Ce que les inondations nous révèlent sur des politiques irresponsables

Durant tout le week-end, les télévisions en information continue comme les chaînes dites généralistes ont saturé les écrans d’images de barques circulant dans les rues, de rez-de-chaussée et de caves inondées, de victimes des  dégâts des eaux, désemparées ou pas. Mais aucune n’a vraiment abordé les questions de fond posées par les inondations dans plusieurs régions de France.

Après avoir passé mon samedi à l’assemblée générale de la société des lecteurs de l’Humanité et de l’Humanité dimanche à Paris, j’ai enfourché dimanche mon vélo pour un circuit qui flirte avec les boucles de la Seine en aval de Paris. En partant de Colombes par le pont de Bezons et en empruntant la zone d’activité de cette ville en bord de Seine, j’ai trouvé une route barrée car inondée dès l’entrée à Carrière-Sur-Seine dans les Yvelines. Après avoir  traversé le plateau de Montesson, je suis tombé sur une seconde route barrée entre Le Pecq et Le Mesnil-Le-Roy en contrebas de Saint-Germain-en-Laye. Dans cette partie du val de Seine, les terres maraîchères étaient totalement inondées et les récoltes de choux verts et de salades d’hiver semblaient déjà perdues. Au bord d’une portion de route encore sèche en amont des barrières sur la chaussée, des tuyaux déversaient l’eau pompée dans les caves. La troisième route barrée sur mon circuit habituel était située après la zone commerciale d’Achères en face de Conflans-Sainte-Honorine. Les riverains avaient déjà installé des passerelles sur plusieurs centaines de mètres et sortaient de chez eux avec un vélo sur l’épaule pour aller faire quelques courses. L’un de ces habitants sinistrés m’a déclaré que toutes les maisons disposant d’un sous-sol avaient de l’eau à la cave.

Le champ de course de Maison-Laffitte sous les eaux

Deux routes parallèles traversent les installations du SIAAP, la grande station dépuration des eaux usées entre Achères et Maison-Laffitte. La plus proche de la Seine longe des champs de céréales qui étaient partiellement ou totalement inondés selon des endroits. A un moment donné la route aussi était inondée, obligeant tous les cyclistes à faire demi-tour. Plus loin, le champ de course de Maison-Laffitte était totalement recouvert de quelques centimètres d’eau tandis que les habitants de petits immeubles très récents, construits face aux écuries, avaient entassé des fauteuils et d’autres petits meubles sous leur véranda. La preuve que, là aussi, les caves étaient déjà inondées.

On nous dit que lé décrue sera lente mais les médias audiovisuels ont peu communiqué pour expliquer l’ampleur et la durée de cette crue dans plusieurs régions du pays. La forte pluviométrie de janvier demeure la principale explication et le réchauffement climatique global va accroître ce phénomène dès lors que 1°C de réchauffement global se traduit par 7 à 8% d’évaporation en plus. Après, on ne sait jamais où cette eau va tomber. L’Afrique du sud vit en ce moment sa pire sécheresse depuis plus d’un siècle.

En France, trois explications complémentaires permettent ce comprendre la situation actuelle. On a depuis longtemps construit de l’habitat et placé des activités économiques dans des zones inondables parce que les terrains à bâtir coutaient moins cher. Observer depuis un pont certaines rues aux alignements de maisons en bord de Seine en banlieue parisienne, quand le fleuve est haut comme en ce moment, permet de comprendre à quel point l’inondation des sous-sols peut prendre des proportion énormes, même quand le fleuve ne sort pas tout à fait de son lit.

Le bétonnage des sols sur d’importantes superficies et l’absence totale de récupération de l‘eau de pluies qui tombe sur les toits des maisons, des immeubles, des bâtiments industriels et commerciaux, conduit à augmenter le ruissellement et à gonfler le niveau des rivières et des fleuves. Si tous ces bâtiments disposaient de citernes, ont pourrait faire de la rétention, quitte à libérer plus tard et de manière progressive des milliers de mètres cubes d’eau  dont on n’aurait pas l’usage.

Absence de haies et ruissellement des eaux de pluie

Il faut aussi voir comment l’agriculture a modifié les paysages en France depuis un demi-siècle. Des millions de kilomètres de haies et de talus ont été arrachés. Sur les terres en pente, l’absence de talus favorise le ruissellement des eaux des eaux de pluies. Ces eaux  migrent d’autant plus vite vers les ruisseaux et les rivières que les labours annuels pour les cultures céréalières dénudent les sols tandis que ces derniers subissent aussi le tassement provoqué par les roues des tracteurs de plus en plus lourds parce que puissants. Comme ces terres trop souvent labourées ont une densité insuffisante vers de terre, les galeries verticales sont aussi moins nombreuses pour favoriser la pénétration de  l’eau de pluie.

Du coup, le ruissellement appauvrit aussi les sols qui, notamment sur les terres en pente, ne cessent de voir migrer la matière organique fertilisante vers les fonds de vallée. Voilà pourquoi les sols fraichement labourés sont de plus en plus clairs sur les parties les plus hautes des parcelles. Comme ces terres manquent désormais de matière organique en quantité suffisante, il faut forcer sur les engrais azotés  pour tenter de maintenir les rendements céréaliers.

Replanter des haies, faire de l’agroforesterie, passer au non labour et aux cultures intermédiaires pour garder des sols couverts en permanence permettrait de freiner le ruissellement des eaux de pluie et d’enrichir les sols en matière organique. Comme ce problème ne se pose pas qu’en France, l’intérêt bien compris des pays membres de l’Union européenne serait d’orienter les aides pour promouvoir l’agro-écologie dans le cadre de la réforme de la Politique agricole commune prévue pour entrer en vigueur en 2021. Mais à Bruxelles on ne pense qu’à multiplier les accords de libre échange qui réduisent la vocation nourricière de l’agriculture en Europe.

En se félicitant d’un possible et imminent accord de libre échange entre l’Europe et les pays de Mercosur la semaine dernière lors de son déplacement en Auvergne, Emmanuel Macron , lui aussi, tourne le dos aux solutions d’avenir  dans un monde ou la souveraineté alimentaire sera bientôt aussi vitale qu’incontournable.

Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 29 janvier 2018

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