Irak – Un pays et une génération d’enfants à reconstruire

Le Koweït accueille depuis lundi une grande conférence internationale pour la reconstruction de l’Irak. Responsables politiques, organisations humanitaires et investisseurs privés sont attendus jusque mercredi. Les autorités irakiennes estiment à 88 milliards de dollars le coût total pour rebâtir ce pays ravagé par trois ans de guerre contre le groupe État islamique. Certains investissements sont attendus de manière urgente pour permettre un retour volontaire des familles déplacées par la guerre.

Avec notre envoyé spécial à Koweït City,  Wilson Fache

Deux mois après la fin des combats, plus de la moitié des Irakiens qui avaient fui la guerre sont de retour chez eux. Mais près de deux millions et demi de civils sont toujours déplacés. Lundi, les organisations humanitaires ont donc appelé la communauté internationale à ne pas abandonner l’Irak à un moment si critique.

Elles appellent à ne pas oublier la dimension humaine de la reconstruction. Et surtout les enfants irakiens, qui ont été les plus durement touchés par cette guerre. Déscolarisés ou endoctrinés, traumatisés et parfois blessés, leurs maisons et écoles sont souvent en ruine, les besoins sont donc immenses.

« Il y a 6,5 millions de personnes en ce moment en Irak qui sont pauvres, dont 4 millions d’enfants. Ce sont les enfants qui ont été disproportionnellement affectés par le conflit et la pauvreté. Et ils sont le futur du pays. Seront-ils une génération perdue, ou seront-ils une génération qui peut participer et investir dans le futur de l’Irak, sa stabilité économique et sécuritaire ? », s’interroge Peter Hawkins, représentant en Irak de l’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance.

L’Unicef craint que des investissements insuffisants pour les enfants irakiens, notamment en matière d’éducation, mettent en péril une victoire durement acquise contre le groupe État islamique.


REPORTAGE : L’autre défi de l’Irak: la construction psychologique de la jeune génération

Avec notre correspondante à Erbil,  Oriane Verdier

Lorsqu’Amar, 11 ans, ne joue pas au foot, il rêve de sa maison d’avant, détruite lors des combats entre l’organisation Etat islamique et les forces irakiennes : « On avait tout construit et peint nous-même. On avait une télé, des placards. Mais aujourd’hui tout est détruit et plein de mines. »

Aujourd’hui, Amar habite dans une maison de fortune au milieu des ruines de Tikrit. Lui et sa famille ont passé deux ans sous l’autorité de l’organisation Etat islamique. Maintenant, sa mère fait tout pour que ses enfants reprennent une vie normale : « Sous Daech, j’interdisais à mes enfants d’aller à l’école. Mais maintenant ils ne les acceptent pas à l’école publique parce qu’ils sont trop âgés. Je suis allée au ministère de l’Education, ils ont refusé. »

En attendant, Amar est aidé par différentes organisations humanitaires afin que lui et ses camarades ne soient pas entièrement exclus de la société.

Safaa Ramadan de l’organisation Terre des hommes tente de repérer les enfants en besoin d’un suivi particulier : « Certains enfants sont encore terrorisés, ils ne communiquent plus. Cette génération aura des séquelles à vie. Si au moins ils avaient une maison dans laquelle être stable. Ce serait autre chose que de vivre sous une tente. Là, ils ne sont pas tranquilles. Ils ont peur pour leur vie ou d’être expulsés. »

Safa craint que cette nouvelle génération ne soit sacrifiée. Amar et sa famille ne sont pas près de rentrer chez eux. Plus de deux ans après la libération de leur ville, le gouvernement n’a toujours rien fait pour débuter la reconstruction.

Photo de garde : REUTERS – Ari Jalal
Article tiré de RFI  le 13 février 2018

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