Ghouta orientale – Une trêve sitôt actée, sitôt rompue

Le cessez-le-feu entériné par la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU n’aura duré que quelques heures, avant que les raids aériens et les tirs d’artillerie ne reprennent, dès dimanche matin, dans l’enclave rebelle assiégée. 

Les habitants de la Ghouta auront brièvement «profité» du cessez-le-feu dans la nuit de samedi à dimanche après le vote de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. «Deux heures viennent de passer depuis que la dernière bombe est tombée», signalait ainsi un activiste sur les réseaux sociaux, dimanche à 2 heures du matin. «Les médecins, secouristes, travailleurs sociaux et les 380 000 civils vont respirer après sept jours et nuits d’enfer. Ils vont trouver le temps d’enterrer leurs proches, de nettoyer leurs maisons et leurs rues des gravats, pour se préparer à recommencer.»

Mais la trêve aura été de très courte durée. Et ils n’auront pas eu le temps de faire tout cela. En effet, dès 7 heures du matin dimanche, les tirs aériens ont repris sur la région rebelle tandis qu’une offensive terrestre était lancée. Des troupes fidèles au régime de Bachar al-Assad ont attaqué sur trois axes autour de l’enclave assiégée. Depuis, une confrontation violente se déroule avec les groupes armés rebelles qui tiennent les fronts, avec des morts parmi les combattants des deux côtés. Alors les raids de l’aviation et l’artillerie se sont déchaînés à nouveau. Ils ont visé notamment la plus grande maternité, celle de l’hôpital Al-Zahra, dans le secteur central de la Ghouta, qui a été totalement détruite. Ce dimanche, des secouristes ont fait état de symptômes évoquant des attaques au phosphore blanc et au chlore. Des informations qui restaient encore à vérifier. Dans la journée, une vingtaine de civils ont été tués.

Interprétations contradictoires

La trêve «sans délai» adoptée samedi soir par un vote à l’unanimité du Conseil de sécurité de l’ONU a donc vécu. Le texte de la résolution, approuvée après trois jours de négociations intenses à New York dans le but d’éviter un énième veto russe, a perdu de sa vigueur. S’il demande la mise en place d’un «cessez-le-feu de trente jours en Syrie pour permettre la distribution d’aide humanitaire et l’évacuation des blessés», le texte introduit des restrictions sujettes à des interprétations contradictoires. Parmi les «garanties» exigées, Moscou a obtenu que les principaux groupes rebelles présents sur le terrain s’engagent par écrit à«respecter le cessez-le-feu» et à ne pas «bombarder les zones résidentielles de Damas».

Les deux principaux groupes rebelles contrôlant la Ghouta orientale, Jaich al-Islam et Faylaq al-Rahmane, se sont engagés à respecter une trêve, tout en se gardant un droit de réponse face aux attaques du régime. Alors que le texte prévoyait initialement des exclusions au cessez-le-feu pour les combats contre divers groupes jihadistes, l’appréciation de ces derniers reste subjective. Le régime de Damas qualifie en effet de «terroristes» tous les combattants de l’opposition. Son allié russe a argué en outre que les informations sur «le drame humanitaire» qui se joue dans la banlieue de Damas étaient déformées et amplifiées par l’opposition syrienne et ses alliés. L’ambassadeur russe auprès des Nations unies a évoqué, lui, «une psychose de masse» nourrie par les médias occidentaux.

«Mécanisme robuste de surveillance»

Après son vote à l’ONU, la Russie continue d’être sollicitée de toutes parts, en tant que détentrice des clés de la guerre et de la paix en Syrie. La France et l’Allemagne, en particulier, se sont investies ensemble dans des efforts diplomatiques soutenus auprès de Moscou. Dimanche matin, Emmanuel Macron et Angela Merkel se sont entretenus par téléphone avec Vladimir Poutine. «Ils ont salué l’adoption à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution opérationnelle demandant une cessation des hostilités de trente jours en Syrie. Une première étape qui répond à une urgence humanitaire majeure, notamment dans la Ghouta orientale», selon le communiqué de l’Elysée. Sans mentionner précisément la reprise des bombardements sur place, les deux chefs d’Etat ont «appelé la Russie à exercer une pression maximale sur le régime syrien, afin que les bombardements indiscriminés cessent immédiatement et que la résolution de l’ONU soit mise en œuvre sans délai, avec la mise en place d’un mécanisme robuste de surveillance»,poursuit l’Elysée.

Malgré la difficulté de faire respecter une trêve qui «n’est pas un accord de paix sur la Syrie, le texte est purement humanitaire», comme l’a souligné l’ambassadeur suédois à l’ONU, Olof Skoog, initiateur avec son homologue koweïtien de la résolution, la France et l’Allemagne affichent une ambition qui va plus loin. Dans leur conversation avec Poutine, Macron et Merkel «ont souligné que la cessation des hostilités devait permettre de réunir la communauté internationale autour d’une solution politique sur des bases crédibles, dans le cadre du processus de Genève», selon l’Elysée. Mais le communiqué se garde de préciser la teneur des réponses de Poutine.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, se rendra à Moscou le 27 février pour examiner avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, les moyens de mettre efficacement en œuvre la résolution 2401 du Conseil de sécurité des Nations unies et de relancer les efforts internationaux pour parvenir à une solution politique du conflit. En saura-t-il plus sur les intentions de Moscou de faire pression sur son allié de Damas ? En tout cas, le régime d’Al-Assad ne semble pas le craindre. Le représentant syrien à l’ONU, Bachar Jaafari, a réitéré la position du gouvernement, déterminé à reprendre coûte que coûte l’ensemble du pays. «Oui, la Ghouta orientale deviendra un nouvel Alep», a-t-il martelé.

Photo de garde : AFP – Hamza Al-Ajweh.
Hala Kodmani
Article tiré de Libération  le 25 février 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :