Des migrants traqués et dans des conditions de vie déplorables

Emmanuel Macron se rend demain à Calais où les réfugiés continuent d’arriver dans l’espoir de rejoindre l’Angleterre. Les policiers ont ordre de démanteler les « mini-camps ».

Le chef de l’État, Emmanuel Macron, est attendu demain à Calais, où, depuis plus de 20 ans, des migrants affluent dans l’espoir de se rendre en Grande-Bretagne, sans être dissuadés par les démantèlements successifs de leurs campements. Ils seraient ainsi environ 600 aujourd’hui, selon les associations, dont une centaine de mineurs et une majorité d’Afghans, d’Érythréens et d’Éthiopiens. La préfecture en dénombre, elle, 350. Ils étaient 7 400 lors du démantèlement de la « Jungle » en octobre 2016.

S’ils choisissent de rester à Calais c’est pour « rejoindre l’Angleterre ! », répond en chœur un groupe de réfugiés stationné dans une zone industrielle de la ville. Parmi eux, un éthiopien de 32 ans, à Calais depuis six semaines : « Je suis monté cinq fois dans un camion, mais j’ai été débarqué, c’est tellement contrôlé, alors j’attends. » Les migrants sont « persuadés » que l’Angleterre « est un eldorado : pour la langue, ils y ont parfois des proches, ils pensent qu’ils pourront travailler plus facilement et, surtout, il y a une rumeur tenace : les accords de Dublin [ndlr : prévoyant qu’un migrant doit demander l’asile dans le premier pays où il laisse ses empreintes] ne s’y appliqueraient pas », explique Loan Torondel de l’Auberge des Migrants.  Il réclame « des voies de passage sûres et légales » entre les deux pays.

« Détresse psychologique »

Depuis le démantèlement de la « Jungle », les réfugiés n’ont plus d’abri fixe. Les associations leur distribuent vêtements, tentes, duvets et nourriture quotidiennement, selon Vincent de Coninck du Secours catholique. Des points d’eau, des toilettes et des douches ont été installés par la préfecture, mais « la gale est omniprésente à Calais », selon Brice Benazzouz de Médecins du Monde, qui pointe aussi « les maladies ORL, mal de dos, contusions liées aux tentatives de passage ». « Ce qui nous inquiète, c’est la santé mentale, il y a une détresse psychologique absolue sur le littoral », relève-t-il également.

Depuis début décembre, des conteneurs et un hangar de 210 places accueillent certaines nuits, « en fonction des conditions climatiques », des migrants. Un dispositif activé 16 fois. Depuis août, trois centres d’accueil et d’examen de situation (CAES) censés « permettre un examen accéléré des situations administratives » ont aussi été ouverts dans le département.

En réalité, l’État déploie l’essentiel de ses forces dans la répression. Quelque 450 policiers et gendarmes renforcent le dispositif local, selon la préfecture. Au total, ils sont 1 160 sur le Calaisis. « Les consignes sont : tolérance zéro quant aux implantations de camps », affirme Gille Debove, du syndicat SGP Police-FO. Il faut « éviter la reconstitution de nouveaux bidonvilles », répète la préfecture. Ainsi, « le travail des policiers est de démanteler tous les mini-camps. Le matin, les forces de l’ordre disent aux migrants sur place de partir, certains prennent leurs affaires et partent, d’autres s’enfuient en laissant tout derrière eux et dans ce cas, les affaires sont emportées ».

Les associatifs le déplorent : « On peut difficilement comprendre cette volonté gouvernementale de saccager systématiquement toutes les tentes. Quand cela se passe chaque jour, c’est du harcèlement », dénonce Jean-Claude Lenoir de l’association Salam. La préfecture confirme faire procéder au « retrait des abris de fortune », mais dans « le respect de la déontologie policière ».

Le parquet de Boulogne-sur-Mer a enregistré en 2017 une dizaine de plaintes des associatifs pour « violences policières ».

Photo de garde : AFP
Zoé Leroy (AFP)
Article tiré de la Marseillaise  le 15 janvier 2018

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