Les insoumis lancent leur école pour former les militants

Nouveau chantier de La France insoumise, l’école de formation du mouvement doit être présentée cet après-midi lors d’une conférence de presse. Thomas Guénolé, qui copilote le projet, l’a détaillé à «Libération». 

Depuis une semaine le bruit courait : La France insoumise, bientôt, aurait son école. A en croire les quelques brèves politiques sur le sujet, les tentacules mélenchonistes allaient ainsi s’étendre sur la société française. Après un média, l’«éducation des masses».

L’école insoumise, baptisée eFI, pour école de formation insoumise, est en réalité d’abord destinée aux militants. «Il y aura des cours de formation politique. On abordera l’histoire des idées et on présentera l’argumentaire et le programme de nos adversaires», explique Thomas Guénolé, politologue officiellement rallié aux insoumis depuis cet été. C’est lui qui, avec Manon Le Bretton, ex-candidate aux législatives dans la 3circonscription de l’Aude, copilote l’eFI. Chaque mois, un thème sera abordé pendant deux heures lors d’un cours donné au siège du mouvement par un militant, reconnu pour «sa légitimité académique ou de terrain». Filmé, il sera «live streamé» nous explique-t-on, puis laissé en accès libre et gratuit sur Internet.

La première «leçon», prévue samedi et administrée par le philosophe Benoît Schneckenburger, abordera la «philosophie insoumise». Suivront ensuite des cours sur la sortie du nucléaire, la lutte contre la pauvreté, la pensée économique des insoumis et de leurs adversaires, la VIRépublique, la laïcité, la géopolitique ou encore la santé. Deuxième «activité» proposée par l’eFI, «des tutos, filmés face caméra ou en situation, destinés à la formation de l’action militante», détaille Thomas Guénolé. «Cette fois, on est dans le savoir-faire.» La structure, enfin, va permettre de recenser tous les contenus de formation militante développés de part et d’autre du mouvement «pour les rendre plus visibles». Dans quelques mois, des QCM de validation des cours devraient être mis en place pour les militants-étudiants.

Opération structuration

Ce sont eux, explique-t-on volontiers au sein du mouvement, qui demandaient de tels outils de formation. La synthèse de la convention de La France insoumise, organisée fin novembre, faisait en effet part de cette aspiration. «Pour donner à tous les moyens de convaincre autour d’eux, les insoumis sont en demande de vidéos : celles qui présentent l’Avenir en commun [le programme du mouvement, ndlr] et développent des points du livret thématique, celles qui valorisent le chiffrage de nos propositions ou qui développent des questions complexes d’économie ou de géopolitique», pouvait-on lire.

L’idée ne vient cependant pas seulement de la base. Même si Thomas Guénolé nie vouloir «professionnaliser» le mouvement (pas «l’esprit»), l’entreprise a tout de même des airs d’opération structuration. FI ayant grossi assez spontanément, il serait temps de cadrer les choses, au niveau local notamment, et de faire émerger de nouvelles figures. «Jean-Luc Mélenchon considère depuis des années que la formation militante est très importante. Quand il était membre du PS, il se désolait déjà que les socialistes l’aient laissée de côté», relativise Thomas Guénolé.

Bataille culturelle

Au-delà du besoin de formation, l’école s’inscrit dans la matrice idéologique de La France insoumise. L’idée, largement revendiquée, est de donner à tous des armes nécessaires pour mener la bataille culturelle. «Notre modèle, ce sont les universités populaires nées après l’affaire Dreyfus», explique Thomas Guénolé, en référence à l’enseignement gratuit qui se développe à la fin du XIXsiècle pour apporter une réponse humaniste et éclairée à l’antisémitisme qui se répand dans la société française. Aujourd’hui encore, le combat politique à mener passerait par la culture, les idées, comme l’a théorisé le philosophe Antonio Gramsci, volontiers revendiqué à gauche. La France insoumise, d’ailleurs, se présente comme «un mouvement culturel».

«Face au délitement des sociétés auquel conduisent les politiques libérales, il ne limite pas son action au champ politique mais l’étend dans toutes les sphères pour créer du commun et faire société. Il promeut et relaie des outils d’information alternative pour lutter contre l’idéologie dominante et s’engage dans les expérimentations concrètes d’un nouveau monde», peut-on lire sur le site du mouvement. «L’école, explique Thomas Guénolé, fait ainsi figure d’outil menant « à la révolution citoyenne ».» Un grand soir relativisé au sein même du mouvement. Interrogé la semaine dernière, alors que le projet d’école commençait à faire du bruit, David Guiraud, porte-parole jeunesse de La France insoumise, s’étonnait : «Je ne comprends pas l’engouement de la presse. C’est une formule assez classique de formation militante, comme on en avait au parti de gauche. Ça ne me semble pas révolutionnaire.»

Photo de garde : AFP – Boris Horvat
Charlotte Belaich
Article tiré de Libération  le 29 janvier 2018

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