Gilles Perret à Martigues – « Ce sont les êtres humains qui m’intéressent »

Le réalisateur Gilles Perret sera au cinéma Jean Renoir de Martigues le 23 janvier pour l’avant-première de son nouveau film, « L’Insoumis », consacré aux campagnes électorales menées par Jean-Luc Mélenchon en 2017.

Auteur de La Sociale où il explorait la naissance de la « Sécu » et le rôle du ministre communiste Ambroise Croizat à l’origine de cette immense conquête, Gilles Perret ne cesse d’interroger l’histoire (Walter, retour en résistance) et le présent, inévitablement liés, au fil d’un parcours de documentariste marqué par un engagement revendiqué. En 2017, il a suivi la campagne du candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle, mais aussi aux législatives où il a été élu député de la 4ème circonscription, à Marseille. La version cinéma du film qui sera présentée le mardi 23 janvier va au-delà du documentaire télé de 52 mn diffusé par La Chaîne parlementaire (LCP) : « c’est plus humain et plus politique » résume le réalisateur.

Comment est né ce film sur Jean-Luc Mélenchon  ?
Je l’avais rencontré lors des Jours heureux, où j’avais fait une interview de lui alors que je ne le connaissais pas. Du coup, on a discuté longtemps en face à face et je me suis rendu compte que c’était quelqu’un qui était capable de s’émouvoir, qui ne comptait pas son temps. Quelqu’un de sincère qui a envie de convaincre aussi et j’ai pensé que c’était un personnage pour faire un film. Pour La Sociale on a fait un débat ensemble, je lui avais dit : « j’aimerais bien vous suivre pour la campagne électorale ». En janvier 2017, on s’est retrouvé dans un bistrot en bas de chez lui, je voulais être dans l’intimité de la campagne et il m’ a dit : « OK on se fait confiance ». Pour moi, il n’y avait pas d’enjeu, si on ne se comprenait pas, j’arrêtais. J’ai tourné tout seul et dès le premier jour, il n’ y avait plus de cadre du tout : j’ai fait ce que j’avais envie de faire.

Vous avez établi une relation de confiance grâce aux « Jours heureux »  ?
Jean-Luc Mélenchon est naturellement assez méfiant, s’il accepte c’est qu’il sait d’où je parle.
Je revendique le fait de faire des films subjectifs. J’ai un public qui vient de la gauche au sens large et sur le programme on se retrouvait sur beaucoup de choses. Il ne faut pas croire qu’il aurait dit à n’importe qui : « cool, on y va » (rires). Je revendique toujours mon côté engagement, le fait d’amener un parti pris car il ne faut pas prendre les spectateurs pour des imbéciles. On me pose souvent cette question sur la distance critique mais dans le film sur la campagne de Macron qui a été vu par des millions de gens, le gars ne dit jamais d’où il parle, on nous fait croire à l’objectivité, à la neutralité et à lui, on ne va jamais lui faire ce procès du parti-pris.

Mon film n’est pas une hagiographie, ni un film de propagande, d’ailleurs des gens qui n’aiment pas Jean-Luc Mélenchon sont sortis renforcés. D’une certaine manière, c’est tant mieux. Je revendique la sincérité et j’espère que les gens apprennent des choses. Quand Depardon a fait un film sur la campagne de Giscard en 1974 ou Yves Jeuland sur Georges Frêche (ancien Président de la Région Languedoc-Roussillon, Ndlr *), ce n’étaient pas des hagiographies.

Votre film se concentre uniquement sur Jean-Luc Mélenchon, pas sur le mouvement « La France insoumise »…
Oui, il est centré sur lui, sa façon de réagir, ce n’est pas un catalogue du programme. Ce sont les êtres humains qui m’intéressent. Avec Jean-Luc Mélenchon, il se passe toujours quelque chose, il y a le côté rugueux, le fait qu’on passe de l’humour à la colère, à l’émotion. C’est quelqu’un qui met du relief, on est toujours dans l’affect.

Comment se situe « L’Insoumis » par rapport à vos films précédents  ?
Il y a une continuité, je suis toujours sur des préoccupations sociales et environnementales.
Avant on parlait d’histoire, de mouvements collectifs, ici le film raconte aussi comment les médias installent quelqu’un au pouvoir et pas d’autres. C’est vrai que des gens sont déstabilisés sans avoir vu le film (je pense à certains de mes copains du PCF), mais ceux qui viennent le voir comprennent la continuité par rapport aux films précédents.

Mais il faut dire qu’il y a quand même dans le milieu du cinéma « art et essai » des blocages politiques et ça, c’est beaucoup plus inquiétant. Dans certaines villes, il y a des problèmes et il va falloir qu’on fasse comprendre que c’est seulement un film, qu’il n’ y a aucune raison pour que les cinémas ne le programment pas. Je pense à une conception de « l’art et essai » qu’on pourrait dire incarnée par Jack Lang et ce qu’on a fait de la culture à gauche. Ce milieu se pince le nez et pour le coup, ce sont des blocages politiques. C’est pour ça que je fais beaucoup d’avant-premières avant la sortie (**), une trentaine est programmée. Il faut défendre les exploitants de salles et montrer que c’est un film, pas un meeting. Les cinémas me connaissent parce que je me déplace beaucoup. Il faut en parler pour désamorcer et j’aime bien les débats que je trouve très sereins, le climat est très agréable. La campagne aussi a été sereine, avec une équipe costaud et quelqu’un qui a été très généreux dans l’échange.

Jean-François Arnichand
Article tiré de la Marseillaise  le 22 janvier 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s