Les surveillants excédés font monter la pression

Dans toute la région, le mouvement de protestation des gardiens s’est amplifié mercredi. Les syndicats en témoignent et reprennent leurs actions. Une enquête de l’ONG Confluences réalisée au sein de la prison marseillaise pose les vrais problèmes. Côté détenus et côté surveillants.

Visiblement, « les efforts » de la ministre de la Justice pour mettre un terme au mouvement des surveillants en lutte pour leurs conditions de travail et de sécurité n’ont pas porté leurs fruits. Et pour preuve, la montée de la colère des personnels des établissements pénitentiaires, après que leurs représentants ont été reçus par leur autorité de tutelle.

Dans le département et la région, cela s’est traduit par une intensification des blocages et des refus d’intégrer le lieu de travail, à Tarascon, à Arles ou à Luynes. Un ras-le-bol exprimé aux Baumettes à Marseille où les autorités locales ont cru bon de faire appel aux forces de sécurité pour remplacer les surveillants, notamment pour le service des repas. L’amorce d’une tentative pour briser ce mouvement de grève pourtant bien prévisible. Ce n’est pourtant pas la première fois que les gardiens de prisons alertent sur leurs conditions de travail et leurs conséquences sur le moral des troupes.

Des visions différentes du maintien de la sécurité

Il y a celle de Force ouvrière qui a fait appel aux médias pour rappeler sa fermeté depuis le début du conflit, soit dix jours de grogne quasiment ininterrompue. Avec, point commun aux quatre organisations syndicales à l’origine du mouvement, les questions de sécurité. «  La violence en prison a été multipliée par 10 en 10 ans », affirme Philippe Abime, secrétaire inter-régional des personnels pénitentiaires, estimant que « l’on donne de plus en plus de droits aux détenus.» Une analyse qui est largement sujette à controverse mais qui ne ternit pas pour autant la légitimité de leurs revendications, notamment celle de classification des détenus selon leur profil et leur dangerosité. L’abandon de fouilles appuyées des détenus et de leurs familles et le manque de formation des nouveaux surveillants, autant de problèmes sur lesquels les syndicats peuvent s’accorder. Mais quand on évoque le type de formation qui fait défaut, Philippe Abime évoque entre autres « l’apprentissage du tir » pour enchaîner sur la requête « d’autoriser le taser pour faire face aux situations les plus périlleuses ».

L’introduction de tels moyens de défense est loin d’être partagée par toutes les organisations syndicales engagées dans cette lutte contre l’insécurité dans les établissements pénitentiaires. Ainsi, pour Khalid Belyamani, secrétaire général CGT Paca de la profession, « la CGT s’est toujours opposée à la présence des armes au sein de l’univers carcéral et dans les mains des surveillants. Parce que nous ne voulons pas être responsables de la mort d’un être humain et aussi parce que nous savons qu’un jour ou l’autre, ces armes finiront par se retourner contre nous. » Ce n’est pas cette logique qui anime la réflexion de ce syndicat mais au contraire une révision en profondeur de la politique carcérale.

Une enquête à prendre largement au sérieux

L’ONG Confluences a mené une enquête fouillée aux Baumettes durant la fin de l’année 2017. Interrogeant à la fois les détenus et leurs familles, mais aussi le personnel pénitentiaire. Il en ressort très nettement, comme le dit la sociologue Rabba Attaff, que « le vrai problème n’est pas dans le seul et réel manque d’effectifs, mais avant tout dans la surpopulation qui crée les vraies raisons de l’insécurité ». Et cette enquête de plaider pour une politique judiciaire privilégiant l’aménagement des peines.

Gérard Lanux
Article tiré de la Marseillaise le 25 janvier 2018

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