One Planet Summit – Sommet de la peinture verte ?

Pour prendre le leadership de la lutte contre le changement climatique sur la scène mondiale, Emmanuel Macron a convoqué un sommet international le 12 décembre à Paris, le « One Planet Summit ». L’objectif ? S’appuyer sur la finance pour atteindre les objectifs, à grands coups d’ « obligations vertes », de portefeuilles « décarbonés », de marchés de quotas d’émission de gaz à effet de serre, et autres instruments « basés sur le marché ».

La litanie des belles promesses s’est succédée toute la journée de la part des plus grands décideurs mondiaux au court d’un événement qui avait tout l’air d’une levée de fonds façon show à l’américaine. 20 des 30 plus grandes banques au monde, 8 des 10 des principaux investisseurs, les plus gros fonds de pension et assureurs, la banque mondiale, la commission européenne… en tout, 237 entreprises s’engagent également à suivre les recommandations de la TCFD, la Task Force sur la transparence financière sur le climat du G20. Soit une potentielle transparence sur 6 300 milliards de dollars de capital, détenus par Coca-Cola, EDF, Deloitte, Dow Chemical, Société générale ou encore Axa. Le PDG d’AXA, s’engage aussi à désinvestir 2,3 milliards d’euros du charbon et 700 millions de dollars des sables bitumineux, mais également à investir 12 milliards de dollars dans des investissements verts en 2020. Et à exclure de ses investissements et de ses assurances les entreprises engagées dans de nouveaux projets charbonniers. Soit 2% de ses actifs…. et le reste ? Le bilan de cette journée : l’heure est à la financiarisation de l’environnement, les partenariats publics se frottent les mains et les pouvoirs publics se désengagent.

Stop au greenwashing ! Les portefeuilles financiers représentent aujourd’hui 17.000 milliards de dollars (Mds $) par an. Les obligations vertes, green bonds dans le jargon seulement 130 Mds $ en 2017, soit 0,1% du marché obligataire, et sans certitude puisque ces « labels » sont auto-décernés et rien ne nous assure qu’il s’agisse vraiment « d’investissement vert ».  Pourtant, les capitaux nécessaires à la transition vers une économie bas carbone sont estimés à 1.000 Mds $ par an pour la seule transition énergétique. La situation est catastrophique. Entre janvier 2014 et septembre 2017, 630 milliards de dollars de financements ont étés octroyés par les banques internationales à 120 entreprises qui prévoient 550GW de nouvelle capacité charbon. 1600 nouvelles centrales à charbon sont encore prévues et la capacité des projets des 120 entreprises équivaut à la capacité totale des centrales à charbon de l’Inde, des Etats-Unis et de l’Allemagne réunis. S’ils étaient menés à terme, ces projets augmenteraient la capacité installée globale de plus de 42%. Chaque année dans le monde, 5 300 milliards de dollars sont dépensés par les Etats pour soutenir les énergies fossiles, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI), soit 10 millions de dollars par minute. Pire, les fonds publics et privés consacrés à la lutte contre le changement climatique sont en baisse ! 388 milliards en 2014… 383 milliards en 2016.

Comme l’a rappelé un appel lancé par 80 économistes, la première décision raisonnable serait de ne plus financer de nouveaux projets pour extraire du charbon, du pétrole et du gaz, ces sources fossiles qui sont de loin les premières sources de gaz à effet de serre. Selon un sondage présenté par Aviva France, le 7 décembre, 7 Français sur 10 seraient favorables à la généralisation de labels indépendants permettant de savoir si les placements financiers sont éthiques. Mieux, le dernier sondage Harris Interactive indique que pour 9 Français sur 10, la transition énergétique est un enjeu majeur voire prioritaire. 8 Français sur 10 estiment d’ailleurs que le gouvernement doit investir dans les énergies renouvelables plutôt que dans le nucléaire.

 « Les énergies fossiles appartiennent aux modèles économiques et énergétiques du passé », a lancé Nicolas Hulot. « Elles ne sont plus la solution, elles sont devenues le problème ». Difficile de croire à ces promesses quand plusieurs ONG publient un rapport dénonçant les investissements publics français encore importants dans les énergies fossiles. Les banques françaises (Société Générale, BNP Paribas, Crédit Agricole, et BPCE) ont ainsi accordé 10 milliards de financements aux 120 entreprises depuis 2014 et sont dans le top 20 des plus gros prêteurs. Les financements des banques françaises à ces 120 entreprises ont augmenté de 135% entre 2015 et 2016. Alors même qu’un rapport de l’ONG internationale Carbon Disclosure Project nous apprend que 100 multinationales sont responsables de plus de 70% des émissions de GES depuis 1988.

Ce sommet ne saurait faire oublier que la France est à la traîne sur ses objectifs. Pour contenir le réchauffement en deçà des +1,5° C, il ne faudrait pas brûler plus du tiers des réserves connues de pétrole, de gaz et de charbon. Pourtant la France offre 12,2 milliards d’euros par an aux énergies fossiles (dont 10,4 milliards d’aides fiscales à la consommation). Pire, sur les 300 milliards d’euros promis par 91 entreprises françaisesvenues repeindre en vert leurs activités, 15 milliards iront au nucléaire, et 30 au gaz ! Les investissements français en faveur de la transition écologique sont de 32 milliards d’euros par an depuis 2013. Seuls 25 Md€ ont effectivement été alloués à la transition énergétique alors que l’économie française devrait s’appuyer sur 45 à 60 Md€ par an d’ici 2020, puis 50 à 70 Md€ d’ici 2030. Soit un trou de 20 à 40 Md€ pour atteindre les objectifs de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Tandis qu’on laisse s’échapper 80 milliards chaque année du fait de l’évasion fiscale.

Pire, une analyse effectuée par l’Observatoire des multinationales et l’ONG 350.org montre qu’en réalité, l’argent des Français continue aujourd’hui de financer des nouveaux projets d’énergies fossiles partout dans le monde. Même l’argent du livret A et du livret DD via la Caisse des Dépôts, la Banque Postale, le Fonds de réserve pour les retraites ou encore la BPiFrance  et l’Agence Française de Développement financent activement pas moins de 12 projets fossiles ! Sur le plan des énergies renouvelables, la France est aussi un piètre exemple. Aucun éolienne offshore n’est encore installée. Le 8 décembre 2017, l’éolien à couvert 17,3% de la consommation électrique de l’Europe. 85% pour le Danemark, 41% pour l’Allemagne et.. seulement 7,5% pour la France. Nous sommes parmi les 3 pays à risquer de ne pas atteindre les objectifs européens à horizon 2020. Excellence ?

Sûr de son génie en communication, Emmanuel Macron va même jusqu’à lancer l’idée d’une nouvelle Taxe sur les Transactions Financières européenne alors même qu’il est responsable de l’échec de sa mise en œuvre il y a quelques mois ! Doit-on aussi rappeler l’argent pris sur le budget des politiques en faveur de la biodiversité, des millions enlevés à l’Agence Française pour la biodiversité et aux agences de l’eau pour boucher les trous ailleurs ?

Le ministère de l’écologie vient par ailleurs de publier un document sur les aides publiques dommageables à l’environnement. On y apprend que les dépenses fiscales relatives aux énergies fossiles dépassent 5 milliards d’euros par an, dont 2,7 milliards d’euros d’exonération de TICPE en faveur du transport aérien commercial. Les députés France insoumise n’ont eu de cesse de réclamer la suppression de ces exonérations au cours de l’examen du budget… Refusé par la majorité ! Le glyphosate est renouvelé pour 3 ans, l’EPR de Flamanville se construit, on rénove les vieilles centrales nucléaires à grands frais. On se prépare à mettre en œuvre le CETA, accord de libre-échange UE-Canada alors même que les experts convoqués par Macron alertent sur son impact environnemental. Et le président va jusqu’à déclarer sans honte que « le nucléaire n’est pas une énergie mauvaise pour le climat ».

Mais Bruno Le Maire, ministre de l’économie annonce : « le temps où la finance était notre ennemi est révolu. » Si les mots ne suffisent plus, le grand ravalement vert de la finance non plus. Nous ne voulons pas nous retrouver, en plus de la crise écologique, à gérer une crise financière par-dessus le marché ! Nous devons faire primer l’intérêt environnemental sur l’intérêt économique au plus vite, non pas adapter les intérêts environnementaux aux intérêts économiques. Le temps du changement de modèle est venu, par l’action des puissances publiques et de politiques concrètes. L’ère des promesses et des pompiers pyromanes est révolue.

Article tiré de la France insoumise  le 15 décembre 2017

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