Que restera-il des Etats généraux de l’alimentation ?

Annoncés avant l’été par Emmanuel Macron, tenus durant l’automne dans le cadre de 14 ateliers, les Etats généraux de l’alimentation seront clos le 21 décembre par le Premier ministre Edouard Philippe. La présidente de la FNSEA veut croire que tous ces échanges n’auront pas été inutiles et qu’il en restera quelque chose pour la profession agricole. Néanmoins, son syndicat appelle à une journée d’action aujourd’hui pour exiger une juste rémunération du travail des paysans.

Alors que le réveillon de Noël tombe cette année un dimanche soir, on va beaucoup parler de gastronomie mais aussi de production agricole, de rémunération du travail des paysans et de la stratégie commerciale agressive des distributeurs dans les tous prochains jours. Car la situation est d’une complexité redoutable et le monde paysan subit une somme d’injustices dont les Français ont du mal à prendre la mesure aujourd’hui.

Toutefois, nos compatriotes savent  que l’ont produit de la qualité dans ce pays. Selon un sondage réalisé par le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (CIFOG), 77% d’entre eux ont l’intention de mettre le foie gras au menu des fêtes de fin d’année, 95% le considèrent comme un produit festif et 91% s’accordent à dire qu’il s’agit d’un produit « Made in France à soutenir ».

Mais qui soutient le monde paysan aujourd’hui quand  les produits importés aux origines mal connues sont utilisés en permanence par les distributeurs, mais aussi par la restauration collective pour peser sur les cours sur les champs de foire comme dans les salles de cotation ? Hier, dans le cadre d’une rencontre avec quelques journalistes, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, indiquait que les négociations annuelles entre les centrales d’achat de la grande distribution et leurs fournisseurs sont aussi dures que l’an dernier avec des demandes de baisse des prix comprises entre moins 3 et moins 7% . Avec du chantage au déréférencement brandit par les distributeurs. Du coup, leurs fournisseurs potentiels ne témoignent que sous couvert d’anonymat, de peur de voir leurs produits absents des rayons des grandes surfaces l’an prochain. Pourtant, tous les distributeurs, Michel-Edouard Leclerc compris, avaient signé en novembre de code de bonne conduite adopté dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation.

47% de la viande rouge consommée en France est importée

La France est le pays qui compte le plus de bovins de tous les pays de l’Union européenne avec  3,7 million de vaches laitières et 4,2 millions de vaches allaitantes. Comme toutes ces vaches donnent un veau par an, ce n’est pas a viande bovine qui manque dans ce pays. Pourtant, seulement 53% de la viande rouge consommée en France provient d’animaux élevés dans l’Hexagone. Ce qui veut dire que 47% de notre consommation de viande bovine est importée. Comment est-ce possible ? Si la grande distribution affiche beaucoup de viande « origine France »  en rayon frais, il n’en va pas de même pour la viande congelée et encore moins pour la composition des plats préparés. Outre la vache laitière de réforme provenant de différents pays de l’Union européenne, on trouve dans diverses préparations des viandes bovines en provenance des pays tiers, notamment  d’Amérique du sud. En ce mois de décembre 2017, la Commission européenne  tente de boucler un accord de libre échange avec les pays du Mercosur en ouvrant ses frontières à un contingent annuel de viande bovine à droit nul du Brésil et d’Argentine. Avec l’accord d’Emmanuel Macron qui a voulu, en même temps, organiser les Etats généraux de l’alimentation.

Touts ces importations sont voulues pour peser sur les cours des animaux élevés en France comme sur les prix que les transformateurs obtiennent de distributeurs. Cette stratégie fragilise l’équilibre financier des exploitations agricoles comme des entreprises agroalimentaires. Hier toujours, Christiane Lambert , elle-même éleveuse de porcs dans le Maine-et-Loire, a révélé que durant l’embellie des cours 25% au départ de la ferme durant quelques mois en France grâce aux importations chinoises, les abattoirs n’ont pu obtenir des distributeurs que 1,8% de hausse du prix de la viande fournie alors qu’ils avaient besoin de 11%  pour équilibrer leurs comptes.

Des défaillances d’entreprise agricoles en hausse de 6,7% sur un an

Dans ce contexte, les défaillances d’entreprises agricoles et agroalimentaires sont en hausse en 2017 alors qu’elles sont en baisse dans les autres secteurs économiques. Sur douze mois, entre septembre 2016 et septembre 2017, cette hausse des défaillances concerne 1.281 exploitations, en hausse de 6,7% alors que tous secteurs économiques confondus, les défaillances d’entreprises sont en recul de 7% selon l’INSEE. Si les défaillances d’entreprises   agroalimentaires ne progressent que de 0,5% durant la même période, leur nombre reste préoccupant puisque l’on parle de 4.394 cas sur douze mois.

Tel est le contexte en cette fin d’année alors que le Premier ministre s’exprimera jeudi pour tirer les conclusions des Etats généraux de l’alimentation voulus par le président Macron suite à son élection en mai dernier. Il convient toutefois de noter que les difficultés du monde paysan comme d’une bonne partie des PME de l’agroalimentaire est grandement imputable à la Loi de modernisation économique (LME) votée en 2008 quand François Fillon était Premier ministre. Pour que l’information soit complète, il convient aussi de rappeler que cette loi  votée par la droite pour piller les paysans était inspirée du rapport de la Commission Attali rédigé par …Emmanuel Macron.

Les paysans qui manifestent aujourd’hui dans 65 départements à l’appel de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs le rappelleront-ils au président de la République ? Voudront-ils croire, au contraire, qu’il y aura une situation plus apaisée entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs après les Etats généraux de l’alimentation ? Tout  porte à croire que les discussions civilisées, ou pas, dans les 14 ateliers  qui comptaient chacun plus de 60 personnes n’ont guère fait évoluer les positions. Toujours selon Christian Lambert, l’UFC-Que Choisir, pour ne prendre que cet exemple, continue d’exiger une politique de prix bas pour les consommateurs quelles que soient les conséquences pour les producteurs. L’association de consommateurs présidée par Alain Bazot demeure ainsi la meilleure alliée de Michel-Edouard Leclerc. Emmanuel Macron l’était aussi en 2008 quand il a remis son rapport à NicolasSarkozy pour préparer la LME. Changera-t-il de position en 2018 ? Il est question d’une nouvelle loi atténuant certains effets de la LME. Nous verrons bien ce qu’il en sortira, mais mieux vaudrait ne pas se faire trop d’illusions dans ce domaine.

Photo AFP
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité . le 19 décembre 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s