Des OGM pour l’Afrique ?

Le « One Planet Summit » qui s’est tenu en décembre à Paris pour encourager l’investissement dans la lutte contre le changement climatique a rassemblé de nombreux acteurs de la finance publique et privée. Cette initiative en marge des travaux de la Convention Climat des Nations unies a réuni quelques prestigieux donateurs comme le milliardaire Bill Gates, qui a annoncé que sa fondation (Bill & Melinda Gates Fondation) allait investir plus de 300 millions de dollars dans la recherche agricole pour aider les paysans les plus pauvres. Un projet qui n’est pas sans rappeler des initiatives antérieures de la Fondation, pour moderniser notamment l’agriculture africaine, sur des choix éthiques parfois très vivement critiqués.

Bill Gates, dont la fortune est estimée à plus de 90 milliards de dollars, et qui est considéré comme l’homme le plus riche du monde, est né en 1955 à Seattle, aux Etats-Unis. En 1973, il entre à l’université de Harvard et rencontre Paul Allen et Steve Ballmer (actuel PDG de Microsoft). Avec eux, il crée le premier langage de programmation développé pour un ordinateur personnel, l’Altair Basic. En 1986, le titre Microsoft entre en bourse et Bill Gates devient milliardaire du jour au lendemain. En 2008, il prend du recul et se consacre à sa Fondation.

Une coalition menée par l’homme le plus riche du monde

Plus de 4 000 participants, dont 800 organisations provenant du secteur public et privé, sont venus à Paris, à l’appel du président français Emmanuel Macron, au « One Planet Summit » pour trouver des réponses financières capables de soutenir l’action de l’Accord de Paris dont la finalité est la limitation du réchauffement climatique. Malgré le retrait de l’administration Trump de cette lutte, de nombreuses personnalités américaines avaient fait le déplacement (l’ex-gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger ou l’ex-maire de New York, Michael Bloomberg) pour affirmer leur soutien aux initiatives contre les changements climatiques. Bill Gates, le fondateur de la « Bill & Melinda Gates Foundation », engagé depuis longtemps dans de nombreux programmes à destination des pays du Sud, était lui aussi du rendez-vous.

A Paris pour répondre aux préoccupations sur les questions d’atténuation et d’adaptation, Bill Gates s’est exprimé à plusieurs occasions sur les initiatives qu’il a engagées sur le climat. Des actions qu’il résume dans Les Echos du 12 décembre, tout d’abord sur la « Breakthough Energy Coalition » qu’il a lancée il y a deux ans. « L’idée était de réunir un groupe d’investisseurs qui cherchaient à avoir un impact sur le changement climatique et voulaient s’assurer qu’il y aurait le financement nécessaire… Nous avons depuis embauché une équipe et rassemblé des investisseurs qui ont identifié les secteurs dans lesquels nous allons travailler. Il y en a finalement cinq : le stockage d’énergie à l’échelle du réseau, les carburants liquides, les micro-réseaux électriques pour l’Inde et l’Afrique, les matériaux de construction alternatifs et la géothermie. Nous allons commencer nos premiers investissements dès le début de l’année prochaine dans le stockage d’énergie par la chaleur ».

La coalition, qui continue de croître et qui regroupe des membres comme Virgin, SAP, Total, Engie, BNP Paribas, est déjà dotée d’un milliard de dollars, avec pour objectif « le financement de découvertes fondamentales pour distribuer de l’énergie fiable et à bon marché avec des émissions de gaz à effet de serre proches de zéro…Ce que nous voulons, c’est pousser à la création de nouvelles entreprises avec lesquelles les grands acteurs s’associeront pour développer des infrastructures qui vont nécessiter des milliards de dollars. L’intérêt de ce fond, c’est de donner un horizon de long terme aux projets que nous soutenons : nous ne visons pas un horizon de 3 à 5 ans mais plutôt de 15 à 20 ans », assure Bill Gates.

300 millions de dollars pour aider les fermiers les plus pauvres

L’autre grande annonce faite par Bill Gates à l’occasion du « One Planet Summit », est que « la Bill & Melinda Gates Foundation va investir 300 millions de dollars au cours des trois prochaines années pour financer la recherche agricole qui aidera les fermiers les plus pauvres à s’adapter au changement des conditions climatiques. Cela concerne notamment la gestion, la protection et l’amélioration des cultures. » Une initiative reçue avec enthousiasme par ceux qui estiment qu’ils en seront les principaux bénéficiaires comme les pays africains, mais qui soulève aussi de nombreuses interrogations chez certains observateurs.

La Fondation considère que les agriculteurs les plus pauvres qui subissent les conséquences de ces changements climatiques n’y sont pour rien. Ce sont les pays industrialisés qui ont émis ces gaz à effet de serre, qui sont responsables de cette dégradation. Et comme l’a dit Bill Gates, au micro de RTL, à propos des paysans, « quand il y a de mauvaises récoltes, ils n’ont pas à manger et cela crée des problèmes de malnutrition et de famine… ». Une des solutions préconisées par la Fondation consiste à fournir de meilleures semences aux agriculteurs des pays en développement, ajoutant : « Il faut leur donner de meilleures graines, des graines plus productives qui peuvent résister à la chaleur à la sécheresse. C’est ce que nous devons faire et c’est une très belle manière de leur éviter cette souffrance ». Une grande partie de cet argent va donc aller directement à la recherche pour obtenir des graines capables de répondre à tous ces critères.

La Fondation a fait le choix des OGM pour l’Afrique

Or, selon un rapport de l’ONG Grain, publié en novembre 2014, la recherche génétique menée par la Fondation est au centre du projet d’aide pour les agriculteurs africains. D’après ce rapport, la Fondation Bill et Melinda Gates, la plus grosse fondation privée du monde, dotée de 40 milliards de dollars, a consacré depuis 2003, en une décennie, 3 milliards de dollars au développement agricole en Afrique, dont seulement 5% des subventions sont allées directement au continent africain. La moitié des subventions sont allées à des organisations internationales et la plus grande partie des budgets de recherche ont financé des laboratoires américains. La Fondation a annoncé vouloir obtenir la mise au point de 400 variétés améliorées pour sortir de la famine 30 millions de personnes en Afrique. Selon le rapport de Grain, « pas un centime de la Fondation n’est allé à des programmes de développement conduits par des agriculteurs africains, même si ces derniers fournissent toujours 90% des semences du continent ».

Depuis 2010, la Fondation a acquis des parts dans la multinationale Monsanto, dont elle est très proche. Le directeur de l’équipe Recherche et développement agricole, qui gère les subventions pour les semences améliorées de la Fondation, est un ancien responsable de Monsanto. Le rapport Grain accuse la Fondation d’ouvrir des marchés en Afrique aux multinationales du Nord, surtout depuis la création de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) créée avec la Fondation Rockefeller en 2006.

La Fondation Gates aurait versé près de 414 millions de dollars à AGRA que la chercheuse Nora Binet, spécialiste du sujet au centre de Coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (le CIRAD) accuse dans un article de Magali Reinert dans Novethic d’être « une véritable filière de semences hybrides et d’intrants (herbicides, engrais de synthèse…) qu’AGRA structure en finançant aussi bien la recherche que la création d’entreprises ». Par ailleurs, « la Fondation Bill et Melinda Gates finance également de nombreux partenariats public-privé (PPP) avec des multinationales (DuPont, Cargill, Unilever, Nestlé, Coca cola…) dans des projets visant à transformer l’agriculture africaine ».

De nombreuses ONG ont manifesté à plusieurs occasions leurs inquiétudes face aux conséquences de cette stratégie sur l’Afrique, liée en particulier à la monoculture de semences améliorées et à l’utilisation de produits chimiques. Mais la fondation, qui n’a de compte à rendre à personne sur l’utilisation de ses fonds, à une autre approche. Sa volonté, comme elle s’en explique, « d’aider les agriculteurs les plus démunis de la planète à s’adapter aux conditions de culture de plus en plus difficiles induites par le changement climatique, telles que la hausse des températures, les phénomènes météorologiques extrêmes (sécheresses et inondations), les maladies, l’appauvrissement des sols et les attaques d’insectes ravageurs », passe par un éventail de mesures qui induit le développement de semences OGM .

L’annonce faite à Paris au « One Planet Summit » le 12 décembre, de consacrer 300 millions de dollars (environ 275 millions) sur les trois prochaines années (2018-2020) pour aider les agriculteurs les plus démunis de la planète participe de cette approche comme nous l’a répondu la fondation.« À la Fondation Bill & Melinda Gates, nous estimons que l’innovation peut améliorer la sécurité alimentaire et renforcer la résilience face au changement climatique. Nous finançons différents types de procédés et technologies afin de permettre aux agriculteurs de choisir la solution qui leur convient le mieux. La majorité de notre R&D est axée sur l’agriculture traditionnelle. Parmi nos programmes, certains intègrent des procédés de biotechnologie lorsque nous sommes convaincus qu’ils permettent d’aider les agriculteurs à combattre des menaces majeures plus rapidement et plus efficacement qu’avec des techniques de production traditionnelles. L’accélération du changement climatique est en train de modifier à une vitesse alarmante les conditions de culture dans des régions comme l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud. Pour aider les agriculteurs à lutter contre ces nouvelles conditions, nous avons choisi d’inclure la biotechnologie parmi les nombreuses solutions que nous souhaitons pouvoir mettre à leur disposition. En fin de compte, les pays et les agriculteurs concernes décideront eux-mêmes ce qui leur convient le mieux et notamment s’ils souhaitent avoir recours ou non à des cultures génétiquement modifiées. A la fondation, notre but est de permettre aux pays et aux agriculteurs de choisir parmi plusieurs solutions. »

Un point de vue très vivement contesté par de nombreux experts qui dénoncent le développement des OGM dans les pays du Sud, considérant comme le dit l’Organisation des Nations unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) que « la perte de la biodiversité, est responsable de la malnutrition dans le monde ».

Photo de garde : REUTERS – Philippe Wojazer
Arnaud Jouve 
Article tiré de RFI  le 22 décembre 2017

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Une réflexion sur “Des OGM pour l’Afrique ?

  1. des OGM?? comme ça ces pauvres gens ne pourront pas re semer l’année d’apres!! ils seront obligés de racheter les semences!!! super bien joué !! encore qui les arnaqués dans l’histoire?

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