Le prix de la lutte contre le réchauffement climatique

Pour répondre aux engagements de lutte contre le réchauffement climatique, il faut maintenant mobiliser les finances publiques et privées nécessaires à la mise en application de l’accord de Paris. Dans cette perspective, Paris accueille le 12 décembre 2017 le « One Planet Summit » organisé par l’ONU et le Groupe Banque mondiale. Une initiative pour encourager et accélérer la mise en place des moyens financiers indispensables, que ce soit pour faire face à nos efforts en termes d’atténuation ou à nos engagements sur les questions d’adaptation.

Lors de la conférence de Lima sur les enjeux financiers de l’accord de Paris en octobre 2015, le ministre français des Finances et des comptes publics de l’époque, Michel Sapin, avait résumé l’enjeu de la manière suivante : « J’ai coutume de dire que la question du climat est un enjeu trop important pour que les ministres des Finances en restent à l’écart. En effet, vous le savez, la question des financements est au cœur de la lutte contre le changement climatique, car ce sont eux qui vont permettre de soutenir dans le temps l’ambition de réduction des gaz à effet de serre ainsi que les actions d’adaptation dans tous les pays. »

« Il faut que les financements permettent la transformation nécessaire, avait alors insisté Michel Sapin. Ils doivent la catalyser, la rendre possible. Pour remplir ce rôle, ils doivent être d’une ampleur adéquate, avoir un impact fort sur le terrain, et pour cela répondre aux priorités exprimées par les pays ».

Un sommet pour faire face aux besoins

Ce sommet baptisé « One Planet Summit », annoncé cet été par Emmanuel Macron pour remobiliser sur le dossier climat, suite à l’annonce du retrait des Etats-Unis, se veut différent. « Il ne s’agit pas d’une énième rencontre politique à haut niveau, il (le sommet) va permettre de rassembler des groupes de personnes qui habituellement ne se rencontrent pas » a déclaré le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, lors d’une conférence téléphonique avant le sommet.

4000 participants et près de 800 organisations provenant du secteur public et du privé sont attendus pour cette journée à Paris organisée conjointement par la France, les Nations Unies et la Banque Mondiale autour d’un constat que résume Jim Yong Kim : « le niveau de financement, pour l’heure, est insuffisant pour atteindre les engagements de l’accord de Paris ».

Les engagements de l’accord de Paris

L’année 2016 a été la plus chaude depuis que nous relevons les températures sur la planète et l’ONU a signalé qu’elles dépassaient déjà de 1,2 degré Celsius les niveaux préindustriels. Pour faire face aux conséquences catastrophiques du réchauffement climatique en cours, phénomène largement documenté par la communauté scientifique et les rapports du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat), la communauté internationale , après bien des difficultés a réussi à convenir d’un accord aujourd’hui ratifié par 147 pays, représentant environ 85% des émissions de gaz à effet de serre (GES) responsables du réchauffement climatique.

Cet accord de Paris, signé en décembre 2015 par 195 pays, s’est donné comme objectif de contenir le réchauffement climatique « nettement en dessous de 2°C par rapport au niveau préindustriel ». Pour ce faire, chaque pays s’est engagé à faire des efforts volontaires pour à la fois participer à une stratégie commune de diminution du réchauffement climatique (atténuation) et à la fois pour protéger les pays les plus vulnérables des impacts de ce phénomène (adaptation). Les pays étant différenciés en fonction de leurs spécificités face aux questions d’adaptation et d’atténuation.

Les pays riches (pays de l’annexe 1) par exemple, historiquement responsables de ce réchauffement climatique et gros émetteur de GES, se sont engagés à fournir 100 milliards de dollars (91 milliards d’euros) par an, à partir de 2020 aux pays en voie de développement pour les aider à s’adapter aux changements qu’ils vont subir. Cet engagement financier devrait être revu à la hausse en 2025 et tous les cinq ans. Mais cette somme n’est pas encore rassemblée et paraît déjà très en dessous de ce qu’il faudra probablement apporter pour faire face aux besoins. L’Agence Internationale de l’Energie estime qu’il faudra en moyenne 3 500 milliards de dollars d’investissement uniquement dans le secteur énergétique chaque année pendant 30 ans, pour contenir l’augmentation des températures à un minimum de 2°C.

Des engagements volontaires insuffisants

Deux ans après le lancement de l’accord de Paris, alors que nous sommes encore au stade de la mise au point de la mécanique de l’accord (qui doit être finalisé pour 2018), nous sommes déjà sortis des clous. La somme des engagements volontaires des Etats nous place déjà dans une trajectoire supérieure à 3°C. Non seulement il nous faut réintégrer la courbe qui nous placera à 2°C d’augmentation de la température pour la fin du siècle et nous demandera plus d’effort que ce que nous sommes collectivement prêts à faire à ce jour, mais il nous faudra aussi intégrer des coûts que nous avons de la peine à dimensionner.

La question de l’atténuation implique pour tous un changement profond de nos technologies, de nos modèles de développement, de nos modèles énergétiques, c’est toutes nos économies, nos sociétés que nous devons repenser pour les rendre plus écologiquement vertueuses si nous voulons agir efficacement sur le climat.

Sur la question de l’adaptation, les impacts multiples du changement climatique sont aussi très difficiles à quantifier. Pour la Banque mondiale, le changement climatique pourra faire basculer d’ici à 2030 plus de 100 millions de personnes dans la pauvreté. Chaque année, les impacts des phénomènes climatiques extrêmes se chiffrent à 520 milliards de dollars en perte de consommation et plongent 26 millions de personnes dans la pauvreté. De plus, les changements climatiques obligeront au fil du temps les établissements humains à se déplacer.

Or, on sait que dans les quinze prochaines années, la planète aura besoin d’environ 90 000 milliards de dollars d’infrastructures nouvelles, pour l’essentiel dans les pays en développement et à revenu intermédiaire. A l’horizon 2050, il faudra nourrir 9 milliards de personnes tout en réduisant les émissions de GES. Il faudra permettre à 1,1 milliard de personnes nouvelles d’accéder à l’électricité tout en abandonnant les combustibles fossiles et loger 2 milliards de nouveaux citadins tout en limitant l’empreinte carbone et en améliorant la résilience des villes. Or, face à tout cela, une chose est sûre : plus vite on agira, plus on évitera des coûts considérables pour l’avenir.

Faire les investissements nécessaires et impliquer le secteur privé

Pour la Banque mondiale, la prochaine étape est d’assurer les investissements pour accompagner les pays en voie de développement dans leur adaptation. « Sans financement, l’accord ne sera qu’un processus politique et rien ne changera sur le terrain » annonce Jim Yong Kim. La Banque qui a consacré cette année 13 milliards de dollars sur plus de 200 projets liés au climat, s’est engagée à accroitre de 28% d’ici à 2020 ses financements pour répondre à la demande. Entre 2011 et 2016, la Banque dit avoir investi 63 milliards de dollars (plus de 10 milliards par an) dans plus de 1 000 projets d’adaptation au changement climatique.

Les besoins financiers sont énormes et la finance publique nationale ou internationale ne suffira pas à mettre en place les engagements pris dans l’accord de Paris, sans une forte implication du secteur privé. D’après la société financière internationale (IFC), les engagements pour l’action climatique de 21 économies émergentes représentent, à eux seuls, 23 000 milliards de dollars en opportunités.

Des outils comme la tarification du carbone est présentée par exemple aux privés comme un système aux multiples vertus : elle protège l’environnement, accroît les recettes et attire les investissements vers des technologies propres. De plus, on estime qu’un renforcement de la coopération par l’échange de droits d’émission du carbone permettrait de réduire le coût de l’atténuation de 32% d’ici à 2030.

Une journée pour mobiliser les acteurs financiers

Deux ans jour pour jour après l’accord historique de Paris, le président de la République française, Emmanuel Macron, le président du Groupe Banque mondiale, Jim Yong Kim et le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres se donnent rendez-vous à Paris pour trouver des réponses financières à l’Accord de Paris. Quatre thèmes de travail sont retenus pour ce « One Planet Summit ».

Le premier thème va s’interroger sur le changement d’échelle de la finance pour l’action climat. En d’autres termes, le défi est le suivant : quels instruments faut-il mobiliser pour trouver les financements dont nous avons besoin pour nos projets de développement bas-carbone ? Sachant qu’en la matière, les investissements nécessaires se chiffrent en milliards de milliards de dollars et que la finance publique ne pourra pas à elle seule porter ce changement. Comme elle aura la responsabilité de préparer les politiques « climat » sur le long terme, elle ne pourra y arriver qu’en produisant un effet levier sur la finance privée.

Deuxième thème : verdir la finance en faveur d’une économie durable, soit : comment faire pour que les acteurs de la finance privée réorientent les investissements en faveur d’une économie « dé-carbonée » ? Pour transiter vers une économie moins émettrice de gaz à effet de serre, il faut non seulement une mobilisation de l’ensemble des acteurs de la finance publique et privée, mais il faut aussi une stratégie à long terme qui tienne compte de la réalité climatique. Une dynamique que le panel veut traduire par trois axes forts : le rôle de la finance pour transformer le secteur privé sur les questions climat, l’amélioration du recueil d’informations financières et leur transparence sur les enjeux liés au climat, et la mobilisation des investisseurs sur les actions climat.

Troisième thème : accélérer l’action locale et régionale en faveur du climat, soit : comment permettre aux villes et aux territoires d’atteindre leurs ambitions tout en contribuant activement à la mise en œuvre de l’accord de Paris ? C’est-à-dire, comment favoriser une large collaboration entre les secteurs publics et privés et entre les différents niveaux de gouvernements (international, national, régional et local) pour atteindre les objectifs de mise en œuvre de l’Accord de Paris avant 2020, alors que les financements disponibles ne sont pas encore à la hauteur des enjeux et sont encore peu accessibles à l’échelle locale.

Quatrième et dernier thème : renforcer les politiques publiques pour la transition écologique et solidaire. En clair : quel cadre public faut-il pour poursuivre l’évolution de l’économie vers la transition bas-carbone et l’adaptation au changement climatique ? Afin que l’ensemble des acteurs puissent transformer leurs modes de production et de consommation vers des solutions bas-carbone il faut que les politiques publiques les accompagnent et que les gouvernements jouent un rôle de garant des objectifs de l’accord de Paris.

« One Planet Summit » se veut donc une journée d’action pour mobiliser la finance autour de l’accord de Paris, pour lui donner les moyens de ses ambitions. Un sommet pour réaffirmer un accord international marqué par le retrait des Etats-Unis, mais en partie financé par l’ex-gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, et par la fondation de l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg.

Photo de garde : Getty Images
Arnaud Jouve
Article tiré de RFI  le 11 décembre 2017

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