En même temps qu’il les reçoit à l’Elysée, Emmanuel Macron ruine les jeunes paysans

Aujourd’hui, à deux jours de l’ouverture du Salon international de l’agriculture, Emmanuel Macron reçoit quelques 800 jeunes agriculteurs et agricultrices de moins de 35 ans qui ont la particularité d’être récemment installés et sont, pour la plupart, lourdement endettés. Cette rencontre a lieu trois jours après la publication par le gouvernement du « Plan loup 2018-2023 » qui vise à faire coloniser les départements d’élevage par le prédateur. Comme si cela ne suffisait pas, les négociations commerciales avec les pays du Mercosur ont repris le 20 février à Asuncion en vue de conclure un accord d’ici le 2 mars avec, comme conséquences, des importations massives de viandes bovine, porcine et de volaille, sans oublier le sucre et l’éthanol, le tout sans droits de douanes.
On peut penser que le jeune président de la République ne manquera pas de flatter les 800 agricultrices et agriculteurs à peine plus jeunes que lui, aujourd’hui, sous les dorures du Palais de l’Elysée. Comme lui, ce sont des gens qui maîtrisent les nouvelles technologies. Ils sont généralement bien formés et passionnés par leur métier. Mais les analogies s’arrêtent là.
Contrairement à Macron, qui perçu 1,4 millions d’euros pour la seule année 2011 quand il officiait chez Rothschild, ils font surtout partie de ces paysans qui n’ont qu’un revenu mensuel moyen de 350€, bien que travaillant très dur. Certains des invités de l’Elysée ce matin savent qu’un certain Macron Emmanuel rédigea en 2008 le rapport de la Commission Attali qui servit de guide à cette Loi de Modernisation Economique (LME) voulue par Nicolas Sarkozy pour satisfaire Michel-Edouard Leclerc et que les paysans bretons nommèrent ensuite la Loi Michel-Edouard. De fait, elle a servi à donner des armes aux centrales d’achats des grandes enseignes pour durcir les négociations commerciales avec leurs fournisseurs et faire payer la note aux paysans via une bisse des prix agricoles.

Michel Edouard Leclerc a vendu la mèche hier sur France 5

Le hasard faisant bien les choses en certaines occasions, Michel-Edouard Leclerc a précisé hier soir qu’il avait interpelé Nicolas Sarkozy dès son élection à l’Elysée en 2007. Il lui demandait de faire voter une loi « pour lutter contre la vie chère afin, a-t-il poursuivit, que le camembert Président ne connaisse pas une inflation de 15% en un an ». Le camembert Président est un produit de la firme Lactalis et Leclerc a confirmé ce que nous avons souvent écrit ici dans le documentaire « La guerre des hypers ou la loi du plus fort», diffusé hier soir sur France 5, mais réalisé depuis plusieurs mois. Comme rapporteur de la Commission Attali, Emmanuel Macron a été le concepteur de cette loi, votée parla droite en 2008, et qui ruine les paysans depuis dix ans.
Il faudra voir ce le président de la République promettra aujourd’hui à ses jeunes interlocuteurs. On sait qu’il est question de faire une nouvelle loi d’ici la fin du printemps, afin, nous laisse-t-on entendre, que quelques uns des effets pervers de celle inspirée par le rapport Macron voilà dix ans soient atténués. Devenu président de la République, Emmanuel Macron avait déclaré à Rungis le 11 octobre 2017 que cette nouvelle loi contiendra « quelques décisions concrètes. La première, c’est la mise en place d’une contractualisation rénovée avec un contrat qui serait proposé par les agriculteurs et non plus les acheteurs, ce qui est à mes yeux fondamental. Nous modifieront la loi pour inverser cette construction du prix qui doit pouvoir partir des coûts de production ».

Quand la viande sud américaine entrera en Europe 

Toute l’ambivalence du propos est dans ce bout de phrase : « qui doit pouvoir partir des coûts de production». Car nous sommes dans une Union européenne de 28 pays sans le moindre droit de douanes sur les marchandises à l’intérieur du marché unique. Si le porc espagnol est bradé en France, y compris pour écouler des surplus, il est à craindre que les transformateurs et les distributeurs ne se précipiteront pas pour négocier avec les éleveurs sur le prix du cochon qui sera transformé en jambon. Il en ira de même pour le lait de vache transformé en yaourt ou en fromage. Ce sera encore pire pour la viande de bœuf à rôtir. Surtout si, comme on nous l’annonce pour bientôt, 99.000 tonnes de viande bovine de première qualité en provenance d’Amérique du sud rentreront chaque année en Europe. Verra-t-on dans ce contexte les grandes enseignes de la distribution et le groupe Bigard signer des contrats avec des groupements de producteurs en leur payant un prix tenant compte des coûts de production ?
Il est à souhaiter que des jeunes éleveurs reçus à l’Elysée osent poser cette question au président de la République. D’autant qu’ils sont très au courant de cet enjeu pour avoir manifesté hier dans les départements d’élevage afin de dénoncer ce projet d’accord entre l’Europe et le Mercosur.
Ces jeunes paysans ont été également nombreux à manifester ces dernières semaines contre la suppression arbitraire et incompréhensible de l’Indemnisation Compensatrice des Handicap Naturels (ICHN) sur des terres agricoles parmi les moins fertiles sur lesquelles l’élevage contribue à entretenir les paysages.

9.000 € de perte annuelle pour des bergers en Corrèze

Hier, au siège de la Confédération paysanne, à Bagnolet, Vincent Jacquinet et Lise Roland, deux jeunes paysans installées sur des terres pauvres de Haute Corrèze, lui avec un troupeau de 300 brebis et elle avec 350 sont venu témoigner. Installés l’un et l’autre sur plus de 100 hectares de terres pauvres, ils ont montré qu’ils ne pourraient pas s’en sortir si le ministère de l’Agriculture et la Commission européenne les prive finalement des 300€ annuels par hectare qu’ils perçoivent dans les deux cas pour une trentaine d’hectares de landes à bruyère que les brebis entretiennent en les pâturant de la fin de l’automne au début de l’hiver, quand il n’y a plus d’herbe dans les prés. Au-delà des 9.000€ d’aide annuelle, ces landes à bruyère permettent aussi d’économiser 300 kilos de foin par jour, grâce à cette consommation de plantes ligneuses qui sont encore fleuries en automne et restent vertes en hiver.
On le voit, de la LME aux importations de viandes sud américaines, comme de la promotion du loup dans les zones d’élevage à la suppression des aides européennes les plus écologiques, le quinquennat d’Emmanuel Macron s’apparente déjà à la fin des paysans et au recul de la souveraineté alimentaire dans ce grand pays aussi agricole qu’est encore la France.

Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 22 février 2018

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