Fonction publique – Vers un «permis de licencier »

Augmentation du nombre de contractuels, rémunération au mérite accrue, « simplification » (ce qui n’augure jamais rien de bon dans le jargon macroniste) et, surtout, un plan de départs volontaires… autant de mesures qui visent un seul et même objectif : la suppression in fine de 120 000 postes de fonctionnaires.

Bref, le gouvernement entend administrer à la Fonction publique le même coup de semonce qu’au privé il y a quelques mois. Avec tout ce que cela suppose en termes d’emploi et de manque-à-gagner dans le service rendu aux usagers.

Question méthode, il ne s’en cache d’ailleurs pas, elle sera identique que ce qui a été appliqué pour la loi Travail. « Exactement la même », a indiqué lundi la députée LREM Amélie de Montchalin. Elle cite le courrier adressé aux organisations syndicales : « (…) d’ici à la fin du mois de février, nous voulons, avec chacun de vous, avoir une réunion bilatérale et une réunion collective qui fixe la méthode de discussions qu’on va avoir sur l’année ».

CGT, FO et CFDT seront reçues dès lundi par Olivier Dussopt, secrétaire d’État à la fonction publique. Mais, conscientes des enjeux et du danger d’une saignée sans précédent, les organisations syndicales de fonctionnaires ont d’ores et déjà exprimé leurs inquiétudes. Et la majorité d’entre elles – sept sur neuf : CGT, FO, FSU, Solidaires, CFTC, CFE-CGC et FA-FP – préparent la contre-offensive avec une journée d’action le 22 mars.

La CFE-CGC a en outre fait savoir hier qu’elle « ne participera plus aux réunions organisées dans le cadre du programme Action publique 2022 » de réforme de l’Etat.

Sur le plan politique, Pierre Laurent (PCF) a vivement dénoncé « un permis de licencier ». Et ce alors que « dans tous les services publics, on manque de monde » (lire aussi les témoignages ci-contre). Quant aux motivations gouvernementales, le responsable communiste n’a aucun doute : « Pourquoi ? Pour privatiser ! ».

A.M.


De la Timone à l’hôpital Nord, le blues des personnels de santé marseillais

Ces mots-là, ils sont sur toutes les lèvres. Ce sont les mots de Virginie, Sakina ou Adrien. Hospitaliers attachés à une certaine conception de la santé, une valeur d’humanité que beaucoup, dans cette République en marche à reculons, voudraient voir jetée aux oubliettes. Parce que la santé, et ce n’est pas nouveau, devient de plus en plus, selon cette politique, une marchandise comme une autre. Une idée que ne partagent ni Virginie, ni Sakina, ni Adrien.

La première est infirmière à l’hôpital Nord, avec plus de quinze ans d’exercice dans les talons. « A m’occuper le jour comme la nuit de patients très souvent désemparés. Pas toujours simple d’être malade, ajoute-t-elle avec un pâle sourire. Nous accueillons ici des gens de tous les quartiers Nord de Marseille, et bien au-delà. Et la plupart d’entre eux est composée de gens sans grandes ressources, voire dans la précarité. Dire que l’hôpital Nord est une arche de Noé est peut-être un peu excessif, mais il y a un peu de ça. »

Elle n’a pas tort Virginie, car l’hôpital Nord, est le seul établissement public de santé accessible aux deux cent mille habitants de quartiers parmi les plus déshérités de la ville. Pourtant menacé, « en tout cas c’est ce que nous craignons et ressentons chaque jour un peu plus fort », poursuit Virginie. C’est exactement cela le blues des salariés de l’AP-HM. Un sentiment d’angoisse mêlé de cette conviction qu’ils ne font plus le travail comme ils avaient rêvé de le faire. Virginie évoque les dernières années de son adolescence.

« Ma mère était une infirmière privée, travaillant pour son propre compte. Elle s’est très vite convaincue que je n’étais pas vraiment faite pour la carrière de juriste qu’elle espérait. Alors, elle m’emmenait avec elle visiter ses patients. Au début, j’étais toujours très en retrait. Puis j’ai appris à avoir un autre regard sur les gens, surtout sur les personnes âgées et prendre conscience de leurs craintes face à la maladie. » La jeune femme prend un temps de réflexion avant de dire que c’est à ce moment-là qu’elle avait compris que ce métier était sa vocation.

Le service public, allez y voir !

Et c’est bien sûr dans le service public que Virginie décide d’exercer son métier. « Au début, après l’obtention de mon diplôme, dès mon entrée à l’hôpital Nord, j’ai immédiatement senti que j’étais sur la bonne route. » De ses premières années aux côtés des patients de l’hôpital Nord. Elle garde des souvenirs heureux. Mais d’année en année, le paysage s’est obscurci. « Du personnel non-remplacé dans les cas de congés maladie ou pendant la grossesse. Des heures supplémentaires qu’il faut bien faire, même quand on est épuisé. Pas si fréquent, il y a dix ans, mais aujourd’hui c’est devenu la règle. »

Les propos de Virginie ne sont pas démentis par ses collègues de la Timone. Un établissement dont la réputation fut, il y a peu de temps encore, plus qu’excellente. « L’image de marque, le cachet de l’excellence du dispositif de santé publique marseillais. Des médecins de renommée internationale, y ont exercé et pour certains c’est encore vrai aujourd’hui, déployé leurs talents. » Adrien, qui officie depuis quinze ans dans l’administration de cet établissement, le reconnaît. « Les choses ont bien changé et cet hôpital, qui affiche en grosses lettres peintes sur ses façades que cette volonté d’excellence est chaque jour au bénéfice de ses patients, ne mérite pas vraiment les élans lyriques de son agence de communication, ironise Adrien. Il y a certes quelques malades qui manifestent un peu d’impatience mais la plupart d’entre eux sont bien conscients du degré d’implication des personnels soignants et des difficultés croissantes. A faire au mieux dans leurs tâches quotidiennes. » C’est aussi parce que des liens se créent entre les personnels soignants et leurs patients. Sakina, elle-même infirmière à la Timone depuis vingt ans, reconnaît que le dialogue entre les malades et celles ou ceux qui viennent leur prodiguer des soins est nécessaire. « C’est à l’occasion de ces échanges que nous pouvons leur dire les difficultés croissantes dans notre vie professionnelle. Nous sommes de moins en moins nombreux et c’est la réalité dans tous les hôpitaux de l’AP-HM. »

Et Adrien de faire état de cas de fatigue extrême, voire de graves dépressions dues à la surcharge de travail et à ce sentiment que cette vocation d’être aux côtés des plus fragiles de nos concitoyens, est foulée aux pieds par ceux qui veulent en finir avec la santé publique. La volonté gouvernementale, relayée par l’Agence régionale de santé et la direction de l’AP-HM de monnayer la modernisation des hôpitaux contre la suppression de 800 à mille postes est très claire. Yves Castino, secrétaire CGT du personnel de la Timone, en donne une autre illustration, en prévenant de la place grandissante accordée à la médecine ambulatoire au détriment de soins de plus longue durée. Et le syndicaliste de dénoncer avec vigueur la saignée faite sur les patients de l’hôpital public, voie royale faite aux cliniques privées et à l’abandon insidieux du service public. Au prix et de la santé des vies de celles et ceux qui ont choisi – et ils sont nombreux à l’avoir fait par conviction – de mettre leurs compétences au service des citoyens, sans aucun calcul financier. Ils sont aussi nombreux, celles et ceux qui seront dans la rue le 22 mars, quand il s’agira de faire tomber le masque de la prétendue modernité de réformes qui laissent une impression de déjà-vu.

Gérard Lanux
Article tiré de la Marseillaise  le 12 février 2018

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