Agriculture – Nourrir ses concitoyens en étant de plus en plus précaire

Selon les comptes prévisionnels de l’agriculture pour l’année 2017, la production agricole se redresse de 2,4% cette année après une chute de 6,6% en 2016. Cela veut dire qu’elle ne retrouve pas son niveau de 2015. On sait en effet que 2015 fut une bonne année pour la production de céréales à paille, tandis que la production laitière était également en hausse du fait de la sortie des quotas de production par pays. Selon l’INSEE, d’après les estimations du compte prévisionnel de l’agriculture, « la valeur ajoutée brute au coût des facteurs par actif augmenterait de 7,7%  en 2017 en termes réels, après une baisse de 8,4% en 2016». Le commentaire est aussi prudent que les chiffres sont précis.

Cette année 2017 est pleine de contrastes. Ils montrent que les paysans ont tenté de piloter au plus juste leur exploitation pour éviter autant que possible les écueils induits par la mondialisation des marchés agricoles. En volume, la production végétale a augmenté de 4,9% en 2017 après une baisse de 8,9% en 2016. Les rendements céréaliers sont nettement meilleurs que ceux de l’an dernier et la sortie des quotas pour la betterave à sucre s’est traduite par une augmentation des superficies dans ce secteur. Mais les prix des végétaux, à commencer par les céréales, sont bas pour la troisième année consécutive. Ceux de la pomme de terre sont en baisse de 40% par rapport à 2016 et le prix des autres légumes diminue aussi de 7%. Si le prix du vin augmente un peu, les volumes récoltés diminuent cette année de 12,2%. Il y aura, donc moins de vin à vendre en 2018 et 2019.

Du côté des productions animales, les volumes diminuent globalement de 1,3% en 2017. Cette baisse est de 2% en viande bovine et de 3% en viande porcine tandis que les prix moyens augmentent de 7,3% sur un an pour l’ensemble des productions animales. Mais on sait que le prix du porc est en baisse sensible depuis la fin de l’été. Elle est de 20% en trois mois selon la  Fédération nationale porcine de la FNSEA.

Incertitudes sur le prix du lait

Bien qu’en hausse après avoir baissé en  2015 et 2016, le prix du lait demeurait sous la barre des 350€ les 1.000 litres en octobre  contre 380€ en 2014 et 301€ en octobre 2016. Comme la collecte européenne de lait de vache est en hausse de 4,5% en cette fin d’année par rapport à 2016, on peut craindre une nouvelle chute du prix du lait dans les prochaines semaines. Car la collecte mondiale est également en hausse de 1,2% sur les neufs premiers mois de 2017, selon les chiffres fournis hier par FranceAgriMer. Du coup, le prix du beurre est passé à 5.000€ la tonne ces dernières semaines sur les marchés internationaux, alors qu’il était à 7.000€ en septembre. Parallèlement, le prix de la tonne de poudre de lait écrémé, coproduit obligatoire du beurre, est très bas à 1.400€ la tonne en raison des stocks élevés dans l’Union européenne.

Face à cette incertitude permanente des prix des produits agricoles, les achats effectués par les exploitants sont en repli de 2,3% par rapport à l’an passé et de 11,1% par rapport à 2013. Les dépenses consacrées aux engrais sont en baisse de 18,3% par rapport à 2016. Certes les prix des fertilisants ont baissé de 12% du fait de la baisse du prix du pétrole, mais les volumes utilisés ont également baissé de 7,2%. Le prix du fioul agricole a, en revanche, subi le contrecoup de la hausse récente du prix du pétrole avec une augmentation moyenne de 16,2%.

Tous ces chiffres nous montent que la valeur ajoutée brute de la production agricole pour 2017 serait en hausse 9,8% en dépit, où peut-être à cause, du repli des consommations intermédiaires induit par une gestion plus rigoureuse. Il n’en faut pas plus pour que l’INSEE affirme la chose suivante : « Comme le volume de l’emploi décroît tendanciellement, la valeur ajoutée brute au coût des facteurs de la branche agricole par actif augmenterait de 8,5%. En termes réels, elle se redresserait de 7,7%  après la baisse de 8,4% en 2016».

Dans un communiqué, la FNSEA note que « la Commission des comptes de l’agriculture de la nation anticipe une hausse de 10,6% du résultat agricole par rapport à 2016 mais celle-ci ne permet pas de compenser la baisse de résultats de 14,2% qu’avaient enregistrée les exploitations en 2016 ». Estimant que les chiffres publiés hier « confirment les difficultés persistantes du secteur agricole », la FNSEA ajoute que « les chefs d’exploitation enregistrent une baisse de 27% de leurs résultats par rapport aux trois années précédentes et plus de 25% des exploitations agricoles présentent un résultat négatif ».

Désormais, même les céréaliers sont en difficulté

Au nom de la Coordination rurale, François Lucas affirme que « la dérive libérale de la PAC est directement responsable des difficultés frappant les agriculteurs, car elle ne régule plus rien ». Alors qu’ils furent durant longtemps les principaux bénéficiaires de la Politique agricole commune (PAC) grâce à la conjonction de prix plutôt rémunérateurs et d’aides directes relativement élevées provenant du budget européen, les céréaliers font état de résultats économiques négatifs, notamment en 2016 avec un déficit d’exploitation de 13.000€ en moyenne. « Depuis cinq ans, le secteur céréalier traverse une crise économique sans précédent. Si la récolte 2017, satisfaisante sur le plan qualitatif mais très hétérogène sur le plan quantitatif permet d’expliquer en grande partie l’amélioration des Comptes  de la Nation, elle ne compensera pas pour les producteurs les pertes de l’année  2016, en raison de prix toujours très bas », souligne Philippe Pinta, président de l’Association nationale des producteurs de blé.

Le prix de la tonne de blé rendue au port de Rouen pour l’exportation ne cote que153€ en ce début de mois de décembre contre 165€ en décembre 2006 et 195€ en juillet 2015. Il a suffit que la production mondiale soit légèrement supérieure à la demande solvable trois années de suite pour que les  spéculateurs qui sévissent dans les salles de marché orientent à ce point les prix vers le bas. Quitte à la faire flamber dès que pourraient apparaître un risque de pénurie.

Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 15 décembre 2017

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