En Italie, des gagnants, des perdants, mais pas encore de majorité

Les Législatives de dimanche ont incontestablement fait bouger les lignes, au profit du Mouvement populiste 5 Etoiles et de la Ligue du Nord. Le Parti démocrate de Matteo Renzi est sanctionné, Berlusconi poussé vers la sortie. Et la gauche laminée. Un séisme est en cours.

Encore trop tôt pour tirer tous les enseignements des élections de députés et sénateurs de dimanche. Le système de coalitions, ajouté à l’entrée en vigueur de la nouvelle loi électorale (mixant proportionnelle et majoritaire) ne permettait pas de présenter une projection en sièges définitive des futurs hémicycles.

En revanche, il y aura bien un « avant » et un « après » 4 mars 2018. Au bénéfice des populistes et de l’extrême droite. En effet, le Mouvement 5 Etoiles (M5S), disant vouloir réunir tous les déçus de la politique - sans grande clarté idéologique - arrive en tête des formations politiques en dépassant la barre des 30%. Les victoires locales engrangées ces dernières années (Rome, Turin, Parme, etc) ont ainsi été confirmées à l’échelle nationale.

Le pari est donc réussi pour le trentenaire Luigi Di Maio - toujours tiré à quatre épingles - voulant donner une image moins exhubérante que le fondateur du mouvement Beppe Grillo, comique faisant de moins en moins rire, tant ses diatribes dérivaient vers un populisme de droite assumé. « Nous avons la responsabilité de donner un gouvernement », s’est vanté Di Maio. « Nous sommes une force politique qui représente toute la nation, du Val d’Aoste à la Sicile ».

Une pique lancée à l’autre homme fort du scrutin doménical, Matteo Salvini dont le parti d’extrême droite de la Ligue du Nord a fait de la division son fond de commerce (entre Nord et Sud de l’Italie d’abord, puis entre Italiens et immigrés ensuite). Ce proche de Marine Le Pen a fait coup double dimanche. Il offre tout d’abord un score national historique à sa formation (et plus seulement au Nord). Mais il renverse surtout la table au sein même de sa coalition en passant devant Forza Italia de Silvio Berlusconi. C’est donc aujourd’hui la Lega qui revendique le droit de former un gouvernement en tant que principale formation de la coalition gagnante. « Nous avons le droit et le devoir de gouverner dans les prochaines années », a affirmé Salvini. « Je suis quelqu’un qui tient parole et l’engagement a été pris au sein de la coalition : qui l’emporte peut gouverner », n’a-t-il pas manqué de rappeler, alors que le doute subsiste sur la volonté du Cavaliere Berlusconi de tenir sa promesse.

Imposssible donc à ce stade de définir les contours de la future équipe gouvernementale qui dirigera le pays. Le M5S s’est toujours refusé aux alliances. La Ligue du Nord affirme elle sa volonté de créer une majorité autour de ses alliés berlusconiens (Forza Italia) et post-fascistes (Fratelli d’Italia).

Le président de la République italienne Sergio Mattarella devrait d’ici la fin du mois procéder à des consultations et missionner tour à tour les chefs de parti à la formation d’un gouvernement. Par qui commencera-t-il ? Salvini ou Di Maio ?

La gauche et le centre-gauche emportés par la vague

Une chose est sûre, le leader de centre-gauche Matteo Renzi ne sera pas de la fête. Comme quoi il ne suffit pas d’apparaître jeune pour apporter du neuf en politique sur la durée. Et de l’espoir. Celui que l’Italie adore détester avait voulu envoyer « à la casse » («rottamare» en italien) les anciens représentants de la classe politique y compris dans son propre parti. Il sera du voyage. S’il a été élu sénateur dimanche, il a en revanche annoncé lundi soir sa démission de la tête du Parti démocrate (PD), formation héritée du Parti des démocrates de gauche, lui-même fruit de l’autodissolution du puissant Parti communiste italien en 1991. En voulant faire du PD une écurie à son service, Renzi - de formation démocrate chrétienne - paie cash des années de dérives social-libérales de son parti qu’il voulait construire sur le modèle du Labour de Tony Blair, avant de tomber sous le charme de La République en Marche d’Emmanuel Macron.

Pour autant, la sanction électorale de la politique gouvernementale n’a pas bénéficié à la gauche. La formation Liberi e Uguali - militants de gauche parlementaire et dissidents du PD - n’obtient qu’un peu plus de 3%. Ce qui lui permet quand même d’entrer au Parlement. But que ne pourra atteindre Potere al popolo (Pouvoir au peuple), coalition de gauche radicale composée d’antilibéraux, de communistes, de militants syndicaux et associatifs qui n’a pas franchi la barre fatidique des 3%.

Il reste encore beaucoup à construire. Sur des ruines.

Sébastien Madau
Article tiré de la Marseillaise  le 7 mars 2018

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