Retraite dorée pour les uns, chômage pour les autres

Carrefour. Des dirigeants récompensés par millions malgré leur incapacité à préparer l’avenir, des aides publiques en centaines de millions pour sauver la compétitivité et l’emploi. Au final : des milliers de postes supprimés.

Après l’annonce du plan de transformation de Carrefour d’ici 2022 devant la presse mardi, c’est aux instances représentatives du personnel que la direction s’est adressée vendredi via un Comité de groupe extraordinaire. L’occasion pour les syndicats d’exprimer leur point de vue, Carrefour représente un cas d’école… de tout ce que le capitalisme permet sans vergogne.

Le premier point de crispation est lié à l’annonce des licenciements dans la presse. Philippe Allard de la CGT s’interroge d’ailleurs sur « la légalité de la procédure » d’un plan de départ volontaire annoncé « sans en avoir référé » préalablement aux représentants du personnel. Une « méthode » également dénoncée par Dejan Terglav de la FGTA-FO.

Les représentants des salariés émettent également des doutes sur la sincérité des annonces. Le plan divulgué par le PDG Alexandre Bompard fait état de 2400 départs volontaires. Mais derrière la petite phrase sur la volonté de se vendre des ex-Dia – acquis en 2014 – se profile également un plan social pour 2100 personnes, en cas de non-acquéreur, sans oublier les salariés pouvant passer en perte et profit dans le cas des magasins basculant en location-gérance et ceux menacés par la volonté de la direction de réduire les surfaces et de faire des économies sur la logistique. « Les 2400 postes supprimés ne sont que l’arbre qui cache la forêt » commente ainsi la CFE-CGC tandis que la CGT estime à « au moins 10 000 » le nombre d’emplois menacés dans les années à venir.

Cette saignée sociale est notamment justifiée par la nécessité de prendre le virage du numérique et repose sur des chiffres à la baisse en 2017. Jusque fin 2016, les bénéfices étaient régulièrement à la hausse. Les experts expliquent volontiers que l’érosion de 2017 ne met pas en cause immédiatement le modèle de la grande distribution dont Carrefour est un emblème, mais pose des questions pour l’avenir car les modes de consommation évoluent : développement des ventes sur internet mais aussi concurrence des commerces spécialisés – « les clients veulent des gens très spécialisés sur le bricolage, le jardinage… » explique Pascale Hébel du Credoc interrogée par l’AFP. Si Yves Marin, directeur du cabinet Wavestone, également interrogé par l’AFP, reconnaît qu’« il y a un coup de mou sur le modèle de l’hypermarché », il précise que cela concerne les structures supérieures à 10 000 m² et surtout, ajoute que les ventes alimentaires « se portent plutôt pas mal ».

Toute la question est donc de préparer l’avenir. Or, le PDG précédent Georges Plassat, est parti en juillet dernier sous les vivats des actionnaires le félicitant d’avoir redressé la boite entre 2012 et 2016. Tous les commentaires précisent cependant alors qu’il n’a pas su prendre le virage du numérique. Dans les archives de la CGT on retrouve également les interventions de Frank Gaulin, délégué national, qui déplore que la direction n’ait pas « travaillé sur le concept de vendeur-conseiller, très pointu sur son secteur. […] Malgré nos demandes répétées à la direction de Carrefour, les vendeurs n’ont reçu aucune formation ». Sans avoir anticipé le numérique ni les besoins de spécialisation, bref préparé l’avenir, Georges Plassat part cependant avec 3,5 millions d’euros de retraite et 500  000 euros de bonus annuels garantis à vie, pendant que des milliers de salariés vont se retrouver au chômage.

Des salariés au chômage alors que l’entreprise a touché des fonds publics à la pelle. La CGT est en train de se démener pour donner les montants du CICE touchés par Carrefour alors que la direction ne communique pas volontiers sur le sujet. Le 8 décembre 2014, Georges Plassat affirme à l’agence Reuters que son entreprise a touché 110 millions d’euros. Pas d’info pour 2015 et pour 2016 la CGT affirme que l’entreprise a perçu 134 millions d’euros sans démentis de la direction. Rien pour 2017. Néanmoins, l’addition se chiffre en centaines de millions d’euros de CICE et où figure explicitement le mot emploi.

Photo de garde : AFP
Angélique Schaller
Article tiré de la Marseillaise  le 27 janvier 2018

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