A quoi joue-t-on à l’Elysée avec le monde paysan ?

Plusieurs syndicats paysans avaient cru voir dans le discours prononcé le 11 octobre dernier à Rungis par Emmanuel Macron le souci du président de la République de créer les conditions pour une juste rémunération  du travail des paysans en France. Mais les négociations commerciales sont plus dures que jamais tandis que le Président de la République doit présenter ses vœux au monde agricole ce depuis demain au cours d’une visite dans le département du Puy-de-Dôme.

La Confédération paysanne  présentait hier midi  ses vœux à la presse. La rencontre était prévue à 11H. Mais le porte-parole Laurent Pinatel et les dirigeants du syndicat sont arrivés en retard. Ils avaient été conviés à rencontrer la conseillère agricole du président de la République en début de matinée  au lieu du milieu de l’après-midi comme prévu. Peut-être parce que le chef de l’Etat doit déjeuner  demain dans une ferme sise à  Aurières dans le Puy de Dôme. Elle est tenue par des membres de la Confédération paysanne et le  lait des vaches y  est transformé en saint-nectaire fermier.
Laurent Pinatel a déclaré qu’il avait préféré attendre la quatrième semaine de janvier pour rencontrer les journalistes afin de   tenter d’y voir plus clair concernant la politique agricole du gouvernement. Tout comme à la FNSEA, on a voulu, à la Confédération paysanne,  prendre au positif le discours d’Emmanuel Macron à Rungis, le 11 octobre   2017. Ce jour-là, le chef de l’Etat avait déclaré : « nous avons tous une responsabilité   et la première, c’est de mettre fin à la guerre des prix comme je l’évoquais. Stopper la guerre des prix, c’est stopper la dévalorisation permanente du revenu des agriculteurs, c’est leur permettre de vivre ou plutôt de revivre  de leur travail. Et quand vous avez des prix alimentaires, des produits alimentaires en promotion permanente, vous n’avez plus la notion de prix et donc plus rien n’a de valeur».

Y aura-t-il une loi Macron contre le rapport d’Emmanuel ?

Il y avait de quoi être séduit par de tels propos.   Mais il y a de quoi déchanter depuis.   Malgré la signature d’une charte de bonne conduite par tous les distributeurs pour débuter la négociation annuelle des prix qui se déroule de novembre 2017 à février 2018 inclus, la position  de ces mêmes distributeurs est plus dure que jamais   dans cette négociation. Du coup, les syndicalistes paysans de toutes obédiences se mettent à douter et se demandent ce qu’il y aura dans le projet de loi qui doit être adopté  le 31 janvier en conseil des ministres pour corriger les défauts de la Loi de Modernisation Economique (LME) votée par la droite en 2008. Cette loi avait été inspirée par le rapport de la Commission Attali rédigé à l’époque par le jeune énarque ….Emmanuel   Macron. Elle répondait à une demande de Michel-Edouard Leclerc auprès de Nicolas Sarkozy après l’élection de ce dernier à la présidence de la République en 2007.
« On espère que le discours de Rungis va se traduire dans les faits à travers cette loi. Mais vu ce qui s’est passé depuis nous avons de sérieux doutes sur l’efficacité de cette loi. Les négociations sur les prix se passent mal   et, de ce fait, nous avons besoin d’une loi qui permettre la prise en compte du prix de revient  des produits agricoles dans les prix payés aux paysans. Il faut donc que l’Etat reprenne la main par l’intermédiaire de cette nouvelle loi et qu’il puisse sanctionner ceux qui ne la respectent pas», a dit   le porte-parole de la Confédération paysanne. Il s’est également   inquiété de ce que sera   le budget de la Politique agricole commune (PAC) notamment à partir de 2021 alors qu’il se dit que la France n’en ferait plus une de ses priorités.

Le loup crée une insécurité permanente pour les troupeaux 

Dans les sujets  franco-français, la volonté de laisser coloniser les espaces dédiés au pastoralisme par le loup inquiète aussi la Confédération paysanne.   Son porte-parole a le sentiment que le désaccord sur ce sujet entre le ministre de l’Agriculture et celui de la Transition écologique aboutit à des arbitrages  en faveur de Nicolas Hulot et son exigence de 400 loups minimum, ce qui, dans les zones pastorales colonisées par le prédateur, crée une insécurité permanente pour les troupeaux. C’est aussi ce que la délégation a redit ce mercredi à la conseillère du président de la République faisant aussi valoir que la présence du loup fait reculer la biodiversité  en provoquant de la déprise agricole  et la fermetures des zones herbagères qui ne sont plus pâturées.
Notons à ce propos   qu’un communiqué commun de la FNSEA, des Jeunes Agriculteurs et de leurs  associations d’éleveurs vient aussi d’être adressé  au président de la République le 23 janvier  après une rencontre avec sa  conseillère sur ce sujet sensible. Ils   écrivent au président que le travail des éleveurs « doit être pris en considération,  reconnu et respecté afin que les territoires ruraux gardent leur  vocation  économique. Ces territoires ne doivent   pas devenir des réserves sans âme d’animaux sauvages où la biodiversité   se sera   considérablement  appauvrie (…) Sur le dossier loup, écoutez  la voix de la raison et du bon sens exprimée  par les gens de terrain : élus locaux et acteurs économiques. Vous aurez la condition indispensable  pour réaliser une bonne politique  d’aménagement du territoire», dit ce texte.
On verra demain  dans le Puy-de-Dôme  si  le chef de l’Etat souhaite répondre à ces attentes convergentes de syndicats aussi différents que la Confédération paysanne et la FNSEA.
Photo AFP
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité . le 24 janvier 2018
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