Manifs d’agriculteurs – Quelles sont leurs revendications ?

Chaque année, c’est leur moment. A trois jours du Salon de l’agriculture, ils protestent notamment ce mercredi contre plusieurs dispositions européennes à venir. On fait le point.

Ce mercredi, et après des semaines de mobilisation dans le grand sud-ouest, les agriculteurs entendent manifester dans toute la France à l’appel de la FNSEA, syndicat majoritaire, et des Jeunes agriculteurs. La suite de l’agenda devra leur permettre de mettre en avant leurs revendications puisque un millier de jeunes agriculteurs seront reçus jeudi par Emmanuel Macron à l’Elysée, et que le 55Salon de l’agriculture ouvrira samedi. De quoi veulent-ils parler en priorité ?

La fin des aides dans certaines «zones défavorisées»

D’ici le 1er mars, la France doit présenter à Bruxelles une nouvelle carte, restreinte, des «zones défavorisées simples» (ZDS). Il s’agit de zones qui souffrent d’un handicap naturel comme le climat ou le relief. Il existe en réalité trois types de «zones défavorisées», les «simples», mais aussi les zones de montagne et les zones de handicaps spécifiques, qui ne sont pas concernées par la modification de la carte.

Environ 1 400 communes doivent être progressivement exclues de ce dispositif, selon les chiffres donnés par le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, le 18 février. Sur ces zones, les exploitations ne pourront plus bénéficier d’une aide européenne appelée l’indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN), financée à 25% par l’Etat et à 75% par l’Union européenne. Aujourd’hui, cette aide, qui existe depuis 1976 et dépend du budget de la politique agricole commune, représente (dans ses trois volets) un milliard d’euros annuels en France distribués entre 99 000 agriculteurs.

Mais le gouvernement se veut rassurant et avance que, si certains agriculteurs «perdront de l’argent», 60 000 d’entre eux seront éligibles à cette aide pour les ZDS lorsque la nouvelle carte entrera en vigueur (le 1er janvier 2019) contre 52 500 aujourd’hui. Travert a par ailleurs promis un accompagnement temporaire pour les professionnels lésés. Pour l’heure, pas de quoi convaincre les principaux concernés.

L’accord avec le Mercosur

Le possible feu vert de la France à un accord commercial de l’Union européenne avec les quatre pays du Mercosur – Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay – en 2018 risque de provoquer l’entrée de milliers de tonnes de viande bovine et de volailles sur le territoire français. Or «on nous demande de faire des efforts environnementaux, de respecter des normes qui ne sont pas appliquées dans ces pays d’Amérique du Sud», explique Hervé Lapie, président de la FDSEA de la Marne interrogé par France Bleu, pointant une concurrence déloyale.

Pour Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine, estimait ce mardi sur RTL que 50 000 emplois, dont 30 000 éleveurs, pourraient être menacés en France par ces accords commerciaux globaux.

Les prix pratiqués par les distributeurs

Trois mois après l’accord conclu avec les grands distributeurs à l’issue des états généraux de l’alimentation, les agriculteurs s’impatientent de voir les fruits du changement. Ce mardi, ils organisaient encore des blocages de grandes surfaces, par exemple en Charente.

Dans le projet de loi qui a découlé de ces états généraux, le gouvernement promeut en effet l’idée que ce sont les 400 000 agriculteurs français qui doivent fixer les prix de vente en fonction des coûts de production. Aux transformateurs ensuite de les répercuter aux grands distributeurs, comme nous vous l’expliquions fin janvier.

Le plan loup

Dans un communiqué commun, la FNSEA, la Fédération nationale ovine et les chambres d’agricultures estiment que «le plan loup qui vient d’être publié ne garantit pas le zéro attaque des troupeaux» et demandent à ce que «toute latitude» soit donnée aux préfets – lesquels peuvent autoriser des tirs supplémentaires sur les animaux sauvages – afin d’empêcher d’éventuelles attaques. La Confédération paysanne est elle aussi opposée au plan, qui fixe une population de 500 loups d’ici 2022 contre environ 360 aujourd’hui.

La liste des discussions avec les autorités pourrait bien s’allonger étant donné que les nombreux autres sujets qui agitent sérieusement le monde agricole : l’élimination des produits dits «phytosanitaires» et notamment le glyphosate, l’accaparement des terres fertiles par des groupes étrangers ou extérieurs à l’agriculture, ou encore l’uniformisation des cultures.

Photo AFP/Pascal Pavani
Aurélie Delmas
Article tiré de LIbération . le 21 février 2018

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