Catalogne – Les indépendantistes conservent leur majorité absolue au Parlement

Après une journée de scrutin pour les élections régionales anticipées en Catalogne et le dépouillement de la quasi-totalité des bulletins, les trois formations indépendantistes disposent de la majorité absolue au Parlement régional, avec 70 sièges sur 135.

Il aura fallu du temps pour dépouiller les 4,2 millions de bulletins. La participation a été record, plus de 80 %, une mobilisation saluée par tous. Avec 36 sièges, le parti Ciudadanos crée la surprise, il est propulsé en tête de ces élections en nombre de votes. Le jeune parti devient la première force politique en Catalogne, indique notre envoyé spéciale à Barcelone, Aabla Jounaidi.

La gagnante, Ines Arrimadas, savoure sa victoire en musique avec ses partisans réunis sur la place de Catalogne. L’avocate d’origine andalouse a séduit ses électeurs en mettant en avant tout l’identité nationale espagnole face au camp indépendantiste catalan. «  Il est clair désormais, avec un résultat comme le nôtre, que nous sommes la première force en Catalogne, que la majorité des Catalans sont pour l’union avec l’Espagne et avec le reste de l’Europe, explique-t-elle. Les partis nationalistes ne pourront plus jamais parler au nom de toute la Catalogne, parce que la Catalogne, c’est nous tous  !  »

37 sièges contre 25 en 2015, c’est une vague orange qui  s’avère cependant insuffisante pour arrêter le bloc indépendantiste. Ce dernier obtient la majorité absolue avec 70 sièges sur 135. La coalition menée par l’ancien président du gouvernement autonome Carles Puidgemont, Ensemble pour la Catalogne, fait un score inattendu, avec 34 sièges. Il prend la tête du bloc, devant le parti ERC, de son ancien vice-président Oriol Junqueras, actuellement en détention provisoire.

Ensemble pour la Catalogne, la CUP et la Gauche républicaine, nous pouvons dire que nous l’avons fait. Nous avons réussi à récupérer lors de ces élections le mandat démocratique.

Marta Rovira, leader de l’ERC en l’absence de Oriol Junqueras

Mauvais résultat pour le parti de Rajoy

Le Parti populaire réalise une piètre performance ainsi que la liste de Catalunya en Comu avec seulement huit sièges pour cette dernière, dont il faudra étudier le positionnement. Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, à Madrid l’avait prévenu : « La suspension partielle de l’autonomie restera une réalité en Catalogne tant qu’un gouvernement n’aura pas été formé ».

Pablo Casado, vice-secrétaire du PP, chargé de la communication, a réagi à ce « mauvais résultat ».

De toute évidence, le parti a obtenu un mauvais résultat, auquel nous ne nous attendions pas et que nous ne souhaitions pas. Mais nous sommes là, contre vents et marées. Cela fait 40 ans que nous défendons l’Espagne en Catalogne, nous avons parfois été très seuls, aujourd’hui nous sommes heureusement plus nombreux. Nous avons subi des insultes, des menaces, du harcèlement, mais nous n’avons jamais faibli et ne faiblirons pas pour défendre notre raison d’être, qui n’est autre que la défense de la liberté de tous les Espagnols et l’unité de l’Espagne. Nous tenons à féliciter Ines Arrimadas et Cuidadanos pour leur victoire. Dès le début, nous avons dit que l’important aujourd’hui était que les partis constitutionnalistes obtiennent la majorité, ce qui hélas, au vu des résultats, ne sera pas possible. Et malheureusement, le Parlement qui va en résulter sera difficilement gouvernable. Le nouveau gouvernement de la Generalitat, quel qu’il soit, sait quelles sont les conséquences lorsqu’on enfreint la loi en Espagne. Nous respectons le résultat des élections, et chacun doit respecter et appliquer les lois en vigueur. Enfin, nous souhaitons réaffirmer notre engagement à défendre la Constitution, nos institutions, et l’Etat de droit.

Pablo Casado, vice-secrétaire du PP, chargé de la communication

Carles Puigdemont salue « un résultat que personne ne peut discuter »

De Bruxelles, où il est en exil, le dirigeant séparatiste catalan Carles Puigdemont a salué la victoire du camp indépendantiste, la qualifiant de « résultat que personne ne peut discuter ». Devant un petit parterre de partisans et de sympathisants nationalistes flamands réunis dans une salle du centre-ville de la capitale belge, le président du gouvernement catalan destitué s’est réjoui de la « claque » infligée au chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy qui, selon Puigdemont, a « perdu le plébiscite qu’il cherchait ».

Je veux féliciter le peuple catalan parce qu’il a envoyé un message au monde : mesdames et messieurs, la république catalane a gagné face à la monarchie du 155. Qu’ils écoutent attentivement et qu’il prenne ça en note. L’Etat espagnol a été vaincu. Pourtant, tout était contre nous : la violence, la peur, les emprisonnements, l’exil, les menaces, la guerre économique. Mais nous avons une solution qui fonctionne, qui prend en compte l’opinion des gens. C’est pour cela qu’elle est partagée par tous ceux qui souhaitent que la Catalogne se réconcilie avec l’Espagne. Cela peut se faire seulement si nous restons les mêmes, unis, à l’écoute des gens et appuyés par le gouvernement légitime de Catalogne. Nous devons reprendre où l’article 155 nous a arrêtés. C’est pour cela que demain matin quand ouvriront les ministères, l’article 155 doit être suspendu, les prisonniers politiques doivent être libérés et nous devons commencer à appliquer notre solution politique.

Carles Puidgemont

La position de l’UE « ne changera pas »

L’Union européenne, de son côté, a prévenu : sa position sur la Catalogne « ne changera pas ». « Notre position sur la question de la Catalogne est bien connue et a été réitérée régulièrement, et à tous les niveaux. Elle ne changera pas. S’agissant d’une élection régionale, nous n’avons pas de commentaire à faire », a déclaré à l’Agence France-Presse un porte-parole de la Commission européenne, Alexandre Winterstein. Les institutions européennes se maintiennent ainsi sur la ligne bien rôdée selon laquelle cette crise et ces élections constituent une affaire rigoureusement interne à l’Espagne et que l’UE n’a ni mandat ni compétence pour intervenir, constate notre correspondant à Bruxelles, Quentin Dickinson.

Cela dit, les dirigeants de l’Union européenne, Jean-Claude Juncker en tête, ne cachent pas vraiment leur réserve, voire leur franche hostilité, vis-à-vis des tentations centrifuges en Espagne et ailleurs. De ce côté donc, rien ne devrait changer.

Photo de garde : REUTERS – Albert Gea
Article tiré de RFI  le 22 décembre 2017

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