Philippe Poutou – « Nous voulons être utile au mouvement social »

Ce vendredi s’ouvre le quatrième congrès du NPA, certes, affaibli par son score à la présidentielle mais certain de garder une place dans le champ politique au vu des mobilisations à venir. Son ancien candidat Philippe Poutou revient sur les questionnements qui traversent le parti d’extrême-gauche.

 Vous vous réunissez en congrès ce week-end. Quels objectifs vous fixez-vous au NPA et comment voyez-vous son avenir, dans un contexte de recomposition politique qui a commencé au lendemain des élections de 2017 ?
Philippe Poutou  Nous sommes conscients de notre fragilité et de nos faibles forces militantes mais cela ne remet pas en question ni notre détermination, ni notre projet de construire un parti anticapitaliste, large, unitaire capable de jouer un rôle dans la période qui vient. Nous voyons comme tout le monde les crises et les chamboulements un peu partout dans la vie politique. En même temps, les gens écœurés s’abstiennent beaucoup, se détournent de la vie politique. Surtout, on vit une longue période de défaites sociales, de démoralisation militante et de résignation dans la population, à laquelle s’ajoute une bonne dose d’individualisme et de recroquevillement sur soi. Le tout fragilisant encore plus les liens de solidarité, l’idée qu’on peut s’en sortir collectivement et l’espoir que les choses peuvent changer dans le bon sens. Le NPA, là-dedans, c’est la volonté d’être utile pour aider à reconstruire le mouvement social. La présidentielle de 2017 a été importante pour nous parce que, même dans des conditions difficiles, c’est essentiel d’être là pour faire entendre autre chose, pour oser défendre un programme anticapitaliste. Mais aussi, face au drame des réfugiés, de défendre l’ouverture des frontières et la liberté de circulation, de montrer également qu’on peut faire de la politique nous-mêmes, qu’il est vital de prendre nos affaires en main. On a réussi malgré notre faible score, à faire passer des idées, à faire entendre une révolte, l’espoir d’un autre monde.
Justement, quels enseignements tirez-vous de votre score à la présidentielle ?
Philippe Poutou  Avec l’écho de notre campagne, la sympathie qu’elle a suscitée et les nombreuses discussions que nous avons eues, le 1% fut une déception. La dynamique Jean-Luc Mélenchon, avec la possibilité d’être au deuxième tour, nous a empêchés de faire un peu mieux qu’en 2012. C’est dommage parce que cela nous aurait donné une petite dynamique pour nous reconstruire dans la foulée. Nous n’espérions pas gagner mais nous ne sommes pas indifférents aux résultats. Ceci dit, au delà du score, nous avons vécu une campagne qui nous a fait du bien. Nous avons été visibles, nous avons fait entendre des idées, un programme et des perspectives différentes. Aujourd’hui encore, on mesure les traces que nous avons laissées et cela nous aide à construire notre parti, à renforcer des liens avec l’ensemble de la gauche militante.
Face à la France insoumise, qui a bouleversé le paysage à gauche, à quoi aspire le NPA ? 
Philippe Poutou  Oui, la France insoumise prend quasiment toute la place à gauche. On a vu sa force, son dynamisme pendant les élections. Beaucoup de gens, beaucoup de militant(e)s espèrent en Mélenchon et ses camarades. C’est vrai. Mais il y a déjà des désillusions, des doutes sur l’efficacité et les aspirations de la France insoumise. Quoiqu’il en soit, le NPA, comme d’autres organisations de la gauche radicale, ne se situe pas sur le terrain institutionnel et électoraliste. Nous ne souhaitons pas construire un nouveau PS, nous ne rêvons pas d’un nouveau Mitterrand. Nous comptons sur les luttes sociales, sur la rupture avec le capitalisme. Nous sommes internationalistes. Il s’agit là de deux orientations très différentes. Mais il nous faut discuter et confronter au sein de la population et des milieux militants, indépendamment des illusions électorales. Nous avons à construire les batailles sociales, à créer des liens de solidarité et à aider à la convergence des luttes. Nous sommes convaincus que c’est ensemble, avec les supporters de de la France insoumise, avec les milieux militants à gauche plus largement, que nous nous retrouverons dans la rue.

Dans un texte de plateforme, disponible sur votre site, on se demande si le NPA doit être le « parti révolutionnaire » ou la « représentation des opprimés et des exploités ». La nature de votre parti est-elle au cœur de vos débats du week-end ?
Philippe Poutou  Parmi les nombreux débats et désaccords que nous avons d’ordre essentiellement stratégique, il y a effectivement celle de la nature du parti que nous voulons construire, de ses délimitations, en cherchant les meilleures solutions pour réussir à construire l’outil que nous voulons tous. La question du rapport avec les autres courants, LO, les libertaires, les écolo-radicaux ou la France insoumise est posée, celle de quelle politique unitaire, du « front unique », de comment, avec qui mais aussi jusqu’où, dans les élections ou seulement dans les luttes… Étant donné la situation sociale difficile et la faiblesse des forces militantes, les doutes sur la manière de faire sont bien là et les disputes aussi. On peut dire que l’objectif de fond nous est commun. Ce qui diverge, c’est la manière d’y parvenir.

Photo AFP/Christophe Simon
Entretien réalisé par Audrey Loussouarn
Article tiré de l’Humanité . le 2 février 2018

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