Le gouvernement et sa majorité LREM à la rue sur la question des SDF

Alors que l’épisode de grand froid s’abat sur le pays, les représentants de la Macronie multiplient les déclarations hasardeuses sur les sans-abri.

Edouard Philippe a participé lundi à une maraude du Samu-social alors que la vague de froid s’est abattue sur Paris. Il a notamment rencontré deux SDF, avinés, qui l’ont particulièrement surpris. L’un d’eux lui a demandé d’une voix rauque : «Mais vous, Monsieur, vous êtes qui ?»«Je suis le Premier ministre», a rétorqué le chef du gouvernement, impassible, rapporte l’AFP (Agence France Presse). «Non ! s’est exclamé le sans-abri. Je ne vous crois pas… Montrez-moi votre carte ! T’es Premier ministre ? N’importe quoi !»

La scène, qui pourrait être cocasse, n’en demeure pas moins symbolique d’une déconnexion patente entre les pouvoirs publics et les sans domicile fixe. Fin janvier, Julien Denormandie, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, avait semé la consternation en déclarant sur France Inter qu’en Ile-de-France «c’est à peu près une cinquantaine d’hommes isolés [qui dorment dehors] pour être très précis». Aussitôt les réseaux sociaux s’étaient enflammés: certains tournant à la dérision ses propos, d’autres les condamnant fermement. «C’est encore une des fake news du gouvernement, juge Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement. Cela n’est pas naïf, c’est pour dire qu’ils tiennent les engagements du Président [qui a promis zéro SDF ndlr]. C’est très injuste à l’égard de ceux qui subissent [cette situation]».

Sylvain Maillard, député : «Certains souhaitent rester seuls dans la rue»

Interrogé sur les propos tenus par Julien Denormandie, le député LREM de Paris Sylvain Maillard, a rajouté du malaise au malaise au micro de RFI, lundi. «Même dans les cas de grand froid certains SDF ne souhaitent pas être mis à l’abri, souhaitent rester seuls dans la rue. C’est leur choix». Le député insoumis Adrien Quatennens préfère ironiser, prétendant que Sylvain Maillard «ne vit pas sur Terre mais sur Jupiter».

Droit au logement (DAL) rappelle que, même si certains centres d’accueil, comme celui de Nanterre ou la Boulangerie (Paris XVIIIe), sont du fait des conditions d’hébergement de véritables repoussoirs pour les sans-abri, la déclaration du député passe mal. Conscient du tollé suscité par ses propos, le député a rétropédalé dénonçant «des raccourcis». Dans un communiqué il s’est montré plus pondéré expliquant que certains sans-abri «sont dans des situations psychologiques très compliquées, d’autres souhaitent rester en couple, d’autres sont avec des animaux domestiques». Tout ça après avoir proclamé sur Twitter qu’il «ne suffit pas d’ouvrir un gymnase pour qu’ils [les SDF] y viennent».

Pour Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre, «c’est un débat curieux. Il n’est pas faux de dire que certains [SDF] ont vécu des expériences difficiles, dues à la promiscuité, parfois la violence [dans les centres d’hébergement]». Il admet que beaucoup de sans-abris «n’appellent plus le 115, parce qu’ils n’y croient plus, ou vivent dans des bidonvilles». La vision macroniste n’est pas du goût du DAL : «Les sans-abri dont il parle sont découragés et savent qu’ils seront remis à la rue [après une nuit d’hébergement]», soupire son porte-parole.

La réponse de l’Etat doit être réajustée

De retour de sa maraude aux côtés des équipes du 115, lundi, Edouard Philippe a conclu que la question de l’hébergement et du relogement des sans-abri était «vachement compliqué[e]» et nécessitait «des solutions qui ne soient pas simplement d’urgence». Une position plus nuancée que celle de Christophe Castaner, fin décembre, qui avait déclaré sans ambages que «lors des maraudes, des femmes et des hommes refusent d’être logés».

Christophe Robert, de la Fondation Abbé-Pierre, estime que les sorties de Castaner n’ont pas constitué «une bonne formule. Il faut mieux connaître les souhaits et les parcours très divers des gens pour réajuster les solutions». Il reconnaît pourtant au gouvernement une forme de réalisme. «Avec le Plan quinquennal pour le logement d’abord, adopté dès juillet, le Président a bien compris que la réponse [consistant à héberger au coup par coup les SDF pour une nuit avant de les remettre à la rue le lendemain ndlr] n’était pas adaptée». «Les gens ne peuvent pas vivre dans la précarité, avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête».

Les maladresses répétées des élus du parti présidentiel et des membres du gouvernement témoignent plutôt d’une méconnaissance de la situation.

Photo AFP/Eric Feferberg
Paul Leboulanger
Article tiré de Libération . le 7 février 2018

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Une réflexion sur “Le gouvernement et sa majorité LREM à la rue sur la question des SDF

  1. L’extrême légèreté avec laquelle est traité le sujet de la grande précarité en Macronie contraste violemment avec les largesses dispensées aux plus nantis. Les conditions d’accès à l’hébergement auxquelles on essaye de soumettre les sans domiciles restent le plus souvent aberrantes et la destruction de tentes par les forces de l’ordre m’apparaît criminel.

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