Le « président des entreprises »

L’économiste atterré Benjamin Coriat décrypte le discours autour de l’attractivité de la France et des investisseurs séduits par Emmanuel Macron.

Enseignant à Paris, l’économiste Benjamin Coriat est spécialisé en économie industrielle et de l’innovation.

Grosse communication lundi pour montrer que la France de Macron séduit les investisseurs. Pourtant, Business France affirme dans son bilan annuel que 2016 a été une année « record » d’investissements étrangers avec +16 % ?
Contrairement à ce qui est souvent dit, l’attractivité de la France a toujours été globalement bonne même s’il y a des années moins satisfaisantes que d’autres. Pourquoi ? Parce que les écoles d’ingénieurs, les infrastructures, la qualité de vie. .. sont au rendez-vous et souvent plus accessibles que dans d’autres capitales d’importance. A cela, il faut ajouter la mesure exceptionnelle et typiquement française du crédit impôt recherche. C’est la mesure fiscale la plus laxiste et la plus favorable du monde proposée aux entreprises car elle est calculée non sur la recherche additionnelle mais sur la masse globale de recherche déclarée et qu’il y a des investigations extrêmement réduites sur le pactole ainsi donné aux entreprises.

Des éléments antérieurs aux attaques contre le coût du travail menées par Macron. Cela n’a rien à voir ?
Incontestablement, ses dispositions pour faciliter les licenciements et les mesures sur la fiscalité constituent des hochets pour attirer les entreprises. Ce qu’il faut comprendre c’est que c’est bien plus que de la com’, c’est le coeur de sa politique. On dit souvent qu’il est le président des riches, il est surtout le président des entreprises au sens des actionnaires. Ayant abandonné toute politique industrielle, ayant restreint le périmètre de l’action de l’État, il n’a d’autres solutions que faire venir des investisseurs étrangers.

Malgré le zoom sur les 700 postes créés par Toyota, le même Business France affirme aussi que les investissements étrangers record en 2016 étaient moins créateurs d’emplois que les années précédentes ?
On a déjà eu droit à des statistiques nous affirmant que pour la première fois depuis longtemps il y avait plus d’entreprises créées que de boites détruites. Mais dès que l’on regarde la question de l’emploi dans le détail on s’aperçoit que le solde est négatif. Les entreprises qui se créent sont dans la logique de la nation de start-up qui ne proposent que peu d’emplois. Alors que celles qui s’effondrent sont traditionnelles, porteuses de plus d’emplois mais auxquelles on n’a pas donné les moyens de s’adapter.

Oxfam a de nouveau sorti son rapport sur les inégalités. La question de la répartition des richesses ne semble toujours pas à l’ordre du jour ?
Pas du tout à l’ordre du jour. On est dans une logique entrepreneuriale : Macron a mis l’avenir de la France dans les mains des entreprises. Or, pour attirer l’entreprise, il faut l’accepter telle qu’elle est. On annonce que Google créé 50 emplois ou que Facebook investit en France et que c’est formidable. Pour y parvenir, les actions visant à les obliger à payer leurs impôts dans les pays vont forcément être mises de côté. Forcément quand la distribution primaire des richesses va dans le sens d’une inégalité croissante et qu’on attaque les outils de redistribution secondaire – la fiscalité – ca ne va pas dans le sens d’une meilleure répartition des richesses.

Angelique Schaller 
Article tiré de la Marseillaise  le 23 janvier 2018

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