Les raisons politiques de la baisse des prix agricoles en France

Une note de conjoncture de l’INSEE nous indique que les prix agricoles ont baissé de 1,1% sur un an. Mais cette baisse est de 10,5% pour le blé tendre, de 10,8% pour le maïs. Les graphiques illustrant l’évolution des prix agricoles sur trois années nous montrent que la spéculation à la baisse a été catastrophique pour les paysans français dans les grandes cultures et dans les productions animales. Rien ne prouve que la loi promise par le gouvernement d’ici l’été débouchera sur un meilleur partage de la valeur ajoutée confisquée par les distributeurs en France.

Nous avons, ces dernières semaines beaucoup insisté sur l’injustice que constituait la baisse des prix agricoles dans presque tous les secteurs de production en France. Deux jours après la fermeture du Salon de l’agriculture à Paris, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a publié son indice agricole pour janvier 2018. Il nous est dit que « les prix des produits agricoles à la production baissent de 1,1% en un an». Cela peut paraître assez modeste à première vue.

Mais l’INSEE publie aussi des graphiques qui vont de janvier 2014 à janvier 2018. Là on apprend que, toutes productions confondues, les prix payés aux paysans sont passés de l’indice 103 en janvier 2014 à l’indice 100 en janvier 2018. Mais ces prix ont été sous la barre des 100 points entre juillet 2015 et décembre 2017, oscillant autour de l’indice 97 durant toute l’année 2016.

Des fluctuations de prix permanentes imputable à la spéculation

Deux graphiques nous font voir l’évolution du prix des céréales d’une part; des viandes de bœuf et de porc entre d’autre part entre janvier 2014 et décembre 2017. L’INSEE a omis de publier la même courbe concernant le prix du lait de vache. C’est bien dommage tant les années 2015 et 2016 ont été sous-rémunératrices pour les producteurs. Les prix des céréales ont démarré à l’indice 108 en janvier 2014 pour monter à 116 au début de printemps de la même année. On est  descendu à l’indice 90 en septembre 2014 pour remonter à 108 en janvier 2015 avant de redescendre à l’indice 93 en septembre 2015, puis à l’indice 84 en avril 2016. A partir de cette date, les prix des céréales oscilleront sous l’indice100 en permanence pour terminer l’année 2017 à  91.

Ces évolutions nous montrent que le marché des céréales est mondial et spéculatif en permanence. On spécule à la hausse dans les prises de postions à terme quand des aléas climatiques peuvent donner à penser que la prochaine récolte sera moins abondante que prévu. On spécule à la baisse dès que le danger s’éloigne. Mais le taux de change du dollar contribue aussi à la fluctuation des cours. « En janvier 2018,  le prix du blé tendre diminue de 0,7% sur un mois et de 10,5% sur un an en raison de la baisse du dollar face à l’euro et de perspectives de production meilleures que prévues aux Etats Unis. Le prix du maïs est aussi en recul de 2,2% sur un mois. Le prix des oléagineux  poursuit son recul, sur un mois (-3,8% après -3,3%) comme sur un an (-18,4%), l’offre restant plus importante que la demande », dit la note de l’INSEE.

Quand l’Europe sanctionne Poutine, nos paysans paient la note

C’est donc la loi spéculative de l’offre et de la demande qui détermine le prix sans  tenir compte de l’évolution des coûts de production des céréales et des oléagineux.  Or la note de conjoncture de l’INSEE nous informe que le prix de l’énergie pour les labours de l’automne 2017 a augmenté de 7,6% sur trois mois et celui des engrais de 2,1% sur la même période. Le prix des tracteurs neufs a augmenté de 4,6% sur un an et celui du matériel de culture de 2,4%.

Le graphique consacré à l’évolution des cours du porc entre 2014 et 2017 inclus, part de l’indice 116 au début de l’année 2014 pour descendre sous la barre dès 100 points dès septembre de la même année. Il tombe à l’indice 90 en septembre 2016. Il remonte ensuite pour frôler l’indice 120 à la fin de l’été 2017 pour redescendre à 100 dès le mois de novembre. L’INSEE ne fournit pas d’explication sur cette évolution chaotique du prix du porc, mais les éleveurs connaissent la raison. Suite aux sanctions économiques européennes contre la Russie en 2014, alors que ce pays avait un conflit frontalier avec l’Ukraine, la Russie a décrété un embargo sur les produits agricoles européens. Comme elle achetait beaucoup de lard, de têtes et de pieds de cochons à la France, ces bas morceaux ont encombré les chambres froides des transformateurs et les éleveurs ont payé la note en subissant une baisse des cours. François Hollande, comme président de la République et Laurent Fabius comme ministre des Affaires étrangères, furent en pointe pour pousser l’Europe à punir Vladimir Poutine. Ils ont surtout sanctionné les paysans français qui n’ont pu garder des débouchés en Russie. Cet embargo a été prolongé pour toute l’année 2018, et la meilleure tenue du marché du port entre la fin du printemps et le début de l’automne 2017 n’a été possible que grâce des achats temporaires de la Chine pour ces mêmes pièces.

Le « et en même temps » d’Emmanuel Macron vire-t-il à l’arnaque ?

En janvier 2018 le prix payés aux éleveurs de porcs était en baisse de -13,5%  par rapport à janvier 2017.Celui des gros bovins était en hausse de 2,1% sur la même période, mais en baisse de -2,2% sur les trois derniers mois. Le graphique étalé de janvier 2014 à décembre 2017 fait démarrer le prix des gros bovins à l’indice 105, puis passer sous la barre des 100 à partir de l’automne de la même. On descend à l’indice année 92 à la fin de l’année 2016 est cette baisse est en lien avec la crise de surproduction laitière qui a conduit les éleveurs laitiers à vendre plus de vaches de réformes que prévu afin de récupérer un peu de trésorerie. En décembre 2017 on était toujours sous l’indice 100 pour ce qui est du prix de la viande bovine contre 105 en janvier 2014.

On sait que suite aux Etats généraux de l’alimentation, le gouvernement doit faire voter une loi d’ici l’été, pour, nous dit-on parvenir à un meilleur partage de la valeur ajoutée entre les paysans, les transformateurs et les distributeurs. L’ambition affichée est de tenir compte des coûts de production pour qu’une juste part de la valeur ajoutée revienne aux paysans. Mais en même temps, l’Europe multiplie les accords de libre échange qui ont pour conséquence de déboucher sur des importations accrue rendant l’offre plus abondante que la demande. Cela revient à légiférer et à rendre la loi inefficace. Faut-il en conclure que le « et en même temps » d’Emmanuel Macron vire à l’arnaque dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres ?

Photo AFP/Thomas Samson
Gérard Le Puill
Article tiré de l’Humanité . le 7 mars 2018

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