes, il faut savoir qu’une tonne de béton génère 900 kilos de CO2. Dit autrement, le rapport rédigé par Emmanuel Macron en 2008 poussait dans le sens du réchauffement climatique. En témoignent les informations publiées par le Monde du 9 décembre, d’où il ressort que la France est « saturée de centres commerciaux » qui occupent deux fois la superficie de la Corse, selon ce journal.

A Saint-Brieuc, un magasin sur cinq est fermé

Or cette profusion de grandes surfaces à la périphérie des villes est en train de détruire le commerce de proximité. « Dans les centres villes 11,7%  des boutiques sont désertes, contre 7,2%  en 2012 », précise le Monde. Dit autrement, les préconisations du rapport d’Emmanuel Macron au nom de la Commission Attali sont à l’origine de cette accélération du taux de mortalité des commerces de proximité. A Saint-Brieuc, ville préfecture des Côtes d’Armor, un magasin sur cinq est fermé. A Auxerre, chef lieu du département de l’Yonne, 20,8%  des boutiques sont vides en raison de l’offre commerciale surabondante en périphérie. A Brive-la-Gaillarde comme à Clermont-Ferrand, des nouvelles galeries commerciales subissent un taux de vacance entre 70 et 80%.

La situation est tellement dramatique que le 14 décembre, soit deux jours après le « One Planet Summit »  de Paris, le ministre de la Cohésion territoriale, Jacques Mézard,  tiendra une conférence de presse à Cahors pour présenter son « plan de revitalisation des centre-ville ». A Beauvais, le 30 novembre dernier, il déclarait à ce propos : « L’Etat veut donner un signal fort aux villes moyennes et leur dire qu’elles ne sont pas seules. Le dernier plan en leur faveur date de 1974».

Pour la petite histoire, 1974 fut la première année où fut appliquée la loi Royer pour limiter le développement anarchique des grandes surfaces qui ont été relancées à partir de 2009 par une LME inspirée du rapport Macron.

Jacques Mézard a peut-être pris un gros risque en évoquant cette année 1974 !

Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 12 décembre 2017

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