Sous Macron, le «faire» plutôt que le fond

A chaque réforme, la communication officielle de l’Elysée met en scène la fin de «l’immobilisme». Comme sous Sarkozy, l’objectif est d’imposer l’idée que Macron s’empare de sujets que ses prédécesseurs ont esquivés. 

En macronie, le simple fait de «faire» est érigé en vertu cardinale. Dans un activisme en premier lieu libéral, et autoproclamé «progressisme», afin de réduire au rang de «conservateurs» les opposants de tout poil. Cette mise en scène permanente de la fin de l’immobilisme, qui prend bien souvent le pas sur le fond des sujets, confine à une frénésie de réformes dont il est ardu de suivre le rythme et le fil. C’est aussi le but, pour un pouvoir qui se revendique en marche et donc perpétuellement en mouvement. Dès lors, toute personne se mettant en travers de la route se voit qualifiée d’obstacle au changement. Mais alors que le «faire» revient bien souvent à défaire, il convient de rejeter l’idée que réforme et progrès seraient naturellement des synonymes.

Dans la communication du pouvoir, sur l’impôt sur la fortune (ISF) comme sur Notre-Dame-des-Landes, le statut des cheminots, la réforme du bac ou celle du marché du travail, l’objectif est chaque fois d’imposer l’idée que Macron s’empare, lui, de sujets que les «rois fainéants» l’ayant précédé à l’Elysée ont esquivé ou traité à moitié. Le tout avec une dimension charismatique qui, elle non plus, n’est pas sans rappeler les premiers temps de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Ce dernier avait pris le pouvoir après douze années d’un chiraquisme au bilan de réformateur inversement proportionnel à sa longévité au pouvoir. Macron, lui, succède à un François Hollande qui n’a passé que cinq ans à la tête de l’Etat et ouvert nombre de chantiers souvent peu électoralistes, mais qui s’est retrouvé pareillement lesté du mistigri de l’immobilisme. Sa façon d’exercer le pouvoir n’y fut pas pour rien.

Loin de la geste jupitérienne de ses premiers pas à l’Elysée – qui avait d’abord pour utilité de rompre le plus radicalement possible avec la présidence normale –, Emmanuel Macron a assez vite basculé dans une démultiplication de l’action qui ne s’est pas accompagnée d’un partage de l’affiche. La Ve République est poussée à son paroxysme, avec un gouvernement dit «des compétences» (avec Blanquer et Pénicaud en première ligne), une majorité légitimiste en diable au moment de voter à l’Assemblée et des corps intermédiaires affaiblis, traités la plupart du temps comme quantités négligeables. Le tout dans un contexte où les oppositions peinent à mobiliser au-delà de leurs troupes quand elles ne sont pas en pleine reconstruction.

Tournis

Reste l’opinion publique, chez laquelle Macron a nettement perdu des plumes ces dernières semaines : d’abord à gauche avec le sparadrap du «président des riches» qui supprime l’ISF et baisse l’Aide personnalisée au logement (APL) avant de flexibiliser le marché du travail. Puis à droite et plus particulièrement chez les retraités avec la bombe à fragmentation de la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) – moins inégalitaire que celle de la TVA envisagée par un Fillon, un Sarkozy et même un Juppé en campagne, mais fort risquée politiquement.

Si le rythme effréné des réformes mises sur la table par l’exécutif nourrit l’idée que quelque chose est en marche, il rend difficile d’installer vraiment un débat ou, plus encore, de constituer un front social. C’est aussi le but de cette tactique du mouvement permanent, jusqu’au tournis. Ainsi, à peine le sujet de la réforme du statut des cheminots fait-il la une de l’actualité que le gouvernement présente sa réforme de l’assurance chômage, puis celle de la formation, et enfin des évolutions sensibles (et en partie bienvenues) de la politique pénale. Un tourbillon qui ne rime pas toujours, loin de là, avec imagination. Ce n’est pas un hasard si bien des mesures sont accompagnées du refrain : «Le diagnostic est partagé par tout le monde depuis vingt ans, mais nos prédécesseurs n’ont rien fait.» Un nouveau monde appliquant au pas de charge nombre des recettes prônées par l’ancien, est-ce cela la modernité ?

Photo : AFP – Stéphane Mahé
Jonathan Bouchet-Petersen
Article tiré de Libération  le 9 mars 2018

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