Après un an de présidence Trump, la «Women’s March» se tourne vers l’action

Des centaines de milliers de femmes ont défilé samedi à travers les Etats-Unis. Avec en ligne de mire, les élections de mi-mandat de novembre et la défense des immigrés. 

Elles ont ressorti les pancartes, les slogans et les «Pussy Hats», ces bonnets roses à oreilles de chat devenus un symbole féministe anti-Trump. Un an après l’inauguration du président américain et la gigantesque «Women’s March» organisée le lendemain à Washington, des centaines de milliers de manifestants – dont une majorité de femmes – ont à nouveau battu le pavé, ce samedi, aux quatre coins des Etats-Unis.

Washington, New York, Los Angeles, San Francisco, Chicago : sans surprise, les plus gros rassemblements ont eu lieu dans les principales villes américaines. Mais de Milwaukee à Montgomery, de Memphis à Cleveland, des centaines de défilés étaient organisés. Ici, à Morristown, ville de 19 000 habitants dans l’Etat du New Jersey, entre 10 000 et 15 000 personnes ont marché, sous un soleil radieux.

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«Le pouvoir dans les urnes»

«J’étais à Washington l’an dernier avec mes deux filles, raconte Kelly, la cinquantaine, venue de la petite ville voisine de Madison. Nous étions encore sous le choc de l’investiture de Trump, cela faisait un bien fou d’être au milieu de cette foule positive. Un an plus tard, l’ambiance a changé. Nous sommes mieux organisées, plus déterminées. 2018 doit être l’année de la riposte».

Cette riposte pourrait venir dans les urnes, lors des élections de mi-mandat, début novembre. «Power to the polls» («Le pouvoir dans les urnes») est d’ailleurs le thème choisi par l’organisation officielle Women’s March pour sa convention nationale, qui se déroule ce dimanche à Las Vegas. Sur la scène dressée sur la place centrale de Morristown, l’une des organisatrices harangue la foule : «Cette année, nous allons provoquer une massive vague électorale, grâce à toutes les femmes qui iront voter et à celles, de plus en plus nombreuses, qui se présentent».

Tamara Harris est l’une de ces candidates. En juin, elle tentera de remporter la primaire démocrate dans la 11e circonscription du New Jersey, pour espérer défier en novembre le député républicain sortant. «L’élection de Trump a été un électrochoc. Je me suis demandée comment avoir un réel impact. Et je suis arrivée à la conclusion que le meilleur moyen était d’être candidate», confie cette mère de famille au parcours atypique – après une enfance modeste, elle est devenue cheffe d’entreprise après avoir travaillé dans la finance en Asie, et parle chinois et espagnol.  

Outre le rejet de Donald Trump, l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo, avec son torrent de révélations de harcèlement ou d’abus sexuels, ont également renforcé, ces derniers mois, la détermination des femmes à se faire davantage entendre. «S’il y a eu un motif d’espoir au cours de l’année écoulée, il est venu de ces milliers de femmes qui ont trouvé leur voix pour riposter. Nous n’accepterons plus les agissements des hommes qui pensent avoir du pouvoir sur nous ou sur nos corps», a lancé à la tribune Tammy Murphy, la femme du nouveau gouverneur démocrate du New Jersey, Phil Murphy. Dans une intervention poignante, la First Lady du New Jersey a révélé pour la première fois avoir été victime d’une agression sexuelle, lorsqu’elle était étudiante.

Rendre le mouvement plus inclusif

Si la lutte contre le harcèlement sexuel fait l’unanimité, certains redoutent toutefois que l’ampleur médiatique prise par le sujet occulte d’autres priorités. A commencer par la défense des femmes immigrées et issues des minorités. L’an dernier, la Marche des femmes avait été accusée de trop se concentrer sur les droits reproductifs (avortement, contraception) et les sentiments des femmes blanches aisées et progressistes. Cette année, des efforts ont été faits pour rendre le mouvement plus inclusif. A Morristown, par exemple, l’association de défense des migrants Wind of the Spirit a été l’un des principaux organisateurs.

«Je n’ai jamais participé à une marche des femmes avant, car je n’ai jamais eu le sentiment que ces marches parlaient de mes problèmes, confie Karol Ruiz, vice-présidente de Wind of the Spirit. Le harcèlement sexuel est un problème pour toutes les femmes et bien sûr, il faut s’y attaquer. Mais ce n’est pas, à mes yeux, le problème principal. Je marche pour les droits des immigrées, le droit à l’éducation, à se nourrir, au logement, le droit de ne pas être séparée de sa famille et de ses enfants par une procédure d’expulsion».

Placés en tête du cortège, les membres de Wind of the Spirit portent une grande pancarte «Les immigrés sont les bienvenus ici». Alors qu’à Washington, le débat politique âpre sur l’immigration et le sort des «Dreamers» a provoqué vendredi soir la fermeture partielle du gouvernement fédéral, les manifestants veulent mettre l’accent sur les plus fragiles. «Les femmes les plus durement affectées par les politiques de Trump sont les femmes de couleur, les immigrés, les travailleuses pauvres, martèle Renata Mauriz. Ce sont elles qui risquent d’être privées d’assurance santé, d’être exploitées ou expulsées».

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Cette jeune Brésilienne de 24 ans est l’une des bénéficiaires du DACA, le programme créé en 2012 par Barack Obama pour protéger les migrants entrés illégalement aux Etats-Unis quand ils étaient enfants. Grâce à cette protection, Renata a pu étudier à la Brown University, l’une des plus prestigieuses du pays. Elle en sortira diplômée en mai prochain mais redoute désormais, comme 800 000 autres «Dreamers», de devoir «retourner vivre dans l’ombre». Début septembre, Donald Trump a en effet abrogé le programme DACA, demandant au Congrès de trouver une solution législative d’ici à début mars.

Le tweet ironique de Trump

A la tribune, Cinthia Osorio, 22 ans, elle aussi bénéficiaire du DACA, a pris la parole au nom de l’association Wind of the Spirit. «Je suis une battante, mais le combat ne me concerne pas uniquement moi. Il concerne toutes les femmes», lance d’une voix puissante la jeune femme, arrivée du Mexique à l’âge de trois ans. Elle évoque sa grand-mère, ancienne femme de chambre employée illégalement dans un hôtel de la ville ; «ces travailleuses pauvres, qui se lèvent à 4h du matin tous les jours et prennent deux trains et un bus pour gagner un peu d’argent pour leur famille» ; «ces petites filles» qui vivent dans la peur que leurs parents soient expulsés. «Continuez à voter, continuez à marcher, continuez à protester !» exhorte-t-elle, sous les applaudissements de la foule.

A 300 kilomètres de là, à Washington, Donald Trump a sans doute suivi à la télévision les manifestations organisées à travers le pays. Pour cause de «shutdown», le président a dû renoncer à se rendre dans sa luxueuse résidence de Floride, où il devait fêter samedi soir son premier anniversaire au pouvoir. Coincé à la Maison Blanche, le milliardaire n’a pas pu s’empêcher d’adresser un message ironique, sur Twitter, aux centaines de manifestantes descendues dans les rues pour critiquer sa politique : «Une belle météo partout dans le pays, une journée parfaite pour que toutes les femmes puissent marcher. Sortez pour célébrer les étapes historiques, le succès économique sans précédent et la création de richesses qui ont lieu ces douze derniers mois. Le taux de chômage chez les femmes est au plus bas depuis 18 ans !»

Photo de garde : AFP -Andrew Caballero- Reynolds
Frédéric Autran
Article tiré de Libération  le 21 janvier 2018

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