Coopérer pour le bien commun et produire de manière durable

Les coopératives agricoles sont-elles encore prioritairement au service des coopérateurs ? Une partie du monde paysan s’est fréquemment posé cette question ces dernières années dans différentes filières de production.
La structure nationale Coop de France représente la coopération agricole au Salon de l’agriculture. Ses dirigeants ont expliqué hier la « stratégie collective de Responsabilité Sociétale des Entreprises(RSE) visant à accompagner ses adhérents ». Nous avons aussi dialogué avec Pascal Viné, le délégué général de Coop de France, qui a beaucoup communiqué ces derniers jours concernant les nouveaux enjeux auxquels doit se confronter la coopération agricole.
D’année en année, le Salon international de l’agriculture devient un lieu de communication pour les metteurs en marché, les filières animales et végétales, les entreprises coopératives et privées, les régions. Cette année, une association francilienne comptant 18 bergers nous informe que « l’agneau francilien, élevé sous la mère, pâture une alimentation idéale pour une croissance adaptée avec des céréales provenant de la ferme ». Mais comme il faudrait que ces élevages produisent 120 tonnes de viande ovine par an pour fournir une moyenne de 10 grammes par consommateur francilien une seule fois dans l’année, il valait mieux s’intéresser à un communicant autrement important. C’est le cas de la coopération agricole et sa structure nationale Coop de France qui se trouve dans la Hall 4 du salon.
La vocation initiale de la coopération agricole était de permettre aux paysans de se regrouper pour mieux vendre la production agricole et acheter à moindre coût les semences ,les machines et les engrais dont ils avaient besoin. Depuis un certain nombre d’années, on a souvent reproché aux coopératives de se conduire comme des entreprises privées, utilisant leurs marges bénéficiaires pour grossir et s’internationaliser comme de vulgaires firmes capitalistes, au détriment de la rémunération des coopérateurs. La crise du lait, depuis 2015, a souvent montré que ces reproches n’étaient pas infondés.
« Ces critiques sont un peu faciles », objecte Pascal Viné, délégué général de Coop de France qui poursuit : « nous discutons aussi du partage de la valeur ajoutée avec nos adhérents, mais peut-être que nous ne le faisons pas assez. Nous devons aussi améliorer le dialogue avec toute la société, lui montrer que nous pouvons contribuer à faire évoluer notre modèle de société, répondre à des enjeux comme le réchauffement climatique».
Pour le coup, le Salon sert cette année de tremplin pour lancer un débat qui se poursuivra par une tournée dans les régions de France pour mieux prendre en compte les attentes des paysans coopérateurs et des salariés qui travaillent dans les coopératives. Ces dernières peuvent être des entreprises s de collecte céréalière, des sites de production de sucre de betterave, des laiteries et fromageries, des abattoirs, des unités de transformation végétale comme les légumes de conserve et d’autres encore.
On sait que le gouvernement dirigé par Edouard Philippe prépare une loi dont l’objectif revendiqué serait d’améliorer la rémunération des fournisseurs de matières premières que sont les paysans face à l’industrie alimentaire et à la grande distribution. On sait aussi que le président de la République a déclaré le 11 octobre 2017 que le but premier de cette loi « c’est la mise en place d’une contractualisation rénovée avec un constat qui sera proposé par les agriculteurs et non plus par les acheteurs, ce qui est à ce titre et à mes yeux fondamental. Nous modifierons la loi pour inverser la construction du prix qui doit partir des coûts de product0ion».
« On a trop raisonné en circuit fermé dans un cadre franco-français »
 Quand on évoque devant lui la faisabilité, ou pas, de cet objectif avancé par le chef de l’Etat, Pascal Viné observe que dans la réflexion pour savoir ce que donnera cette loi « les grandes absents sont nos partenaires européens. Sur beaucoup de sujets on a trop raisonné en circuit fermé dans un cadre franco-français lors des Etats généraux de l’alimentation. Ce n’est pas satisfaisant quand on est en situation de fragilité et qu’on risque de l’être encore un peu plus en cas de signature d’un accord de libre échange avec les pays du Mercosur pour importer de la viande bovine de qualité susceptible de fournir 25% du marché dans ce créneau de haut de gamme»,observe le délégué général de Coop de France
 Lors de sa visite inaugurale du Salon de l’agriculture samedi dernier, Emmanuel Macron fut souvent interpelé par des éleveurs inquiets des conséquences de cet accord de libre échange qui pourrait faire entrer chaque année 99.000 tonnes de viandes bovines supplémentaires dans l’Union européenne. Le président de la République leur a répété que la France mettait en place « des lignes rouges » à ne pas franchir, sans jamais préciser sur quel volume annuel de viandes importées portaient ces lignes rouges. Pourtant, quiconque connait la manière dont fonctionnent les marchés des bovins et beaucoup d’autres en France, sait très bien qu’une offre plus abondante que la demande fait toujours chuter les cours des animaux vivants comme ceux de la plupart des végétaux.
Pascal Viné note à ce propos que les statuts des coopératives les obligent à prendre toute la production de leurs adhérents en vue de la vente, qu’il s’agisse ou pas de produits à transformer, ce qui conduit parfois à des fluctuations de prix à la baisse quand les débouchés auprès des consommateurs ne sont pas suffisants. Dans certains secteurs, les coopératives, comme d’ailleurs certaines entreprises privées, signent des contrats avec des paysans coopérateurs pour produire des denrées comme légumes de conserve. Ces contrats, dès lors que le producteur respecte le cahier des charges, permettent de garantir un prix de vente fixé à l’avance pour un volume donné de petits pois, de haricots verts ou de carottes, pour ne prendre que cet exemple légumier.

« On est allé trop loin dans la simplification des cultures »

 Quand on évoque avec lui les grands enjeux de ce siècle qui sont la nécessité d’avoir une agriculture durable, capable de produire autrement afin de freiner le échauffement climatique, Pascal Viné, entré récemment à cette fonction dans la coopération agricole après avoir travaillé à l’Office national des forêts, estime que ces cinquante dernières années « on est allé trop loin dans la simplification des cultures» .Il se prononce clairement pour un « retour des bonnes pratiques agronomiques » que certains coopérateurs pratiquent depuis longtemps tandis que d’autres y viennent à leur tour de manière progressive. Au delà de la progression dans les conversions en agriculture biologique, il note que les bonnes pratiques agronomiques sont en progrès et estime que les coopératives doivent amplifier ce mouvement, y compris en favorisant les circuits courts de commercialisation et autres ventes directes du producteur au consommateur.
Alors que les conséquences du réchauffement climatique risquent de perturber fortement la production agricole dans les prochaines années ; que l’Europe et la France manquent de protéines végétales pour l’alimentation humaine et animale ; que nous avons besoin de développer l’agroforesterie pour capter du carbone , produire des aliments et du bois , Coop de France dit vouloir être à l’initiative de « l’organisation d’évènements dédiés à la valorisation des bonnes pratiques coopératives ».
Le champ des possibles est vaste dans ce domaine. Comme outils structurants pour mettre en place une politique de l’offre en produits alimentaires nombreux et diversifiés, les coopératives agricoles sauront-elles demain être en capacité de jouer un rôle structurant et retrouver ainsi une nouvelle jeunesse dans les prochaines décennies? C’est souhaitable dans l’intérêt commun des paysans et des consommateurs. Mais, dans ce domaine comme dans d’autres, rien n’est jamais gagné d’avance.

La coopération agricole en chiffres

On compte en France 2.500 coopérative agricoles, auxquelles s’ajoutent 12.260 CUMA qui sont des coopératives d’utilisation de matériel agricole par des groupes de paysans qui évitent ainsi de surinvestir individuellement dans du matériel que l’on utilise durant peu d’heures dans l’année. C’est notamment le cas d’une moissonneuse-batteuse. Les coopératives réalisent 40% du chiffre d’affaires de l’industrie agroalimentaire en France .75% des paysans adhèrent au moins à une coopérative, voire à plusieurs. Ces dernières font travailler 165.000 salariés. Enfin 550 coopératives sont engagées dans le bio, 74% ont leur siège social en milieu rural et 93% sont des Petites et Moyennes Entreprises (PME).

 

Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité  le 1er mars 2018

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