Qu’en sera-t-il des prix agricoles en 2018 ?

Alors que les Etats généraux de l’alimentation voulus par le président Macron avaient suscité un peu d’espoir dans le monde paysan, les cours des principaux produits restent désespérément bas. Les propos du chef de l’Etat suggérant qu’il suffirait de mettre en place des organisations de producteurs pour changer la donne, ressemblent plus à un piège qu’à une volonté d’améliorer les relations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs.

Qu’adviendra-t-il en 2018  des bonnes intentions proclamées par le président de la République dans son discours de Rungis le 11 octobre 2017, à mi parcours des Etats généraux de l’alimentation ? Ce jour-là, Emmanuel Macron avait déclaré : « Nous modifierons la loi pour inverser cette construction du prix qui doit partir des coûts de production (…)  Mais cette nouvelle approche ne saurait suffire parce qu’elle ne sera efficace que si les agriculteurs se regroupent véritablement en organisations de producteurs pour peser plus dans les négociations en tirant profit des possibilités existantes du droit du droit de la concurrence ».

Le président Macron suggérait que les paysans devaient, en se regroupant, pouvoir imposer aux acheteurs des prix qui couvrent les coûts de production et permettent en plus une rémunération correcte de leur travail. Ce regroupement de l’offre pourrait fonctionner si les acheteurs n’avaient d’autres choix que de s’approvisionner en denrées produites sur le sol français. Mais nous sommes dans une Europe à 28  pays avec la libre circulation des marchandises. Dans ce contexte, l’industrie de la viande, soumise à la pression des distributeurs dans le cadre de la négociation annuelle de prix peut acheter de la viande de vaches de réforme en Pologne, en Irlande et en Allemagne pour peser sur les cours en France. Les salaisonniers-charcutiers peuvent avoir la même démarche en achetant du porc espagnol et néerlandais afin de peser sur les cours sur le marché au cadran de Plérin qui donne  plusieurs fois par semaine le prix du kilo de carcasse en France. De longue date, les distributeurs importent beaucoup de fruits et légumes de manière à imposer des prix bas aux producteurs nationaux de denrées périssables qui n’ont d’autres choix que d’accepter où de courir le risque de ne pas vendre la marchandise quand la récolte est faite.

Des prix toujours très bas pour les céréales et la viande

Du côté des prix, justement, tout semble aller de mal en pis. Rendue au port de Rouen, la tonne de blé valait 152€, la dernière semaine de décembre 2017 contre 165€ un an  plus tôt, ce qui n’était déjà pas un prix rémunérateur. La tonne de maïs était à 150€ contre 169€ un an plus tôt et la tonne de colza 349,5€ contre 420€ en décembre 2016. Le kilo de porc charcutier cotait seulement 1,14€ en décembre 2017 contre 1,30€ un an plus tôt. La vache laitière de réforme ne valait que 2,30€ le kilo de carcasse, soit un prix aussi bas qu’en décembre 2016 après avoir été à 3,10€ en juillet-août  2015.

Dans le cadre des débat aux Etats généraux de l’alimentation, les interprofessions composées des producteurs agricoles et des transformateurs ont travaillé sur des plans de filières en vue de parvenir à de la contractualisation  avec les enseignes de la distribution. Ces dernières avaient même signé une charte de bonne conduite qui devait se traduire par une attitude moins négative de leur part de leurs centrales d’achat dans la négociation annuelle sur  les prix et sur la régularité des approvisionnements qu’elles négocient chaque année avec leurs fournisseurs entre le début du mois de novembre de l’année qui s’achève et la fin février de l’année suivante. Or la position des centrales d’achat est plus dure que jamais.

Peut-on produire du blé à 140€ la tonne ?

Au vu des discussions qui se sont déroulées jusqu’à présent, il apparaît qu’il est demandé aux paysans de diversifier l’offre afin de gagner des parts de marché. La filière volaille voudrait passer de 30% de produits importés aujourd’hui à  0% dans dix ans. Mais le pourra-t-elle vraiment si les prix pratiqués dans des pays membres de l’Union européenne bénéficiant de bas coûts de main d’œuvre dans les abattoirs permettront demain d’exporter chez nous à moindre coût ? Alors que le prix du blé est fixé  depuis des années dans les salles de marché et fluctue en fonction de l’offre et de la demande mondiale, « Inter-céréales », l’interprofession de ce secteur, en est réduite à tenter d’identifier « les verrous de compétitivité » afin de tenter de « produire du blé à 140€ la tonne » selon l’hebdomadaire La France Agricole. Le même journal nous dit que la Fédération nationale porcine de la FNSEA en est à demander au gouvernement de lui obtenir une « harmonisation fiscale et sociale au niveau européen » et la même chose concernant « le coût de la main d’œuvre, les réglementations et les contrôles». Dans l’éditorial du 5 janvier  publié par cet hebdomadaire très lu par le monde paysan et titré « Gare aux plans sur la comètes » , Eric Roussel écrit en guise de conclusion : « Difficile de croire en tous cas qu’une contractualisation rénovée suffira à rétablir le rapport de force dans les filières. Ou que nous allons basculer dans le monde des Bisounours par la seule volonté du chef de l’Etat».

C’est d’autant plus vrai que ce chef de l’Etat fut, en 2008, le rapporteur de la Commission Attali dont Sarkozy, Fillon et la majorité de l’époque tirèrent la Loi de modernisation économique (LME) qui a permis depuis d’accroître le pillage de travail de paysans par les transformateurs et surtout les distributeurs.

Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 8 janvier 2018

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