A Davos, Emmanuel Macron s’oppose aux inégalités, mais seulement en paroles

Dans la foulée de Versailles, le président de la République a fait une escale mercredi au Forum économique de Davos, pour renforcer « l’attractivité » de la France, dans le cadre du plan de communication rodé « Choose France ». Accueilli chaleureusement par les élites économiques et politiques, dans la chic station de ski suisse des Grisons, l’ex-banquier d’affaires a  formulé des propositions pour résoudre la « crise de la mondialisation ». 
Devant un parterre d’hommes d’affaires, le président de la République a présenté un nouveau « contrat mondial » entre les gouvernements et les entreprises pour résoudre la « crise de la mondialisation ». Qu’en pensez-vous ? 
Dominique Plihon. On est loin de ceux qui parlaient comme Alain Minc, il y a 20 ans, de la « mondialisation heureuse ». Les élites financières et politiques de Davos reconnaissent enfin que ce système économique est en échec, au sens où il profite uniquement à une minorité, et aggrave le réchauffement climatique et les inégalités sociales. Mais, elles ne se sentent pas mises en cause par ces questions. Ainsi, son « contrat mondial » est un leurre. D’autant que les acteurs économiques et financiers sont invités à agir sur la base du volontariat…Or, nous sommes confrontés à une crise écologique, démocratique,  climatique, sociale majeure et ce qu’il propose n’est pas adapté aux changements à mettre en œuvre. Son discours  était une sorte d’incantation.
Emmanuel Macron souhaite davantage  partager « la valeur », ce qui passe notamment par la fiscalité, et estime que « l’on doit arrêter cette tendance à détricoter  (notre) droit social ». Mais, ses réformes économiques et sociales ne portent-elles pas l’inverse ?
Il est en totale contradiction, en déclarant qu’il faut changer de politique, alors qu’il applique les vieilles recettes néolibérales en matière de flexibilité du marché du travail et de développement du commerce international. Prenons un exemple : sa politique fiscale est fondée sur la théorie du ruissellement, en partant du principe que l’enrichissement des plus aisés profitera au reste de la population. C’est une politique régressive, qui ne redistribue pas les richesses. D’autant que la réalité devrait l’obliger à faire l’inverse. Une récente étude d’Ofxam et des travaux d’institutions libérales ou néolibérales, comme l’OCDE ou le FMI, montrent que la hausse des inégalités freinent la croissance et le développement. Son discours reste dans l’esprit de Davos : les patrons les plus riches de la planète se rassemblent tous les ans pour constater que les inégalités augmentent année après année, sans agir réellement pour que les choses changent. Pire, ils défendent des politiques qui aggravent ces effets négatifs de la mondialisation.
Dans ce « contrat mondial », Emmanuel Macron juge que le secteur privé a « le devoir »  d’investir  dans les biens communs, comme la santé ou l’éducation. Qu’en pensez-vous ?
Le chef de l’Etat s’approprie un concept à la mode, qu’il n’a manifestement pas compris.  Les biens communs, apparus en réaction aux dysfonctionnements de l’Etat et du secteur privé, ne peuvent pas être gérés par ces deux acteurs. Ils consistent plutôt à inventer de nouvelles formes d’organisations, celles qui s’appuient sur la société civile, absente de son discours. Si on veut s’attaquer à la question des biens communs, il faut repenser la manière dont on s’organise pour faire participer l’ensemble des acteurs, et pas uniquement le secteur du business et public. Les acteurs privés doivent toutefois participer à la lutte contre les inégalités et le réchauffement climatique, mais il ne faut pas leur donner un rôle excessif au vue de l’irresponsabilité dont ils ont fait preuve jusqu’ici. Il est difficile de leur faire confiance à ceux qui défendent en priorité l’intérêt de leurs actionnaires.
Concernant le « devoir d’investir », cela revient-il à dire que l’éducation ou la santé devraient être privatisés ?
Si telle est le fond de sa pensée, c’est très grave. Le contrat social français, fondé l’éducation et la santé publiques,  sur la solidarité et des transferts entre les générations, serait remis en cause. La première conséquence serait de renchérir le coût de l’éducation et de la santé, car il faudra verser des dividendes aux actionnaires. Aux Etats-Unis, où le secteur éducatif et le système de santé est largement privé, les fractures sociales sont considérables dans la population.

Lola Ruscio
Article tiré de l’Humanité  le 25 janvier 2018

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