Emmanuel Macron aura-t-il une opposition en 2018 ?

Sonnée par l’élection du chef de l’Etat Emmanuel Macron et sa victoire aux législatives, l’opposition française, de gauche, comme de droite, a été atone en 2017. La donne peut-elle changer en 2018 ?

La grande nouveauté de 2018, sur le plan politique, c’est que la droite a désormais un chef. Laurent Wauquiez a été largement élu début décembre 2017, avec plus de 74% des voix. C’est donc une nouvelle période qui commence, selon Geoffroy Didier, le directeur de campagne de Laurent Wauquiez : « Il va falloir qu’Emmanuel Macron s’habitue. L’extrémisme, de droite ou de gauche, n’a plus le monopole de l’opposition ».

Voilà donc Emmanuel Macron prévenu. La droite est de retour – c’était d’ailleurs le slogan de Laurent Wauquiez. La question, c’est : comment va-t-elle s’opposer ? Pour le nouveau vice-président du parti, Damien Abad, l’opposition doit avoir trois caractéristiques. Elle doit d’abord être solide car certains sujets sont fondamentaux pour la droite, comme la laïcité ou la lutte contre la délinquance ; elle doit aussi être responsable « quand il y a des choses qui sont bien, il faut le dire et même le voter » ; et, enfin, être force de proposition : « A chaque loi centrale et importante portée par le gouvernement, le groupe LR proposera des contre-lois ». Voilà pour la théorie.

LR partagée

Concrètement, comment Laurent Wauquiez compte-t-il s’y prendre pour incarner l’opposition ? D’abord, avec une ligne politique assumée : une droite décomplexée. Et puis, il y a la forme : Laurent Wauquiez veut s’imposer en renouvelant. Son équipe a seulement 43 ans de moyenne d’âge. Ce sont donc de nouveaux visages qui vont mener la fronde contre Macron. Mais le nouveau chef de la droite a deux problèmes de taille à régler : la difficulté de se positionner face à un président qui mène des réformes longtemps prônées par la droite, notamment en matière économique, et puis la contestation en interne.

L’aile modérée des Républicains n’a pas apprécié la campagne « droitière » menée par Laurent Wauquiez pour prendre le parti. Valérie Pécresse pourrait, par exemple, donner de la voix dans les prochains mois et ainsi saper la volonté du nouveau chef de la droite de s’imposer comme l’opposant numéro 1. Elle incarnait l’opposition à Emmanuel Macron dans l’entre-deux-tours.

Période difficile pour Marine Le Pen

La période est difficile pour Marine Le Pen, la patronne du FN. Echecs électoraux, débat raté, départ de Florian Philippot : Marine Le Pen accuse le coup. On la voit peu à l’Assemblée nationale et quand elle intervient à la tribune, il lui arrive de s’emmêler les pinceaux.

« Anecdotique », répond le député Sébastien Chenu pour qui Marine le Pen est, en fait, concentrée sur la reconstruction du parti. « Nous sommes en train de nous poser la question de notre organisation, de repenser nos propositions, notre programme. Nous travaillons sur le fond pour être prêt pour les prochaines échéances », dit Sébastien Chenu. Priorité, donc, à la refondation en 2018. L’opposition, ce sera pour les européennes, en 2019.

La France insoumise, seule formation à s’être imposée face à LREM

Aux antipodes d’un FN inaudible, il y a la France insoumise (LFI) qui est, finalement, la seule formation politique à s’être imposée comme opposant. Ce succès s’explique d’abord parce que la France insoumise a un programme vraiment inverse à celui d’Emmanuel Macron ; son message est donc limpide, qu’on parle d’économie, de politique migratoire ou de logement. Ensuite, parce que des Insoumis se sont imposés à l’Assemblée, avec parfois des coups de comm’. C’est le cas de François Ruffin, par exemple.

La grande question, c’est comment conserver ce statut d’opposant numéro 1 ? Pour Eric Coquerel, député LFI, il va falloir se battre sur tous les fronts : « On se sert de tous les endroits dans lesquels nous sommes : le Parlement parce que cela nous permet de passer des messages mais, numériquement, ce n’est pas là-bas qu’on peut les mettre en minorité. Pour ce faire, il faut des mobilisations sociales ».

La France insoumise pourrait bien rester seule, à gauche, à incarner l’opposition en 2018. Après les 6% de Benoît Hamon à la présidentielle, le PS est à terre. Il a même dû se séparer de son siège historique. Il tiendra un conseil national décisif en avril 2018, avec l’idée de faire émerger un chef.

Photo de garde : REUTERS – Ludovic Marin
Anne Soetemondt
Article tiré de RFI  le 5 janvier 2018

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