La Catalogne, sans Puigdemont ni solution

Pour succéder à leur président régional destitué, les indépendantistes proposent deux candidats. Mais aucun n’est éligible. Entre Bruxelles et Barcelone, le bras de fer avec Madrid se poursuit, sans perspective de sortie de crise. 

Pour la première fois depuis le succès du camp indépendantiste lors des élections régionales du 21 décembre, Carles Puigdemont, président sortant destitué par Madrid, n’est plus candidat à sa propre succession. Mais le dauphin qu’il a désigné, Jordi Sànchez, numéro 2 sur sa liste et dirigeant de la puissante association indépendantiste Assemblée nationale catalane (ANC), est loin de faire l’unanimité. Son investiture comme président de la région rebelle se heurte au même écueil que celle de Puigdemont: la justice impose que le candidat soit physiquement présent dans l’hémicycle pour lire son discours et se soumettre au vote des députés.

Or Puigdemont est en exil volontaire en Belgique depuis le mois d’octobre, à 1 300 km de Barcelone. Et Sanchez se trouve en prison préventive à Soto del Real, à une quarantaine de kilomètres de la capitale espagnole. Et il est peu probable que le juge Llarena du tribunal suprême, qui dirige les poursuites pour «rébellion, sédition et détournement de fonds», accorde une permission de sortie au dirigeant de l’ANC, défendu par Amnesty International, qui juge sa détention «excessive».

Barreaux

Mais les obstacles à la candidature Sànchez ne sont pas seulement juridiques. Jeudi soir, Carles Puigdemont a lancé le nom de son dauphin de façon unilatérale, sans concertation avec les deux formations qui forment avec son parti, PdCat, le camp sécessionniste : ERC (antimonarchiste) et la CUP (anticapitaliste). Le porte-parole d’ERC a affirmé vendredi qu’en termes de «légitimité», le candidat à privilégier serait son camarade de parti Oriol Junqueras, l’ancien vice-président lui aussi destitué par Madrid. Mais Junqueras est lui aussi derrière les barreaux.

Dans le cas où les séparatistes parviendraient à investir un président qui ne soit ni en fuite ni en prison, la question de l’avenir de Puigdemont se pose. L’ancien journaliste compte bien, depuis son refuge de Waterloo dans le Brabant wallon, continuer à peser sur la politique catalane. «La reddition ne fait pas partie de mon vocabulaire», a-t-il prévenu vendredi matin sur une radio catalane. Pour défendre la cause de l’indépendance depuis la Belgique, il compte mettre sur pied un «Conseil de la république» qu’il dirigerait. Cet organisme travaillerait avec une assemblée d’élus, «l’espace libre de Bruxelles», et se coordonnerait avec l’exécutif à Barcelone.

Fantôme

S’agit-il d’un cabinet fantôme qui tirerait les ficelles à distance? «C’est comme un gouvernement en exil», a affirmé Puigdemont dans une interview au Guardian vendredi. «Pas un denier public ne sera utilisé pour financer» ces structures a réagi le porte-parole du gouvernement espagnol, craignant que les salaires et frais de fonctionnement de ce conseil ne soient prélevés sur le budget de la région.

Puigdemont, qui parle l’anglais, le français et le roumain (la langue maternelle de sa femme), outre l’espagnol et le catalan, a surtout décidé de continuer son combat à l’étranger, épaulé par une pointure, l’avocat Ben Emmerson, ancien rapporteur des Nations unies sur les questions de lutte antiterroriste et de droits de l’homme. L’avocat a saisi jeudi le Comité des droits de l’homme de l’ONU pour «violation» du pacte des Nations unies relatif aux droits civils et politiques, et à la liberté d’expression et d’opinion.

La Catalogne, où vivent 7,5 millions d’Espagnols, semble loin du règlement de la crise ouverte par la tentative de sécession du 27 octobre. Et reste placée sous administration directe de Madrid, sans pouvoir gérer ni ses finances ni sa santé publique ou son système éducatif comme elle le faisait depuis le début des années 80, après le rétablissement de la démocratie en Espagne.

Photo de garde : REUTERS – Albert Salame
François-Xavier Gomez
Article tiré de Libération  le 2 mars 2018

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