«L’absence de centres de premier accueil mène les gens à la rue, il faut d’abord recevoir en toute dignité»

Le directeur général de l’association France terre d’asile, Pierre Henry, commente le chiffre dévoilé ce lundi par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides : 100 000 demandes d’asile ont été déposées en France en 2017.

La barre symbolique des 100 000 demandes d’asile en France a été dépassée en 2017, «un niveau historique», a annoncé lundi Pascal Brice, le directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Pour sa part, Pierre Henry, le directeur général de l’association France terre d’asile, chargée de l’accompagnement des demandeurs d’asile et des réfugiés, trouve cette augmentation de 17% «prévisible, au regard des flux constatés dans l’ensemble de l’Europe, et la permanence d’un certain nombre de conflits à travers le monde».

Taux d’acceptation bas

Pierre Henry le souligne, le taux d’acceptation des demandes d’asile en France, à 32%, reste inférieur à la moyenne européenne, aux alentours de 50%. Cependant, il reconnaît une réelle augmentation du nombre des réfugiés, 43 000 personnes en 2017 contre 36 000 l’année précédente. Les dossiers albanais, qui sont les plus nombreux (7 630 déposés), pèsent sur ce taux d’acceptation. Le pays n’étant pas en guerre, l’Ofpra n’a accepté que 6,5% des demandes, quand elle accorde l’asile à 95% des Syriens. Ces derniers n’ont été que 3 249 à choisir la France. La soudaine présence en tête de liste de l’Albanie est sans doute due à un effet filière clandestine. Mais Pierre Henry appelle à ne pas exagérer cette explication : «Chaque cas doit être regardé individuellement, et l’Ofpra a tout de même accordé sa protection à 500 Albanais.»

Durée d’examen des demandes réduite

Avec une moyenne de trois mois pour le traitement des dossiers, l’Ofpra est proche de l’objectif de deux mois fixé par Emmanuel Macron. «L’Office a fait un travail formidable sur la réduction des délais, salue Pierre Henry. Il y a encore trois ou quatre ans, il fallait dix-huit mois pour avoir une réponse.»

Dispositif d’accueil défaillant

«On ne peut pas décider a priori qui accède ou pas à la demande d’asile, et laisser la police disperser les flux», assène Pierre Henry. Comme à Calais, où le gouvernement veut éviter la reconstitution d’une nouvelle jungle d’ampleur. «A Paris et dans la plupart des capitales régionales, l’absence de centres de premier accueil mène les gens à la rue, regrette-t-il. Il faut inverser les priorités et d’abord construire ce dispositif d’accueil au niveau national, où les personnes trouveraient de quoi manger, seraient reçues en toute dignité, et ensuite déclineraient leur identité.» Le directeur de France terre d’asile pointe aussi du doigt «l’inefficacité depuis quinze ans des accords de Dublin», cette politique de retour des demandeurs d’asile dans le premier pays de l’Union européenne où ils ont été contrôlés. Qui est souvent celui par lequel ils sont entrés, l’Italie ou la Grèce. «En 2016, 1 293 personnes ont été reconduites vers un pays européen. Dans le même temps, les autres pays en ont envoyé 1 257 en France», constate-t-il. Un solde pratiquement nul, pour un dispositif onéreux, estime-t-il. Accélérer les reconduites des «Dublinés», qui représenteraient 52% des demandeurs d’asile, est pourtant une des volontés du gouvernement selon le ministère de l’Intérieur. «L’Italie est-elle en capacité de reprendre tout le monde ? En fait, on a des gens qui errent sur le territoire européen, et qui se retrouvent sans droits», déplore Pierre Henry.

Moyens insuffisants pour l’intégration

«Accueillir 43 000 réfugiés en France nous oblige à des efforts conséquents en matière d’intégration», note enfin Pierre Henry. Et le premier pas, essentiel, c’est l’apprentissage de la langue. «L’Allemagne a mis en place un apprentissage linguistique qui oscille entre 600 et 900 heures, quand en France on est péniblement à 240 heures, pointe-t-il. Il n’y a pas besoin d’inventer des usines à gaz, il suffit de donner aux associations des moyens pour embaucher des professeurs de français.» Ensuite, il faudrait proposer un système d’évaluation et de reconnaissances des savoir-faire et des diplômes, pour ouvrir l’accès au monde du travail. Pour Pierre Henry, c’est une obligation morale : «Nous devons travailler pour l’avenir de ces 18-25 ans reconnus comme réfugiés.»

Photo AFP/Stéphane de Sakutin
Stéphanie Maurice, correspondante à Lille
Article tiré de Libération  le 8 janvier 2018

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