Europe – Une politique d’asile qui ne va cesser de se durcir

Il est bien loin le temps où l’Allemagne accueillait sur son sol un million de réfugiés. En l’espace de deux ans, la politique d’asile en Europe s’est nettement durcie. Les pays de l’UE vont certainement poursuivre dans cette voie en 2018.

L’heure est à la fermeté. Y compris en France. Emmanuel Macron a assuré la semaine passée que Paris respecterait le droit d’asile, « mais pour autant nous ne pouvons accueillir tout le monde », a aussitôt ajouté le président lors de ses vœux aux Français. « Et nous ne pouvons le faire sans qu’il y ait des règles. Il est aussi indispensable que nous puissions contrôler l’identité de chacune et chacun ». Une manière pour le président de clarifier les choses et de tenter de calmer l’émotion suscitée par une circulaire prise le 12 décembre. Ce texte qui prévoit de recenser les migrants dans les centres d’hébergement d’urgence a provoqué une levée de boucliers de la part des associations. Certaines d’entre elles ont également dénoncé le comportement des policiers à l’égard de ces migrants, notamment à Paris et à Calais.

Côté chiffres, la France a enregistré un peu plus de 100.000 demandes d’asile en 2017, soit un niveau jamais atteint. Au final, si elle a réinstallé plus de réfugiés que prévus depuis deux ans – des réfugiés en provenance de pays tiers comme la Turquie, le Liban ou l’Irak – elle n’a en revanche pas honoré ses engagements pris en 2015 dans le cadre de la politique de relocalisations décidée par l’Union européenne. Elle devait relocaliser 30.000 migrants venus d’Italie et de Grèce d’ici la fin 2017 : elle n’en a accueilli au final qu’un peu moins de 5.000.

Discorde entre institutions européennes

Cette politique de quotas défendue par l’UE suscite un vrai rejet de la part des pays du groupe de Visegrad. Composé de la Hongrie, de la Pologne, de la Slovaquie et de la République tchèque, ce groupe se dit prêt à aider financièrement l’Italie, mais il écarte toute idée d’accueil de réfugiés en provenance de ce pays. Or, la Commission européenne souhaite poursuivre dans cette voie. Le règlement de Dublin III fait peser pour l’heure un poids trop important aux pays de premier accueil, à savoir l’Italie et la Grèce. L’idée serait donc de maintenir des quotas obligatoires pour la relocalisation de réfugiés de ces deux pays dans d’autres États membres.

Une évolution vers une politique plus solidaire défendue également par le Parlement européen. « Le système qu’on a élaboré ne repose plus sur le fait qu’il y a un pays d’entrée qui doit devenir le seul pays d’examen de la demande, explique l’eurodéputée socialiste Sylvie Guillaume, vice-présidente du Parlement européen. C’est là où nous nous heurtons à une restriction de la part des Etats membres, et malheureusement le souhait de n’aborder ce texte sur le règlement Dublin IV qu’au mois de mai ou de juin 2018 de la part du Conseil [européen]. Et on a senti une très très nette réticence… Le problème majeur, c’est que les différentes institutions ne tirent pas dans le même sens ». Et la discorde entre institutions européennes risque de se poursuivre car à compter du 1er juillet prochain, c’est l’Autriche qui prendra la présidence tournante de l’UE. Or, le nouveau chancelier, Sebastian Kurz, qui gouverne avec l’extrême-droite, est opposé à tout système de quotas.

Selon Human Rights Watch, l’UE s’appuie sur certains pays qui commettent « des abus parfois très graves »

Les pays de l’UE semblent surtout décidés à externaliser un peu plus leur politique d’asile. Après avoir passé un accord avec la Turquie, l’Union européenne travaille désormais avec plusieurs africains pour les pousser à contenir les flux migratoires. Une politique d’externalisation qui va se poursuivre en 2018. Ce qui n’est pas sans inquiéter les ONG, comme Human Rights Watch. « C’est un fait maintenant que l’Union européenne délègue sa politique d’asile et migratoire, analyse Bénédicte Jeannerod, la présidente de la direction France de l’ONG, en s’appuyant sur un certain nombre de pays et en fermant les yeux sur la responsabilité de ces pays eux-mêmes dans des abus parfois très graves. C’est le cas de la Libye par exemple. C’est le cas également du Soudan sur lequel on est très inquiet aussi de voir un certain nombre de programmes d’assistance de l’Union européenne pour contrôler la frontière nord entre le Soudan et la Libye au prix sans doute de programmes avec des forces qui sont connues pour leur abus notamment au Darfour ».

La France a également mis en place des missions d’identification au Tchad et au Niger. Objectif : accueillir, d’ici 2019, 3.000 réfugiés en provenance de ces deux pays. Un programme mené par l’OFPRA et supervisé par le HCR. Ce qui est plutôt vu d’un bon œil par Human Rights Watch. A condition, précise Bénédicte Jeannerod, que le nombre de réfugiés accueillis soit plus important à terme. Et surtout que ce programme n’empêche pas les demandeurs d’asile qui le souhaitent de déposer directement leur demande sur le sol européen.

Photo de garde : REUTERS – Hani Amara
Pierre Firtion
Article tiré de RFI  le 8 janvier 2018

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