Grève dans les Ehpad où manquent les moyens – « C’est très dur physiquement, moralement et émotionnellement »

Les personnels des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes sont appelés à faire grève mardi. C’est le cas dans une maison de retraite de Breteuil (Oise) où les salariés jugent les conditions de travail pénibles.

La grève devrait être suivie à 100% mardi 30 janvier à l’Ehpad Montmorency de Breteuil (Oise), sans conséquences pour les résidents puisque les agents seront réquisitionnés. Ici comme ailleurs, les employés se disent fatigués par ce qu’ils vivent. Ils comptent bien suivre l‘appel à la grève nationale de tous les syndicats des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

Depuis huit ans, Elodie Diete est aide-soignante dans cet établissement. Comme la plupart de ses collègues, elle compte rejoindre la manifestation d’Amiens mardi pour dénoncer le manque de personnel. « On est seuls », dit-elle en constatant que les arrêts maladie se multiplient. « À force de tirer sur la corde, apparaissent des maux de dos. Un jour ce sera nous », craint-elle.

Les valeurs de mon métier se dégradent et finissent par se perdre. Au final, ça me dégoûte de faire ce que je fais. Elodie Diete, aide-soignante – franceinfo

Ces aides-soignantes se retrouvent seules pour faire la toilette des patients alors que certaines pathologies nécessitent au moins quatre bras. Jacques Petit est hémiplégique. Il vit dans une chambre de 16 m2 depuis sept ans. Il remarque tous les jours le manque de moyens. « Ça se ressent pour nous aussi, raconte-t-il. Les délais ne sont plus les mêmes. Il y a un an, c’était beaucoup plus facile. Mais avec ce qui a été supprimé, ça vient plus longtemps après. »

Les contrats aidés regrettés

Des contrats aidés ont été supprimés. La mesure phare de François Hollande sur laquelle est en partie revenu le gouvernement d’Edouard Philippe revient dans les conversations. « Moi dans cet établissement, j’avais dix ou onze contrats aidés, témoigne Agnès Baumont, la directrice de l’Ehpad Montmorency de Breteuil. Il s’agissait de jeunes personnes issues du secteur. Elles sont toutes arrivées ici sans qualification. J’ai mis un point d’honneur à diplômer ces jeunes. Aujourd’hui, ils font défaut. »

C’est la raison pour laquelle, comme d’autres directeurs, Agnès Beaumont est déclarée gréviste. L’enveloppe de 50 millions d’euros annoncée jeudi dernier par la ministre de la Santé n’y fera rien. « Nous ne savons pas comment seront répartis ces crédits, dit-elle. Vu le nombre d’Ehpad, ça va nous faire 6 000 euros environ pour cette année. C’est intolérable et inadmissible. C’est pour cela que je suis totalement solidaire de mon personnel, et donc, à 100% décidée à faire grève. »

Les responsables et les personnels de ces établissements sont aussi mécontents en raison d’une réforme de leur financement votée sous le précédent quinquennat et poursuivie par l’actuelle majorité. Une partie du budget des établissements sera désormais calculée sur le degré de dépendance des résidents. À cause de cette mesure, Agnès Beaumont perd « 60 000 euros sur 6 ans, calcule-t-elle. C’est donc 10 000 euros par an. Ce qui donne deux à trois agents en moins. Comment allons-nous prendre en charge correctement les résidents ? » 

Peu de temps auprès des retraités

À l’heure du déjeuner, le restaurant de cette maison de retraite de l’Oise est plein à craquer. C’est souvent l’un des seuls moments de la journée où le personnel peut passer du temps avec les résidents. Mais les agents de services hospitaliers ont de moins en moins de temps. Depuis le départ des contrats aidés, ils sont trois de moins pour servir le repas des 65 résidents. « Les conditions de travail sont très pénibles, raconte Annie Maurel qui prépare les assiettes. Avant, la personne en contrat aidé était au service, à la vaisselle. Comme il n’y en a plus, on fait toutes les fonctions : ménage, la plonge.. Nous sommes polyvalents. Quand il y a des arrêts parmi les collègues, on est obligés de revenir sur des repos. On pense à nos résidents. On le fait d’abord pour eux. Mais c’est très dur physiquement, moralement et émotionnellement. »

Le personnel a de plus en plus de mal à cacher ce malaise aux résidents. Tous sont unanimes. Il faut davantage de salariés. « Ils sont toujours en train de courir, remarque Gisèle, 86 ans. Mais ici, ce n’est pas l’usine. Il faut passer du temps avec les personnes âgées. Il faut être agréable, les soutenir… »

Photo MAXPPP
Edouard Marguier, Pierrick Bonno
Article tiré de Franceinfo . le 30 janvier 2018   

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