Faut-il réduire le budget européen de l’agriculture au profit des armes?

Des informations inquiétantes en provenance de la Commission européenne laissent entendre que le président Macron plaidera pour une réduction du budget dédié à l’agriculture dans les prochaines années dès lors que l’Europe financerait davantage les industries d’armement et la protection des frontières. Des armes de guerre plutôt que du pain en quelque sorte.

Le mercredi 10 janvier  un communiqué de presse de la FNSEA indiquait en titre que « la France doit aussi monter le bon chemin » concernant le budget de la Politique agricole commune (PAC). Suivait un texte au langage codé dans lequel on pouvait lire : « En ce début d’année, le projet européen est à l’affiche, et cette fois au travers du futur budget de l’Union européenne pour la période post 2020. Un débat à Bruxelles lundi auquel participaient les dirigeants européens et de nombreux Etats membres, a donné le coup d’envoi des discussions sur le prochain cadre financier pluriannuel de l’Union ». Suivaient quatre paragraphes au langage toujours codé pour chuter sur la conclusion suivante : « Les agriculteurs français ne peuvent imaginer que dans ce débat décisif pour l’avenir, la France ne soit pas premier de cordée».

On se disait alors que la FNSEA avait eu vent de certains débats qui n’étaient pas des plus rassurants concernant le budget qui sera mis en place à partir de 2021 et la part qui reviendra à l’agriculture dans ce budget. Il fallait lire les articles de Gabriel Grésillon et de Catherine Chatignoux dans Les Echos du 11 janvier pour saisir l’inquiétude exprimée la veille à demi-mots par la FNSEA. Le premier, correspondant de ce journal auprès de la Commission,   indiquait que « Günther Oettinger, le commissaire allemand chargé des orientations budgétaires de l’Union, a présenté mercredi à Bruxelles, les grandes lignes d’un premier «débat d’orientation» sur le prochain cadre financier  pluriannuel de l’Union , qui doit commencer en 2021 ».

Financer largement les industries de défense ?

La seconde écrivait ceci : «  Le prochain budget pluriannuel pourrait marquer une rupture. Le nouveau président français a envoyé des signaux indiquant qu’il ne ferait pas du non-maintien de la PAC dans sa mouture actuelle d’un casus belli. Bien au contraire, il a laissé entendre qu’il accepterait de la réformer en profondeur, si, en contrepartie, le budget européen finançait plus largement les industries de défense, la protection des frontières, la politique migratoire et la compétitivité des économies».

Faut-il comprendre par là que le président français cherche à obtenir des fonds de l’Union européenne pour financer l’opération « Barkane » au Sahel ? Le Figaro de ce lundi 15 janvier écrit que « le 23 février à Bruxelles, les pays donateurs étudieront les moyens pour fournir à la force des financements dans les années à venir ». Est-ce d’abord pour cela qu’il est envisagé de réduire le budget de la PAC à partir de 2021, tandis que le ministère de la Défense en France confie au Figaro que « Barkane » est « une opération de long terme » ?

On imagine qu’il y a eu ces dernières semaines de nombreuses conversations préalables entre Emmanuel Macron et Angela Merkel pour aboutir au « débat d’orientation » proposé par le commissaire allemand Günther Oettinger. Que ce dernier tout comme son collègue français Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et financières, à la fiscalité et à l’Union douanière, en ont été tenus au courant, voire y ont participé. Il faudra donc être vigilant et curieux dans les prochains mois quand on débattra à Bruxelles du futur budget européen et de ses priorités. Voilà aussi la signification de l’appel au « premier de cordée » lancé en fin de communiqué par  la FNSEA.

Aider l’agriculture à réduire le bilan carbone de ses productions

S’agissant de l’agriculture, il faudrait que la réforme de la Politique Agricole Commune, prévue pour être appliquée à partir de  2021, augmente les aides et les oriente pour satisfaire deux objectifs complémentaires: produire en assez de nourriture et stocker plus de carbone. Au tout début de ce mois de janvier 2018, une étude parue dans la revue Nature Climate Change  indiquait que la terre en de nombreuses régions du monde va devenir  « considérablement plus sèche » dans les prochaines années et que cette « aridification » entraînera une dégradation des sols et des rendements agricoles.

Plutôt que de réduire les aides européennes à l’agriculture pour financer des guerres, il faudrait que l’augmentation de ces aides soit conditionnée à produire plus de protéines végétales pour l’alimentation du bétail, ce qui réduirait les importations de soja. Cela peut se faire en cultivant moins de blé, lequel est de plus en plus difficile à exporter. Il faudrait des aides européennes spécifiques pour favoriser l’agriculture de conservation et le non labour. Il faudrait subventionner les paysans pour planter des arbres afin de développer l’agroforesterie en bois d’œuvre, en vergers, notamment d’oliviers dans le sud de la France. Il faudrait stocker de l’eau en hiver pour irriguer par goutte à goutte en été dans le maraîchage, l’arboriculture et certains vignobles. Entre deux maux il faut choisir le moindre, selon un vieux dicton. Il ne faut pas attendre que « l’aridification » des sols progresse de trop pour en tenir compte.

Ce n’est pas semble-t-il la voie que souhaite emprunter Emmanuel Macron. Des bombes et des fusils dès aujourd’hui, plutôt que du pain pour nourrir les générations futures nous dit ce président de la République. Quelle carence dans la réflexion prospective!

Photo de garde : AFP
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 15 janvier 2018

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