Les choix fiscaux du gouvernement de plus en plus contestés

La politique fiscale de l’exécutif a été interrogée ce mercredi à l’Assemblée nationale, lors des questions au gouvernement. Le ministre Bruno Le Maire a affirmé, en dépit des faits, œuvrer à la hausse du pouvoir d’achat et à la création d’emplois.

Les députés Ian Boucard (LR) et Christine Pirès-Beaune (PS) ont interrogé ce mercredi à l’Assemblée nationale le gouvernement sur la réalité de la hausse du pouvoir d’achat, rabâchée en permanence par l’exécutif, reprenant un argumentaire développé par les communistes et les insoumis pendant l’examen du budget 2018. « Le gain de la suppression des cotisations sociales et patronales ne permet pas de combler la hausse du coût de la vie », a estimé l’élue PS, tout en listant les hausses tarifaires du gaz, de l’électricité, du fioul, du diesel, du forfait hospitalier, des mutuelles, des assurances, du tabac etc. Bruno Le Maire a répondu en raillant la similitude de critiques émanant des deux côtés de l’hémicycle : « Cela en dit long sur le désarroi de certaines familles politiques sur leur incapacité à se renouveler. »

5 % de ménages les plus aisés capteront 42 % des gains

Puis le ministre de l’Economie a répété ses arguments éculés sur le fond : ces choix budgétaires relèveraient de la « justice sociale ». « Supprimer les charges sur les entreprises, c’est de la justice sociale. Augmenter la prime d’activité, c’est de la justice sociale. Supprimer la taxe d’habitation, c’est de la justice sociale. » « Notre stratégie est de créer de la richesse par les entreprises, par les entrepreneurs », plutôt que de « distribuer avant de créer des richesses », a-t-il asséné. Et tant pis s’il est déjà prouvé que la théorie du ruissellement ne fonctionne pas. Tant pis si le dernier rapport de l’OFCE démontre que les choix fiscaux du gouvernement bénéficieront aux plus fortunés – les 5 % de ménages les plus aisés capteront 42 % des gains, les 5 % les plus modestes verront leur niveau de vie reculer de 0,6 % en moyenne.

Carrefour licencie tout en faisant des bénéfices

Bruno Le Maire a dans la foulée assumé de « baisser la fiscalité sur le capital, qui va permettre à nos entreprises de créer des emplois ». Quelques minutes plus tard, la question posée par Muriel Ressiguier est venue contrarier cette explication. La députée FI a interrogé le gouvernement sur la suppression de 2 400 emplois par Carrefour. Elle a rappelé que le géant de la grande distribution est bénéficiaire et a reçu plus de « 2 milliards d’euros depuis 2013 en CICE et cadeaux fiscaux ». Etait-ce pour sauver des emplois ? Non, a-t-elle estimé, rappelant que Carrefour a versé plus de 500 millions d’euros de dividendes en 2016… Bruno Le Maire a répondu en ignorant cette observation. Il a soutenu que Carrefour allait investir 2,5 milliards d’euros pour faire face à la robotisation et aux « transformations technologiques de grande ampleur », qui permettront à ses yeux de créer… d’autres emplois. Quelle cohérence ! Quand le gouvernement s’exprime, quelque chose doit toujours permettre à terme de créer des emplois… En attendant, les choix fiscaux se font aux bénéfices des plus riches, et Carrefour licencie tout en faisant des bénéfices, mais tout va bien. Bruno Le Maire a également annoncé vouloir un « accompagnement exemplaire » pour les salariés licenciés par Carrefour. Reste à voir si cette nouvelle « promesse » sera tenue, ou s’il s’agit d’un simple souhait…

Photo AFP/Eric Fefferberg
Aurélien Soucheyre
Article tiré de l’Humanité  le 7 février 2018

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