Ces Africains qui ont marqué 2017

2017 se termine ce 31 décembre au soir. Cette année qui s’achève aura été marquée par l’action de quelques grandes figures sur le continent africain.

  • Nima Elbagir


Nima Elbagir © Mike Coppola / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les images de la vente aux enchères de migrants africains en Libye, diffusées en novembre par la chaîne de télévision américaine CNN, ont fait le tour du monde. Derrière ce reportage, on trouve une femme de 39 ans, originaire du Soudan et qui vit à Londres aujourd’hui.

Avec quinze ans de métier derrière elle, Nima Elbagir est une journaliste aguerrie. Elle a réalisé des reportages et des enquêtes en Afrique ou au Moyen-Orient, dans des endroits souvent dangereux ou difficiles d’accès.

Au Liberia, en 2014, en pleine épidémie d’Ebola, la correspondante de CNN a été l’une des premières à enquêter sur place. Elle s’est notamment rendue dans des zones placées en quarantaine. A Chibok, au nord-est du Nigeria, Nina Elbagir a couvert le rapt de plus de 200 écolières par le groupe terroriste Boko Haram. En 2002, elle avait fait ses armes au sein de l’agence Reuters pendant le conflit au Darfour.

Son tempérament intrépide lui a valu d’être récompensée par la Royal Television Society en 2016 pour son travail sur « le sort des jeunes qui se déplacent entre les continents »,  quasi-impossible à réaliser sans ses compétences linguistiques. Nima Elbagir est anglophone et arabophone. Elle doit sa double casquette à sa jeunesse passée entre le Royaume-Uni et le Soudan.

Nima Elbagir ne la doit peut-être pas tout à fait au hasard sa vocation et ce désir d’informer, de parler, de dénoncer, parfois au péril de sa propre vie. Sa mère était la première éditrice du Soudan. Quant à son père, il est le fondateur du journal El Khartoum, censuré à plusieurs reprises.

  • João Lourenço

Joao Lourenço, le 3 février 2017 à Luanda, la capitale de l’Angola. © AMPE ROGERIO / AFP

Elu président en août après la démission-surprise de José Eduardo Dos Santos au pouvoir depuis 37 ans. João Lourenço est un cacique du régime, ancien secrétaire général du MPLA, le parti-Etat, et ex-ministre de la Défense. Pourtant, ses premiers gestes surprennent. Il s’en prend directement à la famille de son prédécesseur. Les enfants sont notamment accusés de s’être accaparé toutes les richesses du pays.

Quand le « camarade » João Lourenço parle de lutte contre la corruption au cours de la campagne, les activistes s’emportent et rappellent les cadeaux que le candidat à la présidentielle distribue lui-même pour s’attirer les faveurs des électeurs.

La machine MPLA est alors fortement mise en cause, jugée trop permissive à l’égard d’une famille Dos Santos et d’un cartel de proches de l’ancien président, vice-président et généraux, considérés comme toujours plus avides alors que le pays est plongé dans l’une des plus graves crises depuis la guerre. La grogne vient y compris des cadres du MPLA, tous ces petits fonctionnaires dans les villes ou les campagnes qui ne parviennent plus à se loger ou à vivre dignement.

Au moment de son élection, personne ne parie que João Lourenço s’émancipera de la tutelle de José Eduardo Dos Santos, toujours président du parti. « Pas avant un ou deux ans », disent les experts. Et pourtant, ces dernières semaines, le nouveau président de l’Angola a renvoyé de la tête de la compagnie pétrolière la fille de son prédécesseur, Isabel Dos Santos, la femme la plus riche d’Afrique, selon Forbes.

La Sonangol promet même une enquête sur de possibles détournements. João Lourenço a écarté également certains des frères, soeurs et conjoints d’entreprises ou marchés publics. « Il faut de vrais changements si le MPLA veut se maintenir au pouvoir dans les dix ans », commente un spécialiste de l’Angola.

  • Adama Barrow

Le président gambien Adama Barrow, le 15 mars 2017. © REUTERS/Benoit Tessier

En Gambie, un quasi-inconnu est devenu l’homme du pays en 2017. Adama Barrow, 52 ans, a battu Yahya Jammeh lors des dernières élections présidentielles. Devenu chef d’Etat par surprise, son visage a remplacé celui de l’ancien dictateur sur les posters dans la rue.

Beaucoup d’attentes reposent aujourd’hui sur les épaules du troisième président que connaît le pays, ce qui ne l’empêche pas de garder le calme qui le caractérise.
Adama Barrow est un dirigeant tout en rondeur, avec son visage bonhomme et sa personnalité douce. Un contraste absolu avec son nerveux et imprévisible prédécesseur. Dans ses traditionnels boubous, qu’il troque parfois contre un t-shirt-casquette plus moderne, le nouvel homme fort de la Gambie sait rester serein.

Cette personnalité consensuelle lui a permis d’être choisi comme candidat de la coalition des partis d’opposition. Alors simple trésorier du Parti démocratique unifié (UDP), Adama Barrow a dû remplacer le leader historique Ousainou Darboe, alors incarcéré. Originaire de l’extrême est du pays, Adama Barrow est plus familier avec le monde des affaires. Après une formation en immobilier à Londres, il fonde sa propre agence à Banjul, la capitale gambienne.

Devenu président, il a donc fallu que le novice en politique se professionnalise, et vite. Ses premiers pas sont hésitants et sa parole en public est rare. Mais peu à peu, le chef de l’Etat apprivoise les codes.

  • Tikpi Atchadam

Tikpi Atchadam. © PIUS UTOMI EKPEI / AFP

Au Togo, l’opposant Tikpi Atchadam a réveillé la rue à la surprise générale.
Depuis les grandes mobilisations du mois d’août, il n’a cependant fait que trois apparitions publiques. « Il doit se protéger, il est devenu une cible », explique un de ses proches.

Tikpi Atchadam aime cultiver le mystère et communique beaucoup par de petites vidéos diffusées sur les réseaux sociaux qui font son succès. Sa popularité dépasse largement la communauté Tem et son fief de Sokodé dans le nord du Togo, où il a fondé son parti le Parti national panafricain (PNP) en 2014.

Les atouts de cet ancien fonctionnaire de 50 ans, juriste et anthropologue de formation : un esprit clair et pragmatique au discours construit, qui a choisi des mots d’ordre simples et rassembleurs pour mobiliser les mécontents.

« On ne l’a pas vu venir », reconnaît un proche du président togolais. Le pouvoir l’accuse de bénéficier de fonds saoudiens et de porter des relents identitaires et djihadistes. « C’est juste pour me mettre à dos la communauté internationale », répond Tikpi Atchadam.

Cette année, il a ravivé la flamme, obligeant l’opposition à sortir des sentiers battus. « En 2018 nous continuerons, jusqu’en 2020 s’il le faut, assure-t-il. Nous sommes légalistes et pour le dialogue mais nous resterons debout ».

Photo de garde : Reuters/Benoit Tessier

Article tiré de RFI  le 31 décembre 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s